Interview – Tha Trickaz, monstre à quatre bras

C’est indéniable: à chaque concert, Tha Trickaz fait autant monter le buzz que la température ambiante. Pho et iRaize, les deux vietnamiens d’origine, sont devenus maîtres dans l’art de mêler électro et influences manga au travers d’un son très singulier fait de dubstep haché menu et de hip hop percutant. Avec quelques EPs et un seul album à leur actif – l’enthousiasmant ‘Cloud Adventure’ – ils créent aujourd’hui leur label Otodayo pour donner au peuple ce qu’il a envie d’entendre. Entretien sel ou poivre avec iRaize, DJ du groupe, après un set survolté à la gare Saint-Sauveur de Lille.

Vous êtes plutôt live ou DJ set habituellement?

iRaize: Généralement, on est plutôt live. Là c’est exceptionnel qu’on fasse un DJ set. 95% du temps, on est à deux pour un live machine. C’est entre autres une question de budget et de disponibilité, parce qu’on a chacun deux groupes, donc ce n’est pas toujours évident de jongler avec les agendas.

Le live est-il en train d’évoluer?

Oui, il évolue tout le temps. On fait des updates tous les mois. Dès qu’on fait des nouveaux morceaux, on les réintègre directement au live. Depuis un an et demi, la moitié du set a changé. Il n’y a pas encore de visuels, mais on y travaille beaucoup.

Tu es plutôt platine ou MPC ?

Moi, les deux. Et Pho, c’est MPC et clavier, il a des synthés analogiques sur scène. C’est la même configuration depuis le premier concert, on a juste simplifié un peu pour des raisons logistiques étant donné qu’on voyage beaucoup.

Ce soir il y avait du monde, c’était une petite soirée gratuite. Vous avez fait pas mal de festivals aussi cet été comme Dour ou les Solidays. Tu es plutôt gros chapiteau ou petite salle?

Je préfère être dans une salle de 200 personnes où tout le monde crie, plutôt que dans un chapiteau de 7000 personnes où tout le monde tire la gueule. Après, 7000 personnes qui gueulent c’est toujours mieux! Et 20 000, n’en parlons pas. Mais il faut que les gens soient à fond. 200 personnes qui réagissent, ça me suffit largement, il y a assez d’énergie.

Le public est-il meilleur en Europe ou en Asie?

Depuis quatre ans, on tourne tous les ans en Asie, surtout au Viêt-Nam parce qu’on est originaire de là-bas. On a aussi fait Singapour, les Philippines, le Cambodge, et on va aller au Japon en 2014. C’est un public qui découvre, il y a de plus en plus de locaux qui commencent à venir aux soirées. Après, c’est aussi une question de moyens. Pour nous, une soirée coûte environ un euro, ce qui nous paraît dérisoire, mais là-bas les échelles de prix sont différentes. Ce sont les gosses de riche qui ont accès à cette musique, et il y a au moins 50% d’expatriés aux concerts. Mais une classe moyenne est en train de se créer au Viêt-Nam. Du coup, ça leur permet de venir, ça se fait petit à petit. Ce n’est pas la folie, il n’y a pas de slam ou de pogo, mais ça commence à prendre! Ça se démocratise assez bien, il faut juste laisser le temps.

Quel est ton meilleur souvenir de concert?

Je pense que c’était un festival de Sports Extrêmes. On a joué devant 14 000 personnes, je n’ai jamais vu autant de monde devant moi. Ils étaient fous, et nous aussi! Quand on levait les bras en l’air, il y avait 14 000 paires de mains en l’air aussi. Quand tu vois cette marée, c’est impressionnant. C’est comme quand tu vas au stade voir un match de foot et qu’il y a un but, c’est une sensation de fou. Les gens gueulent tellement fort tous en même temps, tu en ressens les basses des voix qui se mélangent, ça fait un grondement que tu ne peux même pas reproduire avec des enceintes. C’est comme les guerres à l’époque, en mode Braveheart! C’était un grand moment.

Il y a une grosse influence asiatique et manga dans votre travail. Tu es plutôt San Goku ou Saint-Seiya?

Je dirais un peu des deux… Ou même ni l’un ni l’autre! J’ai grandi avec ça, mais quand je les regarde aujourd’hui, je suis mort de rire, ça n’a plus de sens pour moi. Athena est vraiment casse-couilles, c’est toujours la même histoire! Dragon Ball c’est bien, mais Dragon Ball Z, le trip ‘je fais une boule, tu fais une boule plus grosse que la mienne‘, j’ai passé l’âge.

Alors tu es plutôt Naruto ou Death Note?

Sans hésiter, Naruto. Quand je veux des bastons de ninjas, je regarde Naruto. Quand j’ai envie de rigoler, c’est One Piece. Je suis vraiment fan des deux.

Mais Naruto, c’est interminable!

Oui j’avoue, il y en a un paquet, mais ça part en peu en couille à la fin…

Musicalement, beaucoup d’influences se dégagent dans ton set, et même sur votre album ‘Cloud Adventure’. Vous êtes plutôt hip-hop ou dubstep?

On est très hip-hop. Notre musique paraît dubstep et dancefloor mais on produit et on pense toujours notre musique comme un beat de hip-hop. On sample énormément, on travaille comme des beatmakers. On passe 40% de notre temps à sampler du vinyle, du youtube, de l’internet…

On a pu entendre pas mal de sons de jeux vidéo, des trucs 8 bits ou des voix de Street Fighter. Tu es plutôt Mega Drive ou Super Nes?

