Interview : Shout (01-1998)

Qui êtes vous ?

Moi c’est Grabs ( guitare/chant ), Pablo est à la basse et au chant, Tonio est à la batterie et au chant, Jeff aux percus et JC au sampler, Laurent manage et Didier sonorise. Le groupe existe réellement depuis 1994. Au départ, la formation comprenait basse, batterie et deux guitares mais le départ a été assez chaotique à cause de maladies mentales et physiques pour les uns et les autres. Pendant un an et demi, on a fait une petite démo au studio Pôle Nord mais on n’a pas joué beaucoup. On jouait un mois, on arrêtait quatre mois… On s’est séparé d’un guitariste, JC et Jeff sont arrivés respectivement en 95 et 96 et puis l’album est sorti.

Le sample et les percus ont-ils été rajoutés sur des compositions déjà existantes ?

Ouais, les compos existaient déjà parce que leur arrivée n’était pas prévue, ça s’est fait au feeling et naturellement. Au départ, JC était déjà dans le groupe et s’occupait du matos. Ca s’est fait de la même manière avec Jeff. Etant donné qu’il y avait des concerts de prévus, on les a calés sur des choses existantes. Maintenant, les prochains morceaux auront beaucoup plus d’importance car ils seront faits avec le sample et les percus.

Y a-t-il un deuxième album de prévu ?

Pour l’instant on y pense pas et puis on ne serait pas prêt. II a fallu beaucoup de temps pour intégrer les nouveaux venus et jusqu’à hier encore, on changeait des trucs sur la liste. II n’y a rien d’établi, on fait au mieux. L’urgence est que les gens puissent écouter le skeud et que le groupe se fasse connaître. II faut donc jouer, écumer les salles en France, ou ailleurs, en Italie, trouver des squatts… On voit plutôt l’avenir dans ces termes-là. Pour l’instant le deuxième album ne fait pas partie des urgences.

Le nom Shout a-t-il été choisi pour votre côté rentre dedans ?

On n’arrêtait pas de cogiter sur le nom du groupe et puis, on a fait comme tout le monde, il y avait la démo qui sortait, il fallait donc un nom pour le lendemain. On a pris celui-là et ça correspondait c’est vrai, aux coups de gueule qu’on pouvait avoir mais ça aurait pu être plein d’autres trucs.

Lorsqu’on vous compare aux Spicy Box version premier album, qu’en pensez-vous ?

On chante en français, avec des textes rap, on a des machines, on est de la même ville, on est sur le même label, ce sont des potes, on se connaît bien donc forcement après,… Et puis, les gens ont forcement tendance à assimiler les groupes les uns aux autres. Quand ce n’est pas Spicy Box, c’est Lofofora. Pour nous, c’est pas important, surtout que les Spicy ont pris maintenant un tournant beaucoup plus techno. Personnellement, je ne trouve pas que ça se ressemble, mais c’est clair qu’il y a des similitudes. On a le même genre d’idée, comme avec les groupes qui tournent autour de ce mouvement-là, c’est le même genre de musique qui confronte les beats hard-rap et le côté ethnique que peuvent avoir les Spicy avec des samples africains. On est aussi proche de groupes qui n’ont pas forcement le même style que nous comme les Portobello Bones, Hoax, Oneyed Jack…

Comment vous êtes vous retrouvés sur Crash Disques ?

C’était justement à un concert avec les Spicy qui étaient déjà chez Crash. C’était le concert anniversaire pour la sortie de leur album et i1 y avait Marsu avec qui on a parlé tranquillement de l’histoire. Ca, c’était au début de 95 et ça s’est fait un an après, le temps que l’on fasse des morceaux. Il avait bien kiffé sur ce que l’on avait fait et ça l’intéressait.

Comment s’est passé votre élection pour le FAIR 98 ?

