Interview : Shovel (01-1999)

Le passage de Noise Product à Lolita ne s’est pas fait dans le calme. Je fais référence à leur communiqué de presse plutôt hallucinant..

Frank (batterie): Le problème est qu’on a changé de label parce que Noise Product ne foutait rien. On n’a jamais voulu signer chez une major. On voulait un label indé qui travaille bien et Headstrong s’est proposé. Sans eux, je ne pense pas qu’on serait en concert ici ce soir. Pour Noise Product, le label est un hobby. On s’est cassé car on ne leur avait pas promis qu’on sortirait l’album chez eux. Normalement, c’était comme ça que cela devait se faire mais on a eu des offres alors on est parti. Ils ne répondaient pas à nos attentes. Ils l’ont très mal pris et depuis c’est un peu la « gue-guerre et ils nous appellent les « enculés » maintenant. On s’en fout.

Quelle a été votre réaction face à ce communiqué de presse…

Ca nous a rire en fait. Ca n’a pas pu nous porter préjudice car il y a un fanzine seulement qui l’a publié. Je ne voyais vraiment pas le but hormis celui de nous faire passer pour des porcs vendus au commerce. On est juste passé d’un indé tout petit à un gros indé. De toutes façons, pratiquement tous les groupes de NPS se sont cassés et maintenant ils signent que des trucs de pop, des trucs expérimentaux. Ils font ça n’importe comment donc on n’a pas de regret. On va pas leur chier dessus parce qu’ils nous ont vachement aidé avec Eastwood, ils nous ont filé un coup de patte avec Shovel.

Avez-vous été surpris par l’accueil médiatique de l’album?

Non parce que si tu as des articles dans Rock Sound, c’est parce qu’il y a des pubs derrière. On était assez surs de nous car on était vraiment content. On s’est lancé en même temps qu’Headstrong donc c’est super pour tout le monde.

Pas mal de groupes de votre genre incluent des machines à leurs compositions. Est-ce dans vos projets?

On n’en a jamais vraiment discuté. Certains membres du groupe ont des projets parallèles à tendance électro. Pour Shovel, je ne vois pas l’intérêt. Le prochain album est pour l’été prochain et je pense qu’on va plutôt y inclure des instruments à cordes, deux trois trucs… Pour l’instant, on a des structures normales et on a envie d’une production un peu plus touffue avec un ou deux samples. Ca ne m’intéresse pas plus que ça personnellement

Vous semblez vouloir vous orienter vers quelque chose de plus rock et moins métal. Histoire d’aller à contre-courant?

Non, mais c’est une évolution un peu plus personnelle. On fait du Shovel. On a commencé il y a trois ans et on a été rapproché à cette scène Deftones et c’est un peu gonflant. Ce n’est pas histoire d’aller à contre-courant, c’est une évolution naturelle de nos envies du moment. Par exemple, pour l’album, on voulait un son de guitare à la Helmet; on n’a pas tout à fait atteint ça mais on a en quelque sorte eu le gros mur de guitare. Dans ce genre de son, on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal de défauts. Sur scène, Paul a un peu baissé le gain de sa guitare et ça sonne un peu plus rock. Les compos sont aussi moins hardcore. On trouve des riffs qui nous plaisent et on ne pense pas du tout à ce que vont dire les gens. On fait ce qu’on a envie de faire, on est tous sur la même longueur d’onde. On a enregistré un morceau dernièrement pour une compile et ça sonne vraiment rock avec des grosses guitares.

Paul (guitare): Avant, ça ressemblait plus à du métal avec une orientation pop-rock dans les compos. Maintenant, c’est rock avec un son qui peut encore être qualifié de métal.

F: C’est vrai que toute cette hype un peu Deftones-Korn-Coal Chamber…, on s’en fout. Ca ne nous a jamais intéressé. J’ai le premier album de Kom à la maison car à l’époque, ça a été une tuerie. J’ai les deux Deftones car ce sont deux très bons albums mais cette scène ne nous intéresse pas. On a d’autres aspirations que ça.

P: Ce qui nous réunit dans Shovel, c’est que chaque entité du groupe a des intérêts divers.

F: Alors que quand on compose, on est tous sur la même longueur d’ondes. C’est paradoxal.

Vous allez peut être travailler avec le producteur de Refused. Est-ce une réelle motivation pour vous?

F: II n’y a rien de sûr encore. J’ai reçu un mail de lui l’autre jour, il semble intéressé. II trouve le premier album bon et notre orientation plus rock le motive. On doit tous en discuter.

Est-ce que Refused fait partie de vos influences?

F: A l’unanimité dans le groupe.

P: Encore plus Fireside que Refused.

Francisco (chant): Encore plus Breach que Fireside.

F: Toute cette scène suédoise représente le son qu’on aimerait avoir. Refused a une production monstrueuse, des compos fabuleuses, les textes sont mortels. Bosser avec un mec comme ça, ça peut être hyper intéressant parce qu’il a des idées incroyables. Moi, dans l’absolu, je partirais demain. II faut qu’on en discute. A part lui, je ne vois pas avec quel producteur connu on pourrait bosser.

P: Je ne pense pas que le choix du producteur va déterminer le choix de notre direction. C’est le contraire. II semble être celui qui s’approprie le plus à ce que l’on fait pour l’instant.

