Interview : The Dynamics (12-2007)

Encore inconnus il y a un an, les Lyonnais du quintet The Dynamics ont aujourd’hui fait groover la planète entière avec leurs 45T remplis de subtiles reprises de monuments du répertoire rock, funk et soul à la sauce reggae-dub, réunies depuis peu dans un premier « Version Excursions« . L’occasion de revenir avec Bruno « Patchworks » Hovart, Eric aka Mr Day, Flab Master Flab et Mounam sur ce succès inattendu et cette passion partagée pour la musique sous toutes ses formes…

Vous avez formé The Dynamics en 2003 à Lyon, étant tous d’origines et d’horizons différents (Steve est par exemple originaire de Bristol et évolue davantage dans le milieu reggae-dub UK, Flab est originaire de Boston, Mounam est franco-camerounaise…). Comment se sont faites votre rencontre et la formation du groupe?

Bruno: Nous vivons tous à Lyon dans le quartier des pentes de la Croix Rousse, très propice aux rencontres et aux brassages. Après quelques sound-systems et concerts, Steve s’est installé définitivement à Lyon. C’est à ce moment-là qu’on a officialisé la création du groupe et choisi notre nom.

Flab: Nous étions amis avant de s’assembler en tant que groupe de musique.

Eric: Et pour certains, on travaillait déjà ensemble sur d’autres projets dont Metropolitan Jazz Affair par exemple.

Pouvez-vous justement revenir un peu plus précisément sur vos parcours respectifs?

Bruno: Je viens de Versailles et j’ai un parcours qui va de la pub à la musique, avec pas mal de péripéties… Je produis et compose aujourd’hui pour différents groupes, chanteurs et aussi pour moi… Du jazz, de la soul et du reggae.

Flab: Je viens de Boston mais j’ai beaucoup voyagé à travers le monde, en prenant des influences par-ci par-là. Cela fait de moi un véritable « melting pot humain »! J’ai joué dans plusieurs groupes de musique auparavant. Parallèlement, j’ai aussi été ingénieur du son.

Eric: J’ai fait pas mal de choses avant: un groupe de soul et d’acid jazz, de la deep house sur les labels Rotax et Glasgow Underground, du jazz…

Mounam: Je viens de l’école de la soul, du blues et du gospel, auxquelles s’ajoute l’afro de par mes origines. Je tourne et j’ai pas mal tourné en Europe avec différents groupes et Djs, du chant acappela à la musique électronique. Je me suis aussi mise à écrire et à composer au sein du groupe vocal Maezah, ainsi que pour mon projet solo.

Quel était votre projet principal au moment de la formation de The Dynamics? A-t-il évolué depuis?

Bruno: Le projet initial était de faire de la scène, moitié compo, moitié reprises. Le groupe a plus évolué que changé… En fait, le succès de nos 45T l’an passé nous a vraiment surpris et ça a énormément accéléré notre évolution. Le premier album ne comporte que des reprises mais le prochain aura une grande majorité de compositions. Sur scène, on joue les deux!

Flab: A l’origine, j’ai évolué vers la musique parce que je voulais m’amuser et faire danser et groover autrui… Et ça reste encore mon objectif principal…

Eric: S’amuser à faire des covers de titres reggae-soul avec un son roots, les monter sur scène et développer un style… Ca ne devrait pas changer!

Mounam: Effectivement…

Vous revendiquez tous des influences communes soul, funk et jazz, comme celles de Curtis Mayfield, Marvin Gaye, James Brown, Otis Redding, Nicole Willis, Amp Fiddler… Comment situez-vous la place du reggae et du dub dans tout ça?

Bruno: C’est la sortie de « Darker Than Blue », une compil de reggae-soul, qui nous a montré les similitudes entre ces deux musiques. Le son des Dynamics est aussi un terrain de jeu où nous cinq pouvons nous retrouver et apporter nos influences… C’est très ouvert!

Eric: Le reggae est une musique parfaite pour réinterpréter des titres venus de n’importe quel style musical et leur donner une seconde vie. C’est une musique qui est née un peu comme ça, en réinterprétant et en s’appropriant les sons du jazz, du rythm’n’blues, de la soul, des Caraïbes etc…

D’une certaine manière, on ne fait que perpétuer cette tradition.

