Interview : Sleeppers (01-2006)

Vous avez récemment sorti un DVD live. Comment ce projet s’est il présenté? Considérez vous ce support comme un moyen de laisser une trace indélébile sur la scène française, chose que les Portobello Bones par exemple, une autre figure française du genre, n’ont pas eu le temps de faire?Laul: En fait le projet est né d’un constat simple. Cela fait maintenant 15 ans que le groupe existe. L’opportunité était trop belle de pouvoir faire un objet qui regrouperait toutes ces années passées. Tous les supports, que ce soit les vinyls, cd , dvd, etc., sont effectivement des témoignages de notre travail, de notre engagement et de notre création. Il est important pour nous d’abord, mais peut-être pour d’autres aussi, que le dvd soit sorti, pour montrer le chemin parcouru.Vous avez rencontré beaucoup de groupes depuis vos débuts. Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs de rencontres? Et de tournée?C’est une question bien difficile. On a croisé tellement de groupes! Le dernier très bon souvenir qui me revienne, ce sont les Eurocks 2004 parce que notre prestation était réussie et qu’il y avait un bon nombre de spectateurs bien déchaînés! Depuis notre formation, nous avons partagé énormément de bons moments; les mauvais, on préfère les effacer, voilà tout.Vous avez connu Total Heaven, Vicious Circle et Wet Music avant d’atterir chez At(h)ome. Tous ces changements de labels étaient-ils contraints et forcés, ou était-ce une volonté de votre part de ne pas tomber dans la routine, dans une relation trop installée?Ce n’était pas exactement contraints et forcés… La collaboration que nous nourrissions avec eux prenait souvent fin pour des problèmes de divergences (financières ou autres). Mais nous reconnaissons que tout ce qui a été fait dans ces différents labels l’a été avec sérieux et respect. Sauf à l’époque de « Wet Music »: lorsque nous avons signé, ils connaissaient déjà des problèmes internes et nous n’avons pu que constater leur fin prématurée. Aujourd’hui, nous avons enfin trouvé des gens qui croient pleinement en Sleeppers, ce qui nous permet d’avoir des relations tout à fait saines. At(h)ome défend le groupe aussi bien artistiquement qu’humainement et nous leur faisons entièrement confiance.Il est assez rare de voir un groupe entier émigrer vers une ville, Bordeaux en l’occurence. Pourquoi avoir fait ce choix en 1993?Nous avons choisi Bordeaux tout simplement parce que notre ville d’origine, Jonzac (17), ne nous laissait pas vraiment de perspective d’avenir dans le domaine du spectacle! Nous étions tous emballés par le fait d’habiter à Bordeaux dont la réputation de ville « Rock » n’est plus à faire! Cela fait maintenant plus de quinze ans que les Sleeppers sont nés. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la scène française, que ce soit ses groupes, ses structures…? Quels sont vos regrets, vos nostalgies ou, au contraire, vos satisfactions?Dans l’ensemble, je porte plutôt un regard positif. A nos débuts, la scène « indé » était en pleine effervescence. Elle comptait de nombreux groupes, français mais aussi étrangers. C’était vraiment une super époque car nous avions tout à apprendre. Il est assez dur de retrouver l’ambiance qu’il y avait à l’époque de l’indé: tu pouvais jouer dans les endroits les plus divers et bariolés et surtout le public se déplaçait en masse et semblait plus curieux. Fort heureusement, il existe encore quelques bons endroits. Ce qui a évolué depuis, ce sont les conditions dans lesquelles tu peux te produire. A part ça, on est assez bluffés par le professionnalisme avec lequel beaucoup de nouveaux groupes abordent la scène. Pour le reste pas de regrets, ni de nostalgie… Il faut toujours avancer, car la grande satisfaction c’est de pouvoir se réveiller le matin en te disant que tu as toujours des dates ou du studio, et que tu vas faire de la musique.Comment se