Interview : Slackers (02-2006)

Votre précédent album, « Close My Eyes », traitait des événements du 11 septembre. Qu’est ce qui vous a motivé cette fois pour composer « Peculiar »?David Hillyard: Je pense que nous essayons toujours de composer le meilleur album possible. Celui où le songwritting et la performance se recoupent pour donner quelque chose de beau. En fait, notre motivation est de proposer une musique qui reste, qui soit intemporelle. Pour ce qui est du contenu, notre musique reflète cette fois le désaccord du groupe envers les décisions des politiciens américains. Mais elle traite aussi du fait de devoir vivre avec, et surtout d’en rire avant de devenir complètement amères. Comment vendrais-tu ce nouvel opus à un fan des Slackers qui ne l’ait pas encore écouté?Je pense que le groupe arrive à un stade très intéressant. C’est le premier album composé par le line up actuel, avec les petits nouveaux que sont Jay Nugent à la guitare et Ara Babajian à la batterie. Nous avons passé beaucoup de temps à répéter pour obtenir cette unité, cette osmose. Une de nos motivations était aussi d’avoir un solide son de groupe sur cet album, avec très peu d’invités. « Peculiar » sonne beaucoup plus ska et rock que les précédents opus. Nous avons récemment sorti un CD entier de reggae dub intitulé « Afternoon In Dub » et du coup, « Peculiar » possède fatalement moins de morceaux de ce genre. D’apparence, ce disque est plus enjoué, mais les paroles sont beaucoup plus sombres.La pochette illustrant un homme en laisse est assez étrange. Peux-tu nous en dire un peu plus sur le message qui se cache derrière?En fait, c’est une illustration de « freak show », plus spécialement Coney Island à New York. Nous avons souvent cette sensation d’être des freaks (« anormaux », ndlr) en tant que new yorkais, car nous sommes vraiment à part du reste de la population des Etats Unis. Il faut aussi interpréter cela comme la preuve que nous ne nous prenons pas au sérieux. Le pire pour nous serait que les gens nous prennent pour des êtres sinistres. Donc nous dérangeons avec humour. Même quand rien ne va, il faut garder le sens de l’humour.Vos paroles sont souvent engagées. Quels sont les sujets qui vous font sortir de vos gonds?Il y en a tellement à l’heure actuelle. Je pense que c’est surtout le déclin généralisé de la tolérance. Le manque de respect pour la vie humaine en quelque sorte. La pauvreté, la famine sont aussi des choses qui nous révoltent…Vous semblez regretter le manque de prise de position des autres groupes américains. Comment expliquez vous cela? La censure a t-elle définitivement pris le dessus sur les musiciens de votre pays?Je ne pense pas que les censeurs se préoccupent beaucoup des musiciens américains car ils ne considèrent pas la musique comme un danger à l’heure qu’il est. La plupart de la musique aux Etats Unis est apolitique, superficielle. Un morceau, c’est juste trois minutes de votre vie et c’est tout. Il n’y a pas de sens plus profond, même si quelques critiques sur la guerre émanent ici ou là. Je pense que c’est justement ce qui me dérange, ce fait qu’il y ait si peu à censurer…Penses tu que l’engagement d’un groupe de ska a la même portée que celui d’un groupe punk par exemple du fait que la musique soit moins agressive?Tu sais, beaucoup de groupes punk font avant tout beaucoup de bruit. Les meilleurs groupes punk, The Clash notamment, avaient des morceaux très engagés sans qu’ils soient agressifs. Prends par exemple « Guns Of Brixton »… J’ai toujours pensé que des gens comme Bob Marley ou Curtis Mayfield avaient des titres beaucoup plus politisés tout en étant doux. Il ne faut pas confondre le volume et l’émotion. N’importe qui peut faire du bruit en tournant les potards de son ampli sans avoir vraiment quelque chose à dire, si ce n’est se plaindre. Tu peux dire « rich people suck! » ou « fuck you » très fort dans un micro mais cela n’a pas vraiment de sens si cela devient un rituel. Quelqu’un d’autre l’a dit avant toi. Quand Curtis Mayfield dit « people get ready… there’s a train a coming… don’t need no ticket… just get on board », il parle de changement de manière profonde. Il n’a pas besoin de hurler et ses mots interpellent beaucoup plus les gens que s’il criait.Peux tu nous expliquer ce lien très fort avec Ernesto’s? C’est assez rare qu’un groupe de New York ait un fief en Hollande…En fait, les mecs du Ernesto’s sont venus nous voir lors de notre premier concert en Europe en 1997, à Eindhoven plus exactement. Ils nous ont alors invité à jouer chez eux lors d’un day off de cette tournée, et depuis nous y jouons à chaque fois que nous venons sur votre continent. C’est comme une deuxième maison pour nous…Le ska a connu une période très faste lorsque le ska-punk était à la mode. Aujourd’hui, cette médiatisation est un peu retombée. Comment les Slackers vivent-ils cela? Est ce que votre public s’est réduit depuis?Le ska a connu deux très bonnes périodes. D’abord en 1979 et 1980 lorsqu’il est apparu dans les charts anglais, puis en 1995 quand ce fut également le cas aux Etats Unis. Mais ces moments ont été très courts. Nous sommes aujourd’hui sur un cycle complètement différent et, en ce qui nous concerne, nous avons doucement construit notre popularité. Nous ramenons pas mal de gens à nos concerts, surtout à New York, Los Angeles, Toronto, Londres, Berlin, Amsterdam… Au Brésil, nous avons fait huit cent personnes en deux soirs! Maintenant, il faut que ce soit pareil dans les villes plus petites. En France, on a bizarrement toujours eu un peu de mal, même si cela a tendance à s’améliorer aux vues des deux dernières années. C’est difficile de l’expliquer en tous les cas. Rencontrer Tim Armstrong, leader de Rancid et boss de Hellcat Records, semble avoir été crucial pour vous. Pense-tu que vos collaborations avec Rancid ont été votre popularité? Oui, évidemment. Ils nous ont ouvert beaucoup de portes et nous ont permis de toucher un public qui n’aurait jamais écouté les Slackers en temps normal.Certains d’entre vous ont joué avec Hepcat ou les Stubborn All Stars. Où en sont ces deux groupes aujourd’hui?Hepcat donne quelques concerts en Californie mais je n’ai pas joué avec eux depuis 1992, ce qui commence à faire un paquet de temps. Quant aux Stubborn All Stars, le groupe s’est dissous depuis maintenant cinq ou six ans, quelque chose comme ça…hormis tourner, quels sont donc les projets des Slackers dans un futur proche?Nous venons juste de commencer à enregistrer quelques nouveaux morceaux. Un mix de différentes choses, comme une reprise de Johnny Cash et de Os Mutante par exemple, et quelques titres originaux. Nous pensons déjà au prochain CD.Le mot de la fin…Merci à tous nos fans et amis français. Nous vous apprécions beaucoup.

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