Interview : Spook & The Guay (04-1998)

Pour commencer, qui sont les Spook And The Guay ?

On existe depuis huit ans maintenant. Pendant quatre ans, on était un groupe de collégiens, on ne prenait pas trop ça au sérieux. Ca fait quatre ans maintenant que l’on tourne vraiment, que l’on en fait un métier. Nous sommes huit sur scène : basse, batterie, deux guitares dont un chanteur, deux autres chanteurs, un saxo et une trompette.

Qu’aviez-vous sorti avant l’album ?

On a sorti une cassette six titres en 1994, on a ensuite fait un petit CD quatre titres destiné à la promotion mais que l’on a aussi vendu par-ci par-là et puis maintenant l’album qui est sorti en février.

C’est un album autoproduit ?

Oui, on a autoproduit l’album parce qu’on s’est rendu compte que l’on n’avait pas de propositions intéressantes de labels. On s’est donc pris en main, on a autoproduit et on a signé une licence avec un label de distribution qui s’appelle MSI et qui se charge de la distribution nationale et internationale puisqu’il distribue également en Suisse, Canada et Belgique. Et, en même temps, on a signé une autre licence avec le label italien « Gridalo Forte » qui est beaucoup plus alternatif et qui nous distribue en Italie et Espagne. Disons que c’est l’équivalent d’Esan Ozenki en Italie.

L’autoproduction a t-elle engendré de pas trop bonnes conditions d’enregistrement ?

Ca faisait longtemps que l’on voulait sortir un vrai truc ; on a attendu et on n’a pas fait ça à la légère, on s’est donné les moyens de le faire. On a enregistré pendant 26 jours au studio du Chalet à Bordeaux. Au final, on a treize titres bien produits.

Votre diversité musicale est voulue ou n’est elle pas le reflet d’une personnalité musicale non encore bien marquée ?

Ca s’est fait petit à petit avec la volonté de mélanger nos influences. On ne voulait pas partir dans le trip : on va être un groupe de reggae par exemple, être à fond dedans, se la jouer avec les attitudes. Ca, j’en ai rien eu à taper. Si on a envie de faire un ska et chanter en espagnol, on y va, de faire un truc kepon chanté en anglais, on y va… Cela dit, on fait tout de même attention que cette diversité n’efface pas l’identité du groupe, que les Spook ne soient pas uniquement un catalogue de styles.

Et le chant en trois langues ?

Ca s’est fait hyper naturellement. Au début, Xavier est arrivé et a écrit pas mal de paroles en anglais notamment sur du reggae parce que ça nous paraissait un peu plus naturel. Dans le groupe, il y a également trois personnes d’origine espagnole ; et le français arrive de plus en plus. Je ne sais pas si on a eu peur mais ce n’était pas naturel au départ. Ca doit être aussi du au fait que personne n’écoutait de musique francophone dans le groupe. Maintenant, on s’y met pour toucher directement le public, lui dire des choses et qu’il les comprenne.

« Anti-Racist Soldiers » est assez explicite. Etes-vous confronté au Front National à Toulouse ?

Oui et non, on ne vit pas dans des cités, on n’est pas rebeus. Nous, on n’en souffre pas particulièrement. Maintenant, il y a des potes qui en souffrent, on regarde la télé, on voit ce qui se passe aux dernières législatives, on voit plein de choses. On est donc obligé de réagir. Ca monte, ça monte, ça gangrène à l’intérieur du système. Les gens disent que ce n’est pas bien, mais ils ne vont pas voter. Au bout d’un moment, on se demande ce qu’attendent les gens, peut-être qu’ils attendent la guerre… Ce morceau est clair : pas de fascistes, pas de racistes, pas de ça chez nous.

Comment est la scène toulousaine ?

On a la chance d’avoir une scène riche par rapport à d’autres villes. On a des groupes comme Zebda, Fly & The Tox et d’autres qui ne font pas le même style de musique que nous. II y a énormément de groupes sur Toulouse, beaucoup de scènes différentes alors nous, on est plus porté à rencontrer des gens qui font un peu la même musique que nous. II y a donc tout un côté de la scène toulousaine que l’on ne connaît pas vraiment, parce qu’on ne va pas dans les mêmes endroits, aux mêmes concerts.

Comment vous situez-vous sur la scène française ?

On peut partager la scène avec les Wailers, comme on peut la partager avec Negu Gorriak, ou les Blues Brothers. On ne veut pas avoir d’étiquette sur le dos, comme celle de ska que l’on a souvent d’ailleurs. On fait du ska à notre façon, comme on le sent mais on n’est pas un groupe ska. On est souvent assimilé à cette famille qui comprend Kanjar’oc, La Ruda, Crazy Skankers, Skunk, Kargol’s, RWMS. Tous ces groupes ont leur originalité et chacun fait son ska selon ses influences. En fait, on, appartient à la très très grande famille du ska hyper large.

Quels sont les projets à venir ?

On part en Italie faire quatre dates (fin avril, ndlr.). On va faire ça régulièrement puisqu’il y a le label qui est là-bas. Ils n’ont pas vraiment la structure pour monter une grosse tournée de plusieurs semaines, du moins pas pour l’instant, alors on y retourne souvent faire quelques dates. On doit avoir des plans en Suisse aussi… Pour l’instant, on fait la promotion du premier album en jouant un peu partout et puis on ne va pas trop tarder à se pencher sur le prochain qui va être un cap important. On a fait le premier album avec des titres que l’on joue depuis des années alors il va falloir reprendre tout à zéro et confirmer.

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