Album “Version Excursions” de The Dynamics

Votre album « Version Excursions« , fraîchement sorti, est un ensemble de reprises très différentes, qui ont néanmoins toutes la particularité d’établir un lien étroit entre la soul américaine et le reggae-roots jamaïcain des origines, dans la lignée de Ken Boothe et des premières productions de Studio One par exemple. Dans quelles conditions avez-vous produit les différents singles qui composent votre album?

Bruno: Progressivement et sur plusieurs années. On travaille en formation restreinte, sans apport de musiciens extérieurs. Les idées de reprises ou de compos sont lancées par l’un de nous, puis suivies par les autres ou non, selon les cas. Tout a été fait dans notre studio, ce qui a permis de faire un album cohérent tout en partant dans des directions assez diverses.

Eric: On a produit tout ça en continuant l’une de nos activités favorites: écouter le plus de choses possibles, fouiller inlassablement les bacs de disques, dénicher les 45 tours, les jouer en DJ ou à la radio… De là viennent le style et l’inspiration.

Pourquoi avoir choisi la formule de la reprise sur tout un album? Est-ce en référence à la tradition jamaïcaine dans laquelle la reprise est une véritable institution depuis la naissance du reggae?

Bruno: Tout à fait. C’est en partie les reprises qui nous ont amenés à tant apprécier cette musique (Ken Boothe, Alton Ellis etc…). Les reprises sont aussi un moyen pour nous de mettre en avant le style et le son du groupe… Une sorte d’exercice imposé périlleux mais excitant: si le public connaît déjà les titres, ce qu’il va juger, c’est notre style, notre capacité d’appropriation.

Eric: Les Jamaïcains ont prouvé que la reprise, si elle réinterprète plus qu’elle ne copie, est un exercice tout aussi créatif que l’écriture d’un titre original.

Comment s’est fait le choix des morceaux que vous avez remixés, qui vont du tube récent « Seven Nation Army » des White Stripes au « Miss You » des Rolling Stones, en passant par le mythique « Rockit » d’Herbie Hancock?

Bruno: Pour être tout à fait franc, le tracklisting est le fruit du hasard. On n’a pas suivi de stratégie pour le faire. Les idées de reprises nous sont venues naturellement. Par exemple, pour « Seven Nation Army » ou « Whole Lotta Love », ce sont les lignes de basse qui nous ont attirés. Pour d’autres titres, c’est simplement parce qu’on aime les originaux. Sinon, des titres comme « The Creator Has A Masterplan » ont un côté frais, voire naïf, qu’on avait envie de tester sur un son rocksteady

Flab: On part sur une idée de départ, on fait la reprise, si elle marche musicalement et nous plaît, on la garde. C’est tout simple!

Eric: La plupart du temps, on reprend soit des titres que l’on aime déjà, soit d’autres dont on se dit qu’on les aimerait s’ils étaient produits autrement…

Mounam: C’est un ou plusieurs éléments mélodiques du morceau qui va faire pencher la balance… Et parfois même un texte… Effectivement il n’ y a pas de règle.

Au-delà de hits mondialement connus du répertoire rock, vous avez aussi remis à la lumière du jour des artistes qui semblaient être tombés un peu dans l’oubli, comme le groupe de funk Cymande ou le saxophoniste jazz des années 60 Pharoah Sanders… Ces reprises constituent-elles en quelque sorte des hommages à ces artistes?

Bruno: Oui, bien évidemment, même si l’hommage n’a pas motivé le choix initial. Nous avons choisi de bons morceaux, connus ou non. Si après notre album peut permettre au grand public d’écouter du Pharoah Sanders ou du Gwen McCrae, on est ravi!

Eric: Pharoah Sanders et Gwen McCrae font partie de ces trésors trop cachés de la musique. Pourvu que cela puisse inciter ceux qui ne les connaissent pas à aller trouver leurs disques…

Pourquoi faire de tous ces titres des remixes reggae-dub? A-t-il été difficile d’incorporer des influences jamaïcaines dans des morceaux qui paraissent au premier abord très éloignés du genre, comme « Lay Lady Lay » de Bob Dylan ou « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin?

