Interview : The Apollo Program (01-2005)

À coups de splits, de compilations et de prestations live à travers toute l’Europe, The Apollo Program s’est forgé l’identité d’un groupe passionné, productif et pour le moins pessimiste. Dans une veine screamo, emo, post-hardcore, qui leur sied à ravir, les cinq Caennais dénoncent notamment le poids des violences quotidiennes engendrées par l’absence de communication. L’année qui débute sera marquée d’une pierre blanche. Fort d’un premier album, The Apollo Program envisage de rendre visite à nos voisins anglais.

En mars prochain, The Apollo Program fêtera ses trois ans d’existence…

Greg : Déjà… Tout a commencé en mars 2002, avec Édouard notre premier batteur. Aujourd’hui, il ne fait plus partie du groupe. Antoine le remplace derrière les fûts depuis février 2004. David et Milouze jouent de la guitare (une chacun, sinon c’est pas pratique) et Nico de la basse. Je chante. On se connaissait tous plus ou moins avant, tout le monde avait envie de jouer dans un groupe… Ça s’est fait comme ça, tout bêtement.

Question piège, comment qualifieriez-vous votre musique?

Greg : Dernièrement, les termes qui sont revenus sur les affiches des concerts sont « screamo », « emocore » ou « post hardcore ». Personnellement, et même si tous ces termes ne signifient pas grand chose, j’aime bien « emocore », pour son côté « veille école » que j’apprécie.

Milouze : De mon côté, j’ai toujours du mal à décrire ce que l’on fait à des gens qui n’écoutent pas du tout ce genre de musique. Suivant les circonstances, j’aime bien leur dire qu’on fait du rock violent avec un esprit seventies, entre Black Sabbath et Pink Floyd. Généralement, les gens comprennent tout de suite, même si la comparaison ne tient pas vraiment la route… Sinon la technique du « rock américain » marche assez bien. Cela ne veut à la fois rien dire, et tout dire.

Greg : « Rock américain », c’est ce que l’on déclare aux douaniers! Et eux nous répondent : « Ah oui, comme AC/DC ? ».

Beaucoup de groupes emocore, screamo ou hardcore véhiculent des messages ou des idées fortes. Est-ce votre cas?

Greg : Disons que le groupe en lui-même est porteur d’un message dans le sens où nous avons une certaine idée de la façon dont on veut gérer notre aventure: les concerts, les disques… On évolue dans une scène assez D.I.Y, où le profit financier n’est pas un objectif. Même si les tournées de l’année 2004 nous ont fauché, on les referait quand même car c’est ce qui nous plaît. Pouvoir jouer à 2000 km de chez soi et rencontrer un Polonais qui habite près de la frontière Biélorusse et qui a parcouru 200 km en stop pour venir au concert. C’est le genre de rapports humains qui nous font kiffer. Et ça, ce ne serait pas possible dans un autre milieu que le punk/hardcore. Cela ne veut pas dire que tout est parfait dans ce « microcosme », et ça ne veut pas dire non plus que l’on est complètement hermétique à autre chose. Donc, si le groupe est porteur d’un message, ce serait celui-là : garder le contrôle de tout ce que l’on fait et le faire pour le plaisir avant tout.

En dépit de cet état d’esprit positif, The Apollo Program baigne dans un pessimisme ambiant. De quoi parlent les textes?

Greg : Vaste question, il faudrait presque détailler chaque morceau pour y répondre. Je me rends compte depuis quelques temps qu’il y a des thèmes récurrents. Je les aborde sans forcément y penser, notamment tout ce qui touche à la communication, le manque de dialogue ou les mauvaises façons de le faire. C’est un sujet qui me préoccupe, parce que c’est bien souvent la principale cause de toute la merde qu’on peut avoir dans la tête. Je pense que nous n’avons pas tous été bien éduqués dans ce domaine, il faut apprendre à communiquer de façon sereine et sans rapport de force. Il est très difficile de changer cela quand on vieillit. C’est pourtant essentiel si l’on veut approcher un tant soit peu ce truc vague qui s’appelle bonheur. Il y a aussi des morceaux qui parlent du néo-colonialisme des touristes occidentaux dans les pays « en voie de développement », des violences conjugales… Enfin que du bonheur!

