Interview : Slicker (12-2004)

Est-ce que je peux te demander de présenter ton projet « We All Have a Plan » à ceux qui n’ont pas encore eu la chance de l’entendre? Comment le définirais-tu?

Alors, pour moi, Slicker est avant tout un album autour d’un mélange de musiques, un mix entre des sons organiques, voire roots, et d’autres plus futuristes. C’est un projet qui recherche l’équilibre entre des musiques expérimentales et des écritures plus structurées, c’est une constante évolution. J’ai usé de tellement d’influences que c’est difficile de trouver une comparaison spécifique.

Quand as-tu pensé à réaliser le projet Slicker?

J’y suis venu quand mon ancien groupe, Bill Ding, s’est séparé. Je voulais à ce moment là revenir à l’électronique, qui a été la première musique à laquelle je me suis intéressé. Et j’ai sorti mon premier album sous ce nom en 1998.

Travailler seul, est-ce avant tout un moyen d’utiliser toutes tes influences comme tu l’entends?

Non, j’ai toujours été meilleur quand je travaillais seul, et je suis profondément quelqu’un de réservé. Je me sens juste plus à l’aise quand je bosse seul. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle je me produits peu en concert. J’aime profondément le temps que je passe en studio, je le vis comme des méditations. Ca me donne un moment pour respirer.

…la musique électronique est donc une bénédiction pour toi!

Définitivement! C’est en tout cas la musique dans laquelle je peux m’exprimer le plus facilement. Je peux y faire tout ce dont j’ai envie, et comme j’ai pas une formation traditionnelle de musicien, je dois énormément me consacrer aux idées. Je continue à penser la musique à travers des oreilles de producteur.

Pour quelqu’un qui aime la solitude, tu t’es quand même bien entouré pour ton album. Tu peux nous dire ce que tu attends de tes musiciens?

Ah! J’ai oublié de mentionner que parfois la solitude pèse quand on est seul en studio! J’ai cherché à m’entourer d’énergies uniques pour ce projet. Toutes les participations ont été géniales, mais ça n’a pris qu’une petite partie du temps total de l’enregistrement. J’ai recherché avant tout des musiciens qui puissent apporter une personnalité et une âme à l’album. C’est pour ça que je me suis intéressé avant tout au fait qu’ils aient tous des parcours musicaux très riches, mais qu’en même temps ils n’aient jamais pratiqué ce genre musical.

…c’est donc le bon moment pour te demander de nous présenter l’un d’entre eux: Dan Broadi

C’est un chanteur et guitariste ghanéen, il vit à Chicago où il est à la fois chauffeur de taxi et musicien. Il est très impliqué dans la communauté africaine, ici, et il aide les jeunes musiciens ghanéens à trouver des salles pour ce produire. C’est, Jamie Hodge, le patron d’Aestuarium Record qui me l’a présenté. A l’époque Hefty distribuait les rééditions des disques de Dan Broadi de la fin des années 70 et qu’Aestuarium produisait. La première fois qu’on s’est rencontré, c’était pour un petit déjeuner avec Jamie, et il avait l’air d’être encore actif. C’est aussi à ce moment là qu’il m’a parlé d’autres musiciens qui vivaient ici, comme James Cromwell qui, finalement, aura joué un rôle primordial dans cet album.

Tu as grandi dans un environnement des plus artistiques. Quelle part attribues-tu à cette éducation dans ton travail? J’ai lu notamment que tu avais travaillé avec ton père (réalisateur de films)?

J’ai effectivement grandi dans une atmosphère des plus créatives… On m’a toujours encouragé à pratiquer un art, quel qu’il soit. A la maison, on écoutait tout le temps de la musique, ou si il n’y en avait pas, c’est qu’on regardait un film. En ce qui concerne ma culture, mes parents m’ont apporté ce que l’école ne pouvait pas. Et mon père a toujours été une source de motivation pour moi, il m’a toujours soutenu surtout quand j’ai commencé à montrer de l’intérêt pour la musique.

Quelle musique écoutes-tu en ce moment?

Je viens d’écouter l’album de Ryuichi Sakamoto, ça m’a pas mal impressionné. Il y a une chanson que André, d’Outkast, a faite sur le nouvel album de Gwen Stefani, que j’ai tout le temps dans la tête… En ce moment, je suis aussi pas mal dans les vieux disques de Michal Urbaniak.

Tu m’as dit que tu enregistrais en ce moment, avec des japonais, comment tu as découvert cette musique?

J’ai toujours adoré la musique japonaise! Le Japon est une société tellement avancée pour les innovations technologiques… En ce moment, je mixe l’album que je viens de finir d’enregistrer avec Shin Tasaki de Spanova. Maintenant, j’ai un endroit où dormir quand j’irai là bas…

L’année qui vient de s’écouler a été très intense pour Hefty Records: l’album de Telefon Tel-Aviv, le tien et celui de Altra… Pas trop fatiguant?

Si… On a considéré chacune de ces sorties comme une priorité, c’était notre but. On est pas mal excité par la tournure que prend le label en ce moment, mais c’est vrai que pour moi c’est pas facile de jongler entre toutes mes fonctions. Surtout que je cherche toujours à privilégier la création musicale en ce qui me concerne, qui est pour moi la base de tout.

Comment tu définirais ton rôle chez Hefty?

Ben, disons que ça à tendance à évoluer… Au début je faisais, à peu prés, tout. Et puis, petit à petit, j’ai commencé à déléguer à des personnes de confiance qui en plus étaient plus compétentes que moi. On est 5 à y bosser à plein temps aujourd’hui. Mais mon rôle principal, ça reste de rentrer en contact avec d’autres artistes, et de choisir la musique qu’on va produire. Et dans le même temps, j’ai ma musique à faire. Je suis aussi toujours prêt à mettre mon studio à la disposition de nouveaux artistes qui auraient besoin d’aide. A nos yeux, Hefty doit, tant que possible, fonctionner comme une famille: le plus proche on reste les uns des autres, le plus de chance on a de rendre notre musique « unique ». On n’a pas peur dans l’absolu du succès mais on n’est pas prêt pour autant à vendre nos âmes et changer notre musique. Tant qu’on continue à faire notre propre musique, je me sens très à l’aise avec le fait que l’on soit de plus en plus diffusé.

Quels sont les projets futurs?

Donc, comme je l’ai dit, on est en train de finir d’enregistrer l’album de Shin Tasaki. Je bosse également pour quelques morceaux persos, tout en essayant en même temps de réorganiser mon studio. Avec Hefty, on va bientôt réaliser les albums de Samadha et Spanova, et à côté, il y a le projet de Josh Eustis, de Telefon Tel-Aviv, qu’on prépare. Pas encore le temps de s’ennuyer.

Tradition Bokson, le mot de la fin…

Si je suis complètement libre de parler de ce que je veux, je voudrais juste rendre hommage à un de mes musiciens de jazz favoris qui vient de décéder, Robin Kenyatta. Son disque « The Girl From Martinique » est pour moi un classique. Je m’inquiète du fait que toute cette génération de grands jazzmen va petit à petit disparaître, et que ça va être bien difficile de les remplacer. Les jeunes des zones urbaines ont plus facilement tendance aujourd’hui à prendre le micro plutôt qu’un instrument, et même si ça a du bon parce que ça mène à quelque chose de différent, le jazz est quand même entrain de mourir doucement. En tous les cas, celui avec le style et la qualité que moi j’apprécie. Je suis pas sûr que beaucoup de monde connaissait Kenyatta, donc c’est bien de parler de lui.

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