Super Nes, définitivement! J’aime bien les jeux vidéo, mais je ne suis pas trop, je n’ai plus le temps. Quand j’ai l’occasion de jouer à des trucs entre potes comme Mario Kart, ça me fait tripper, bien sûr!

Le prochain album sera sur Disquette ou Otodayo?

On va faire beaucoup de choses sur Otodayo. Il n’y pas forcément d’album en prévision.

A quoi va servir cette structure? Votre single ‘No Rescue’ vient de sortir, qu’y a t-il d’autre dans les tuyaux?

Oui, ‘No Rescue’ est sorti il y a un mois environ, et on a sorti un autre duo parisien, The Geek & VRV. Tout est gratuit sur ce label, on laisse tout en libre téléchargement. On va se concentrer là-dessus, on va donner tout ce qu’on fait dans un premier temps, voire pour toujours. C’est en réflexion. On a créé ce label pour donner nos morceaux, pour donner plus de visibilité. On a un peu de mal avec les charts et les labels. Il y a toujours des problèmes de logistique entre les dates de sortie et les temps d’attente. Là, si j’ai fini un morceau, le lendemain il est en free download si je le souhaite. Je mets un post sur Facebook, le bouche à oreille fait son effet, et la promo est faite! La vente de mp3 ne nous fera jamais vivre. Que l’on donne la musique ou non, ça ne changera pas nos vies. On vit de nos concerts, pas des ventes digitales, il ne faut pas croire que l’on vend des milliards de mp3! Ça rapporte de l’argent, mais c’est très négligeable par rapport aux tournées.

La question suivante est liée: tu es plutôt téléchargement légal ou illégal?

Les deux! Je suis pour le téléchargement de tout ce que tu peux télécharger. Si tu n’as pas le choix et que tu n’as pas de thune, tu cliques et c’est gratuit, peu importe si c’est légal ou illégal. Autant donner! Quand je vois mon EP en torrent ou en Zippyshare, je suis content. Je sors des morceaux sur des labels payants, mais plus je vois de téléchargements illégaux, plus je suis heureux! Dans tous les cas, c’est gratuit, ça ne change rien pour moi. C’est plus simple de donner. Avec notre label, les gens ont un accès direct sans pop-up ou sans avoir besoin de liker une page Facebook. C’est cette simplicité qu’on voulait avant tout.

Mais ça reste agréable d’avoir un support physique comme un vinyle ou un beau digipack, non?

Oui c’est vrai, mais aujourd’hui tout le monde a des smartphones et notre public n’achète pas forcément de CD. Trouves moi un gamin de moins de 20 ans qui achète des CDs! On fait de la musique pour les kids, la majorité des gens qui viennent à nos concerts n’a pas 35 ans, ça se situe plutôt entre 16 et 25 ans. C’est la manière de vivre des ados d’aujourd’hui qui fait évoluer le business. Ce sont eux qui viennent à tes concerts, et qui passent cinq jours en festival dans une tente! On a la chance d’en vivre et de faire la musique qu’on aime. Tant que ça continuera, tant mieux. Mais on n’a pas envie de changer pour gagner plus, même si nous sommes influencés par notre auditoire. Et j’espère que le label réussira à fédérer de plus en plus de monde. Nous ne l’avons pas fait que pour nous, nous allons sortir d’autres groupes. Il n’y aura pas de problème de royalties ou de délai à respecter! Le but est d’être vu sur Youtube ou de faire péter les écoutes sur Soundcloud, c’est comme ça que ça marche aujourd’hui, surtout dans la bass music, l’EDM ou le hip-hop. Il ne faut pas faire les anti-Facebook ou les anti-Twitter, nous sommes bien contents que tout cela existe. Je n’aurais jamais pensé un jour dans ma vie que deux millions de personnes regarderaient notre vidéo sur Youtube! Quand j’ai commencé la musique, j’envoyais des démos et des cassettes, alors bon courage pour avoir deux millions d’auditeurs à moins de s’appeler Johnny!

D’autres artistes ont aussi utilisé des influences asiatiques dans leur musique ou pour leur image. Es-tu plutôt Daft Punk ou Chinese Man?

Daft Punk, surtout le premier album. Je n’aime pas trop la house mais ça reste un groupe culte.

Pour terminer, es-tu plutôt Hentaï ou Sentaï?

(rires) Un peu des deux! Je suis surtout très bon client en mangas. Le hentaï, c’est marrant deux minutes de voir des meufs se faire prendre par des monstres à neuf bites! En gros, tu regardes la pochette, tu rigoles, et c’est tout!

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3 réponses à Interview – Tha Trickaz, monstre à quatre bras

  1. Echodown 28 janvier 2014 à 12 h 58 min #

    C’est vraiment des bons ces mecs, pour les avoir vu plusieurs fois jpeux vous dire que c’est une claque a chaque fois, même si on est pas trop dubstep. C’est plus recherché que ça

  2. El MeTeOr 28 janvier 2014 à 15 h 08 min #

    Très bon article! C’est eux les super-héros du son: super mentalité, ultra avenant, des beats qui déchirent, un style bien à eux, bref vivement le prochain album, et surtout un futur live à Lille j’espère!
    Otodayo !

  3. Max-2-Phaz 31 janvier 2014 à 10 h 06 min #

    Un groupe plein de bonnes vibes, complexe et accessible à la fois

    Ça fait un bout de temps que je connais, mais je me souviens très bien de la claque que j’ai prise en découvrant !

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