Et la composition, s’opère-t-elle sereinement ou dans l’urgence?

Greg : C’est assez varié… En règle générale, quelqu’un débarque avec une idée, un riff de guitare le plus souvent, mais pas systématiquement. Tout le monde enchaîne là-dessus, il y a des fois où ça marche, d’autres non. À nos débuts, nous avions tendance à ne pas trop nous poser de questions, à tout garder, à toujours composer dans l’urgence (pour faire des concerts, des tournées, ou des enregistrements). Maintenant, on prend davantage notre temps.

Milouze : De temps en temps, on récupère de vieux riffs qu’on ne jouaient plus, on les dépoussière un peu, quelques effets et on compose un nouveau morceau… Généralement ça ne marche pas.

Depuis la première démo (novembre 2002), The Apollo Program semble avoir durcit le ton. À quoi est-ce dû et comment l’expliquez-vous?

Milouze : Au début, nous étions peut-être un peu maladroit. Par la suite, nous avons commencé à utiliser des effets, de vrais amplis, des automatismes vocaux, nous avons progressé, au moins techniquement. Peut-être qu’au fil du temps, on finit par produire ce qu’on avait vraiment envie de jouer. Le durcissement du ton s’est imposé petit à petit. En même temps, on se situe toujours par rapport aux groupes avec qui on partage la scène. On se trouve toujours trop violent ou pas assez, on hallucine souvent de voir l’énergie de certains groupes en concert, ça nous donne envie d’aller plus loin.

Greg : En fait, la première démo date de juillet 2002, cela faisait seulement quatre mois que l’on jouait ensemble. Nous avions six morceaux et nous en avons enregistré quatre. Forcément, ce n’était pas encore très mûr. Au fil du temps, on y voit plus clair. Le changement de batteur y est aussi pour beaucoup. Désormais, nous pouvons faire exactement ce que nous souhaitons, on a un batteur qui suit (qui nous devance même parfois). Et puis, je crois que le fait de tourner, de jouer avec pas mal de très bons groupes nous a beaucoup influencé.

Et en ce moment, quelle est votre play-list?

Greg : J’écoute pas mal Light In The Attic, Hot cross, A Day In Black And White, Funeral Diner, Tristeza, Franz Ferdinand, Pinback, Remains Of The Day, Fiya, The Mars Volta, Life At These Speeds, Automato et d’autres choses.

Milouze : En ce moment, je vénère a Day In Black And White pour les ambiances, Grails pour l’éventail musical, Hot Cross pour les grattes énormes, Stop It pour les idées, Zegota et son côté « punk africain », The Mercury Program parce que c’est doux, Fela, le Punk africain et une compile « Universal Sounds Of America » qui rassemble de vieux orchestres funk, genre séries des années 70.

The Apollo Program est une formation relativement jeune. Pourtant, vous avez déjà arpenté l’Europe à maintes reprises. Combien de pays avez-vous visité?

Greg : Merci de poser la question, ça me permet de faire le point. Si je ne me trompe pas, nous avons joué dans dix pays, uniquement en Europe.

Comment se sont déroulées vos diverses tournées?

Greg : Elles ont été différentes, mais se sont toutes super bien passées. Le fait de tourner avec un autre groupe (en Espagne avec Amanda Woodward) change beaucoup de choses. On s’en est rendu compte lors de nos deux autres tournées : Belgique, Hollande, Allemagne, Italie, Suisse, Autriche en avril 2004 et Pologne, Allemagne et Tchéquie en octobre 2004. Il y a toujours des hauts et des bas, des jours où tu joues moins bien, et d’autres où tu joues mieux. Ce qui est génial, c’est de ne jamais savoir à quoi s’attendre et de se rendre compte qu’on peut avoir eu la pire des journées, ne pas avoir dormi et réussir un bon concert malgré tout.

Sur la route, quel est votre meilleur et votre pire souvenir?

