Interview – Stuck In The Sound, frais comme des gamins

Il y a le profond indie rock français sur lequel on s’attarde souvent, puis il y en a un autre, plus en surface, presque mainstream, qu’on ne peut pas renier tant il est aussi parfois synonyme de réjouissance. De celui-là, Stuck In The Sound en est certainement une des meilleures incarnations. Alors que les Parisiens fêtent dignement leur dixième anniversaire de carrière avec « Pursuit », de loin leur meilleur album et leur oeuvre la plus cohérente, on a pu poser quelques questions à José Reis Fontao, charismatique chanteur encapuchonné.

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Lors de notre première interview en 2007, vous énumériez vos influences respectives qui couvraient grosso modo trente ans de rock. Du fait qu’elles soient toutes plus ou moins facilement discernables sur « Pursuit », considérez-vous qu’il est le premier disque qui vous ressemble pleinement?

José Reis Fontao: « Pursuit » est l’album qui marque nos dix ans de groupe. C’est comme un gâteau d’anniversaire qu’on s’est offert. Chaque disque de Stuck nous ressemble pleinement. C’est normal, ce sont nos vies que l’on entend à travers nos compositions. Il n’y a pas d’albums moins personnels que d’autres. A chaque fois, on ne fait que retranscrire la vision d’un son qui nous est propre, et qui ne peut exister que quand on joue tous les quatre ensemble à huit clos.

Votre premier album était sans cesse ramené à vos influences, Pixies notamment. Du coup, avec le recul, on a l’impression que vous avez tout fait pour prendre vos distances avec elles au moment de composer « Shoegazing Kids », votre album le plus atypique des trois. Est ce quelque chose que vous admettez aujourd’hui, ou considérez vous qu’il reflétait réellement vos envies de l’époque?

Je vais parler en mon nom, mais je me souviens qu’au moment de la composition de « Shoegazing Kids« , je n’écoutais plus du tout les Pixies. On était plutôt à fond sur Sonic Youth, on avait envie de se faire un album dans la pure tradition de l’indie rock, avec un concept, une tonalité plus dark et mélancolique… « Nevermind The living Dead« , c’est notre premier album, c’est donc une compilation de titres qu’on a composé à la formation du groupe. Tu y retrouves du dark, du shiny, de la ballade, des titres complètement dejantés et destructurés. Et puis, c’est l’album de « Toyboy » aussi! Je trouve que notre premier album a beaucoup de points en commun avec « Pursuit ». Mais pour répondre à ta question, « Shoegazing Kids » correspond parfaitement à nos envies de 2009 et 2010. On a fait une sacrée tournée avec cet album qui, encore aujourd’hui quand on joue un titre comme « Ouais » ou « Shoot Shoot », laisse passer un truc électrique entre le public et nous.

stuck2Rétrospectivement, êtes-vous capables de mesurer à quel point l’orientation musicale plutôt sombre de « Shoegazing Kids » a été bénéfique au côté nettement plus extraverti de ce nouvel album?

Ce qui a été bénéfique, c’est surtout les 120 dates qu’on a fait sur « Shoegazing Kids », et puis la construction de notre studio à Montreuil. On s’est offert le privilège de pouvoir composer, enregistrer et mixer absolument tout le temps qu’on voulait. Cette liberté, ce plaisir qu’on a eu à jouer dans notre studio n’a pas de prix. Sur « Pursuit », on entend des gars qui s’éclatent comme des gamins dans leur studio.

Peut-on donc dire que « Pursuit » sonne comme un retour au vrai Stuck In The Sound, comme un album totalement décomplexé, comme s’il n’était question que de plaisir, de références totalement assumées, nouvelles même à en croire un morceau comme « Brother » qui, au delà de Queen souvent revenu, a aussi un côté Michael Jackson?

Je ne comprends pas l’expression « vrai Stuck In The Sound« . On a toujours fait ce qu’on voulait, on a toujours foncé tête baissée, sans concessions. On n’a jamais eu de complexes. Il n’y a pas de complexe dans le rock, il y a un travail de groupe, du plaisir, des doutes, beaucoup de discussions autour d’une simple mélodie, de l’échange, du partage. Constamment. « Brother » a été composé par mon frère David Fontao (I am un Chien!!) et moi-même, puis ensuite produit par Stuck. On a rajouté de la batterie, de la basse, du synthé… Romain (l’ingé son), Arno et Francois ont fait un formidable travail de production sur ce titre. C’est un travail de famille. Ce titre est un OVNI dans notre carrière et nous ouvre des portes vers d’autres horizons sonores. Le côté Michael Jackson, il est complètement volontaire. On est fan de lui autant que de Kurt Cobain. Avec David, on voulait faire un titre entre du Sonic Youth stoner et du Michael.

On assiste depuis quelques mois à un retour de ce rock alternatif des années 90 qui fait incontestablement partie de vos influences. Est ce un environnement qui vous a incité à composer totalement librement, sans jamais anticiper l’accueil du public pour tel ou tel morceau?

Un retour du rock alternatif? Hmm… pas seulement. Pour moi, là, il y a un peu tous les styles. Des fusions. Un réveil total de l’underground grâce au net. J’aime bien 2012 (rires)

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Plus que jamais, ta voix est le centre névralgique de chacun des morceaux. Est-ce aussi le signe d’un groupe qui a gagné en maturité et qui exploite pleinement ses atouts?

C’est sur que, au bout de dix ans, on commence à bien se connaitre! Et puis, à force de chanter depuis tout ce temps, ma voix s’est épaissie, j’ai gagné dans les bas, les mediums. J’ai plus de coffre. J’ai un peu grossi, ça doit jouer aussi…

En 2012, ça fait dix ans que le groupe existe, et tous les membres sont encore au rendez vous. Le line up a t-il parfois été bousculé? Le groupe est-il désormais une priorité de vie pour tous?

Non, on a la chance d’être tous les quatre de gros névrosés du son. Il n’y a jamais vraiment de grosses embrouilles, seulement des tensions parfois. C’est normal, c’est comme dans un couple. La musique de Stuck reste une priorité pour nous. On est donc reparti pour dix ans de plus, au moins! Après, à côté de la musique, on a appris qu’il existait une autre vie aussi (rires)

Tu chantes également chez You!. Etant donné que Stuck In The Sound prend de plus en plus d’ampleur, un tel side-project a t-il encore un avenir?

Il y aura un deuxième album de You!. C’est un projet passionnant. Romuald est un incroyable compositeur, et j’adore chanter sur ses titres. Et comme je suis complètement boulimique et que je ne m’arrête jamais, il y aura aussi un autre album cette année, celui de SARH avec DJ Pone (Birdy Nam Nam). Je trouve que c’est un privilège que de pouvoir collaborer sur tous ces projets avec autant d’artistes talentueux. C’est ça aussi l’avenir de la musique: les rencontres, la fusion des genres, casser les barrières qui pouvaient exister entre les différents styles musicaux. 2012…

Crédits photos: Julien Mignot

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