Bruno: Pas difficile du tout. La ligne de basse de Led Zep est un véritable appel au dub… Sinon le titre de Bob Dylan est tellement bien écrit qu’il peut être adapté dans tous les sens. Dans tous les cas, on s’est efforcé de respecter l’esprit du titre initial.

Eric: Je ne crois pas qu’on ait incorporé des influences jamaïcaines dans des morceaux, mais on a plutôt passé des titres à la moulinette jamaïcaine. Si la mélodie du chant ou de la basse accroche suffisamment cela va tout seul.

Vos reprises, qui sont initialement sorties en singles, rencontrent depuis un an un franc succès, tant en France qu’en Europe ou aux Etats-Unis. Comment avez-vous vécu ce succès fulgurant? Qu’a-t-il changé dans votre rapport à la musique?

Bruno: Ca nous a surpris et fait plaisir! Ca a effectivement accéléré le processus, mais aussi créé une situation étrange, comme le fait par exemple d’avoir plus de succès au Japon que dans son propre pays… Mais cette différence s’atténue avec la sortie de l’album en CD.

Flab: Ça me fait encore très bizarre! Lorsque je vois nos CDs dans les magasins de musique, où qu’on a des gens de l’autre côté du monde qui nous supplient de continuer le bon travail de groove, je dois parfois me pincer… Ce n’est pas parce que je ne nous en croyais pas capable mais surtout parce que ça me fait réaliser que les stars, mes idoles musicales, sont des gens normaux aussi…(enfin plus ou moins!)

Eric: Cela ne change pas vraiment le rapport à la musique qui est suffisamment fort avec ou sans cela, mais cela permet surtout de continuer à en faire, tout simplement. Si les gens achètent nos disques, alors on peut en faire d’autres et continuer à développer un projet.

Mounam: Faire de la musique, c’est une forme de communication, d’échange, et c’est tout à fait normal qu’elle soit accessible à tous.

Le jeu de scène de The Dynamics est également très apprécié. Quel rapport entretenez-vous avec le public durant vos sessions live? Que cherchez-vous à faire passer lors d’un concert?

Bruno: Avant tout, on met en avant un trio vocal, dans une tradition qui pourrait être celle de Motown ou encore de Kingston (Wailers, Abyssinians, Uniques…). Le trio comporte trois personnalités fortes, ce qui permet d’avoir un show vivant, riche et…dynamique… On est le même crew en studio et sur scène.

Eric: Les titres doivent reprendre vie sur scène. Il ne suffit pas de les réciter, il faut leur donner de l’énergie, de la spontanéité, de la fraîcheur chaque soir, pour en faire à chaque fois des moments presque uniques. Cela n’est possible que parce qu’il y a un public, et ce rapport entre nous à chaque fois particulier. Plus ce rapport est fort plus le concert est réussi.

Mounam: Il n’ y a pas de message engagé de notre part, si ce n’est de partager avec un public un moment d’amusement, d’amour et de voyage…

Avez-vous à ce titre des projets de collaboration avec d’autres artistes venant de la scène reggae ou d’ailleurs?

Bruno: Oui, on aime bien ça d’ailleurs, univers reggae ou autre, on ne fait pas de différence. On a déjà collaboré avec Nicole Willis, ou encore Guts. On vient de finir un titre avec Le Peuple de l’Herbe, et on se penche actuellement sur les Sweet Vandals.

Quels sont vos coups de coeur musicaux de 2007?

Bruno: « Chinoiseries », l’album d’ONRA sur le label français Favorite, me plait énormément… hip-hop à la RZA sur un lit de samples asiatiques, un vrai bonheur… Sinon le folk jazz de Grand Union, sur le label People Tree.

Flab: White Stripes, Wolfmother, Grand Magneto, Easystar Allstars, The Do…

Eric: Captain Hammond, Tuomo, Sharon Jones & The Dap Kings, Nicole Willis, The Newmasters Sound, The Apples etc.

Mounam: Alice Russel, Patrick Watson, Quantic, Rihanna, Spanky Wilson, la B.O de « Death Proof » de Quentin Tarentino…

C’est la tradition chez Bokson, vous avez le mot de la fin…

Bruno: Vive la Suisse libre!

Eric: Keep on keepin’ on…

Mounam: Fin…

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