Greg : C’est dur ça… Les pires souvenirs, c’est les galères de camion. En Espagne, arrivé à Madrid, un samedi soir, nous n’avions pratiquement plus de freins. Il a fallu tout de même trouver l’endroit où l’on jouait. On a vraiment cru qu’on allait arrêter la tournée là-bas, c’était horrible. Finalement, le lendemain nous avons réussi à réparer! En Autriche aussi, je me suis fait rentrer dedans par un camion à un feu, nous avons eu une belle frayeur, et puis ça s’est arrangé aussi. Pour les meilleurs souvenirs, y’en a plein… La tournée en Pologne était vraiment incroyable. Tous les concerts étaient mortels, les gens adorables, c’est vraiment un super souvenir.

Milouze : Les pires souvenirs, on finit par en faire des souvenirs d’aventures. Ils deviennent presque aussi importants que les bons souvenirs.

À vous entendre, The Apollo Program n’existerait pas sans la scène?

Greg : C’est là que tu ressens le plus de trucs. Je me vois mal appartenir à un groupe sans faire de concerts, c’est un aboutissement.

Milouze : Je suis comme Greg, je ne pourrais plus m’en passer. Et quand par bonheur, le public a du répondant, ça me donne des frissons. Ce n’est pas le cas tout le temps, mais lorsque cela se produit, on a toujours envie de recommencer et de faire mieux la prochaine fois.

De manière plus générale, quels rapports entretenez-vous avec les groupes que vous croisez sur scène? Je pense notamment à Amanda Woodward, originaire de Caen comme vous.

Greg : Il y a des groupes que nous avons croisé à plusieurs reprises et avec qui on s’est très bien entendu : Aghast, The Flying Worker (RIP), BvH. Nous sommes plutôt des bons gars, on s’entend bien avec tout le monde, on aime juste ne pas avoir à faire à des branleurs qui se la racontent sous prétexte qu’ils jouent dans un groupe plus ou moins connu. Pour ce qui est d’Amanda Woodward, vu qu’on habite dans la même ville, que certains d’entre nous ont habité ensemble, qu’il y a des groupes qui se montent avec des membres des deux groupes, ça crée forcément des liens.

Milouze : On a de « bons souvenirs » avec des gens comme Standstill ou Jr Ewing qui nous ont vraiment traité comme de la merde, alors maintenant on envoie plus de cartes postales…

Pouvez-vous nous parler de votre split avec Short Supply. Comment s’est-il concrétisé?

Greg : C’est Vincent, du label rouennais Emergence records, qui en a eu l’idée après avoir écouté la démo. Il avait déjà des projets avec Short Supply, et il nous a proposé de faire un split. Entre temps, nous avions rencontré les gens de Short Supply à Nancy, et ça nous bottait bien vu qu’ils étaient vraiment sympas. D’autres labels se sont joints au projet, 213 records, de Metz et Heart On Fire de Belgique, qui a proposé de le sortir en cd.

Vos projets pour l’année à venir? Pensez-vous tourner en France ou à l’étranger?

Milouze : On aimerait tourner en Angleterre. C’est quand même mythique de pouvoir jouer là-bas. Une fois sur place, on fera moins les fanfarons.

Greg : Pour l’instant, nous n’avons rien programmé. L’Angleterre nous séduit, mais nous aimerions retourner en Espagne et visiter le Portugal. Difficile de dire quand ces projets se matérialiseront.

Depuis la première démo quatre titres, Apollo n’est pas resté inactif : trois splits, des compiles à gauche à droite… mais toujours pas d’album. À quand le premier opus?

Greg : Actuellement, on prend notre temps pour composer des morceaux en vue d’un premier album. Il faut aussi que l’on trouve l’argent nécessaire à l’enregistrement. Je pense que tout ça se fera dans l’année. Nous sommes également sur une compile sortie récemment sur un label suisse, Ape Must Not Kill Ape records, avec vingt-cinq groupes internationaux. C’est un double Lp, nous ne l’avons pas encore vu, mais ça devrait être une chouette compile.

Et en terme de tournée, quel serait votre rêve le plus fou?

Milouze : Parler japonais pendant un concert au Japon… Prendre l’avion ou le bateau pour tourner et découvrir le plus d’endroits possibles.

Greg : Tourner dans des pays improbables, comme l’Amérique du Sud par exemple. Personnellement, j’adorerais aller au Japon, et puis évidemment, pourquoi ne pas visiter les Etats-Unis, mais ce n’est pas mon premier choix.

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