sentent les Sleeppers aujourd’hui au contact de la nouvelle génération? Vieillissant ou habités d’une éternelle jeunesse?Plutôt vieillissant… mais se bonifiant. On a toujours l’espoir de se renouveler suffisamment pour ne pas faire figure de vieux croûtons! Je tiens à rappeler que la moyenne d’âge des membres du groupe c’est 30 ans! De plus, nous avons toujours écouté beaucoup de styles de musique (passée ou présente), et le fait justement de côtoyer la nouvelle génération te permet d’être comme tu le dis d’une éternelle jeunesse!Jusqu’ou iront les Sleeppers? Quelles sont après tant d’années, les choses qui vous font perdurer et celles que vous cherchez encore à atteindre? Quel est le secret d’une telle longévité?Il n’y a pas de secret, ce n’est pas toujours facile, mais dans l’ensemble ce qui nous pousse tous à continuer, c’est d’abord le fait de jouer en concert, et maintenant avec le temps, de travailler en studio. Nous nous sommes toujours dit que le jour où les Sleeppers deviendraient une sorte d’obligation sans motif, alors il faudra tout arrêter. Pour l’instant, nous avons encore des choses à dire et nous avons toujours l’impression d’évoluer.Beaucoup de groupes s’arrêtent au profit de la vie privée de chacun des membres. Comment gérez vous cela?Gérer est un bien grand mot, je dirais plutôt que l’on s’adapte. Ce n’est pas facile à 30 ans car la vie te rattrape et malheureusement tout le monde n’évolue pas de la même façon.Chacun fait ce qu’il peut, et pour l’instant l’entraide est toujours au rendez-vous.L’arrivée de Rapha, guitariste de Tomy, a clairement changé le son des Sleeppers, désormais plus mélodique. Doit-on cependant parler d’un avant et d’un après Rapha?On peut parler d’un avant et d’un après Rafa, oui. Il amène vraiment quelque chose de nouveau dans les compositions et le son mais aussi dans l’histoire humaine du groupe. Aujourd’hui, je pense que son intégration est complète et qu’il peut enfin vraiment s’exprimer avec nous.Vous êtes en train de concocter votre prochain album. Pouvez-vous déjà nous en parler, nous dire à quoi nous devons nous attendre?Je ne peux pas trop en parler, car il n’est pas tout à fait fini. Nous sommes, pour l’instant, tous très contents des prises studio et du mix. A l’heure où je réponds à cette interview, il reste le mastering à faire. A quoi s’attendre? Plutôt à du Sleeppers époque « Cut Off ».Vous avez testé le chant français lors de « Interactions ». Pourquoi cela? Est-ce quelque chose que vous allez rééditer dans le futur et notamment sur ce nouvel album?Des textes en français se sont effectivement glissés sur les 2 derniers albums. Dans le prochain album, un nouveau morceau en français a été écrit et chanté par Reuno de Lofofora, et cette collaboration a vraiment été très riche d’enseignements.Parlons de Trigger maintenant qui laissait entrevoir un gros potentiel à l’heure ou le dub français se voyait pousser des ailes. Ce projet est-il toujours d’actualité? La scène dub française vous intéresse t-elle?Trigger est notre collectif, il ne s’agit pas que de dub. C’est plutôt un laboratoire rassemblant les membres du groupe ainsi que tous les artistes avec qui nous avons collaboré avec Sleeppers (remix, créations studio, concerts). Lors de la prochaine tournée, nous aurons enfin (!) terminé le vinyl auto-produit de remix de morceaux de Sleeppers. Il sera en vente au stand de merchandising! Les styles de musique que nous écoutons sont très variés, le dub en fait partie, et notamment des groupes comme les Improvisators Dub, Hightone ou Ezekiel.Quel souvenir voudriez-vous que le public garde des Sleeppers?Pour l’instant je ne parlerai pas encore de souvenir précis car nous sommes toujours là! Mais j’aimerais que l’on nous voit comme un groupe intègre et ouvert.Le mot de la fin…Que cette année soit bonne et prolifique pour tous!

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