Interview : Soel (11-2004)

Ils dépoussièrent le jazz, cassent les idées reçues, créent pour innover encore et toujours. Les artistes de la nouvelle génération jazz font avancer leur musique d’un pas ou deux en avant pour leur plaisir, pour notre plaisir. Depuis quelques années, on assiste à un renouveau du jazz grâce à l’arrivée de nouveaux artistes aux talents aussi divers que leurs influences. Pourtant, imposer un renouveau n’était pas chose facile, à cause de l’histoire même de cette musique, si riche et ancienne, mais aussi à cause de l’élitisme du public jazz de base. En France, l’un de ceux à avoir ouvert la voie est Erik Truffaz. Et de nombreux Gregsky, Wise et autres General Electrics s’y sont engouffrés. Tout comme son ami St Germain, Soel a réconcilié amateurs de jazz, de funk et de musiques électroniques. ‘Memento’, premier album, révèle un artiste au talent prometteur. Rencontre.

On sait peu de choses de vous, sauf que vous avez été musicien de L.Navarre, alors pouvez-vous vous présenter un peu? D’où venez-vous? Comment avez vous commencé dans la musique?

Soel : J’ai commencé par étudier la musique classique dès l’âge de onze ans puis le jazz pendant 2 années dans une école de musique américaine à Paris. Ensuite, je me suis lancé dans divers styles musicaux dont le jazz (latin, afro, funk) mais aussi le rock et le reggae grâce à des rencontres avec des musiciens et chanteurs sur Paris.

Ce premier album sonne très soul, façon ‘Stax’, parfois presque à la Barry White. Mais on sent d’autres influences (funk, jazz, musiques latines). Quelles sont vos influences musicales exactement?

Soel : Mes influences sont très diverses. Bien sur, il y a le jazz mais aussi toutes les musiques « noires » américaines sans oublier les musiques jamaïcaine, africaine et cubaine avec quelques artistes « phares » comme Miles Davis, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Roy Ayers, Fela, Bob Marley, pour ne citer que les principaux. Mais j’écoute aussi des choses différentes. Selon moi, tout peut être source d’inspiration. C’est une question d’ouverture d’esprit sur la façon de concevoir la musique. Les musiques de films m’inspirent également beaucoup.

Où avez vous rencontré l’équipe de musiciens qui vous accompagne?

Soel : Au hasard des rencontres musicales ou par des amis.

Comment s’est passée la rencontre avec Warner?

Soel : Très simplement. Mais je dois dire que c’est très nouveau pour moi, tout cet aspect promotionnel, le marketing… Ce ne sont pas des choses dans lesquelles je suis particulièrement à l’aise même si j’en comprends la nécessité.

Quelle est votre actualité en ce moment ? Etes vous en tournée?

Soel : Une tournée est prévue en Europe, au Canada et aux USA autour des mois de janvier/février. L’album devrait sortir au Canada et en Amérique à cette même période.

Quel est votre concept de la scène? Ou pour être plus précis, quelles différences entre Soel sur disque et Soel sur scène?

Soel : Sur scène, mon idée est de mélanger le son electro et l’acoustique de la façon la plus harmonieuse possible, sans léser aucun de ces deux éléments. L’un ne doit pas l’emporter sur l’autre.

Je tiens aussi à laisser aux musiciens la plus grande liberté possible car cette liberté est source d’inspiration. Ainsi, certains morceaux ont beaucoup changé par rapport à leur concept originel. J’aime quand ce genre de transformation se produit sur scène laissant une certaine part d’imprévu.

Vous faites partie de cette génération avec Truffaz, No Jazz, St Germain, B.Wesseltoft, Malia… qui donne une nouvelle vie, un nouveau souffle au jazz. En êtes vous conscient? Est ce votre ambition?

Soel : Non je n’en ai pas conscience. Je n’ai d’ailleurs aucune ambition à ce sujet. Ma seule ambition est de pouvoir faire ce que j’aime.

Connaissez-vous Montréal et le Québec? Avez-vous l’intention de vous y rendre pour le festival de jazz de Montréal, par exemple?

Soel : Oui, j’ai déjà eu l’occasion d’aller au Canada et au Québec à maintes reprises, pour des concerts. J’ai même séjourné à Montréal durant tout un mois, l’été… C’était il y a quelques années. J’ai toujours beaucoup de plaisir à jouer là bas. J’adore ce public, toujours enthousiaste, qui se « lache » avec passion après les mois rigoureux d’hiver.

Avez-vous des amis dans le milieu de la musique, francophone ou anglophone?

Soel : Oui mais ce ne sont pas forcément des musiciens connus. Au court de mes voyages, j’aime rencontrer, discuter et garder contact avec des musiciens ou artistes des pays que j’ai pu traverser.

Des idées de collaborations avec d’autres artistes?

Soel : Il y a de nombreux musiciens ou artistes avec lesquels j’aimerais travailler mais je n’ai pas encore d’idées précises sur la question. J’aimerais travailler avec des ‘slamers’ (poétes urbains) et des artistes comme Horace Andy ou Tony Allen par exemple.

Quel est votre avis sur le milieu du disque aujourd’hui? Sur la création artistique et sur les maisons de disques en particulier?

Soel : En France, la situation est assez catastrophique, en tout cas pour ce que j’en connais. Les raisons sont diverses mais je pense que les maisons de disques ont une grande part de responsabilité dans cet écueil. Elles ne semblent toujours pas en comprendre les raisons. Comment rendre accessible la culture musicale à une grande part de la population avec un prix du CD dépassant les 20 euros?! Cela dépasse l’entendement. Elles pensent pouvoir « sauver » l’affaire en « ratissant » un public de plus en plus large. C’est un faux problème. Le plus souvent, seuls les petits labels semblent donner les bonnes réponses aux problèmes, parce qu’ils sont davantage sur le terrain de la réalité…

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