Vous parlez en ce qui vous concerne de « complexe du groupe suisse ». Vous pouvez approfondir?

F: C’est le complexe qu’il y avait il y a neuf-dix ans. Les groupes suisses, à cette époque là, allaient enregistrer dans un studio proche de chez eux, avaient un son de merde parce qu’aucun producteur n’était compétent. Quand tu as un son de merde sur un CD de merde, tu complexes. II disparaît maintenant car on a de plus en plus de très bons producteurs.

P: D’après moi, ce complexe est du à la centralisation de tout ce qui passe sur Paris. C’est autant un complexe suisse qu’un complexe français de province.

F: C’est pas ça que je voulais dire. Pour moi, c’est le côté ‘petit suisse’. II y a dix ans, aucun groupe suisse ne sortait un truc bien. Maintenant, tous les groupes suisses ont un son d’enfer. Je ne parlais pas de parisianisme ou quoi que ce soit.

P: Moi, je le vois comme ça. A mon avis, il vient d’un manque de proximité des structures adéquates, a des maisons de disque qui peuvent te faire avancer. Maintenant, les gens savent qu’il y a quelque chose en Suisse, surtout en Suisse Romance.

F: Les choses évoluent. II y a dix ans, aucun groupe ne sortait de CD, maintenant tout le monde peut le faire. Ce complexe n’existe plus maintenant.

P: Avec Internet, ça facilite les choses. Tu peux venir d’un endroit bouseux et intéresser des gens à perpète.

F: Il y a tellement de groupes suisses qui valent des groupes américains. Par la force des choses, ils ne sont pas très connus à cause de ce manque de structure. Au niveau du son et de I’originalité, les trucs qui sortent me mettent sur le cul même si tout le monde va ailleurs pour enregistrer mais bon…

P: Bah voilà! C’est a ce niveau là qu’il est le complexe. Tu vas enregistrer ailleurs plus pour le nom que pour le résultat. T’es sur d’avoir le nom et le résultat.

François: Là, il y a une scène qui se monte, il y a comme un buzz autour de la Suisse avec de nombreux groupes qui réussissent.

Les Burning Heads me disaient que la scène métal était complètement dénuée de toute rébellion. Que pensez-vous de ce point de vue?

P: On est tout à fait d’accord. C’est une scène faite d’opportunistes, de gens qui ont une culture musicale limitée. Ils se limitent a des têtes de série que I’on connaît tous. Ils font I’amalgame, pensent être dedans et proposent ça.

F:Il n’y a rien derrière, tout comme Korn et Machine Head.

François (guitare): II y a quoi dans le punk mélodique des Burning Heads et des autres groupes ricains de ce style?

F: Tout dépend si on parle de message ou de musique. Si on parle de message, un groupe comme Blink 182 est bon mais ne parle que de gonzesses.

François (guitare): Un groupe comme Mass Hysteria a un peu le même message que les Burning, c’est a dire l’anti-militarisme et le cannabis. Je ne pense pas qu’un style renferme dans un message politique quelconque. Est-ce vraiment important?

P: Nous, en tant que Suisse, on a moins de trucs a revendiquer. Dans pas mal de pays, il y a ceux qui ressentent ce dont ils parlent et il y a les opportunistes qui viennent pour prendre le wagon en marche, parler des mêmes trucs que les autres. Ils font un groupe de rock pour les bons côtés, et ils ne vivent pas la même chose au quotidien.

François (guitare): Le message est aussi contenu dans la manière dont tu gères ton groupe. Un groupe comme Bluetip qui vient de Washington, qui est sur Dischord et qui fait une musique volontairement compliquée; intrinsèquement, ils ont une démarche intellectuelle parce qu’ils savent qu’ils font une musique qui ne s’adressent pas a la masse. Souvent, cette vision, c’est aussi une manière de voir la vie, de ne pas faire de concession ni compromis. Dans ce sens, on n’est pas un groupe engagé. On prend un peu ce qui peut nous permettre de faire de la musique dans les meilleures conditions. Le public d’aujourd’hui, contrairement à celui des Bérus, a un message très schématique qui ne va pas très loin. Un vrai groupe politique, est un groupe qui n’en parle pas; comme Fugazi, Dead Kennedys ou RATM. Leurs textes sont élaborés et nécessitent une démarche pour rentrer dedans. Crier ‘Fuck I’armée », c’est tellement facile… Trouve-moi dans le public ce soir, un seul mec qui dit « vive le FN, à mort le cannabis »…

Francisco: Nous, on fait passer des émotions a travers notre musique. C’est normal qu’il y ait quelques idées politiques qui ressortent dans certains textes mais c’est l’émotion qui compte avant tout.

Qui écrit les textes et quels sont les thèmes abordes?

Francisco: C’est moi. Je ne parle pas trop de politique, à part quelques thèmes par ci par là. Ce sont plutôt des instantanés, des photographies sur des émotions, des périodes de ta vie, des questions sur notre existence mais je ne vais pas rentrer dans les détails. Ce sont des textes ouverts que chacun peut interpréter a sa manière.

Le mot de la fin…

F: Je citerais le mec qui a dit a Olivia Del Rio: `Je vends du sperme ». Et fuck la police du rock.

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