C’était la troisième année que l’on remplissait le dossier pour toucher un peu de thunes, i1 y avait donc un peu de suivi. Le skeud est sorti et a apporté un appui supplémentaire. Ca marche aussi souvent par relation, car certaines découvertes du FAIR sont déjà signées sur de gros labels et n’ont pas forcément besoin de cette aide. On connaissait des gens qui bossaient là-bas, on a donc pensé au début que c’était par piston parce que c’est souvent comme ça que ça se passe dans toutes les bourses…mais en fait, non. II y a des gens qui ont voté pour nous à l’écoute du skeud, et qui ont apprécié le côté métal et world. C’est bien, nous ça nous fait un peu de thunes, là on n’a pas trop de ronds, il y a 30 OOOff d’avancé pour investir dans du matériel, il y a des stages de chant, des stages midi pour les samples. II y a le côté thune mais i1 y a aussi le côté formation qui n’est pas négligeable.

Comment expliquez-vous que de nombreux groupes intègrent des samples à leur musique ?

On invente rien. Les Clashs mélangeaient déjà le punk et le reggae, les Bad Brains, le reggae et le hardcore. Si on prend le terme fusion, ça ne veut rien dire, tout est fusion. Nous on écoute plein de choses différentes, du ska, du hardcore, du reggae, de la musique hindoue. On s’en fout de l’étiquette hardcore ou métal, ça ne nous paraît pas important. A partir de là, on peut développer plein de thèmes grâce aux samples, chose que l’on ne pouvait pas faire avec deux guitares. Mélanger les choses n’est pas récent et pas important. Il ne faut pas fusionner les genres pour être dans une mode, mais en toute honnêteté avec des choses que l’on écoute séparément. Les machines font partie maintenant de notre civilisation, de la vie de tous les jours. On ne s’est pas posé la question de savoir si ça allait dénaturer … I1 y a des machines, on sen sert, ça n’enlève pas le côté humain qu’il peut y avoir à côté. II y aura de plus en plus de groupes à utiliser des machines ou à faire des conceptions d’image comme Hint ou Tool. On aimerait bien taffer ce genre de trucs.

Vous n’avez pas peur que la conception d’images détourne le regard du spectateur ?

Ca peut être le danger, il doit falloir faire gaffe à la manière dont tu le fais pour ne pas déshumaniser le tout.

Avec qui interprétez-vous Salam Aleikoum ?

Avec Sawt El Atlas, groupe de raï de Blois. C’était un super moment, ils nous ont fait kiffer en studio, on a bien halluciné. Ca s’est fait par hasard. Au studio Pole Nord, il y a beaucoup de groupes qui répètent. C’est un studio qui n’est pas cher et qui a Fred Norguet aux manettes, il y a une putain d’ambiance. C’est une maison de quartier en fait. Le jour ou on a enregistré Salam Aleikoum, Sawt El Atlas était là et on s’est dit que leurs choeurs allaient certainement être mieux faits que les nôtres. On les a branchés, ça leur a fait plaisir. Ils ont mis une demi-heure, là ou nous on aurait mis cinq heures.

Est-ce que vos textes engagés vous ont déjà fait défaut ?

Oui, forcément parce que qui dit textes engagés, dit affublé de discours faciles. Tu es obligé de te justifier à chaque fois. Nous, on en chie tous les jours, on a rien a prouvé mais on peut faire du Céline Dion, on risquera moins. II y a pas longtemps, on nous a assez fait chier avec des zines à savoir si c’était pas un peu frustrant d’expliquer des choses à des gens qui étaient d’accord avec toi. Quand tu penses les mêmes choses, tu t’assembles. Si on ne dit pas les choses qu’on pense devant des gens avec qui on est d’accord, devant qui on va les dire ? On n’a pas la prétention de changer les choses, on est conscient des limites de notre discours par rapport au rouage politique. On nous laisse parler tant qu’on n’est pas dangereux, c’est clair. On dit les choses comme on a envie de les dire. Si vraiment on devait être démagogue, on ferait de la politique. On nous a pris la tête aussi avec le nom, car les trois quarts des personnes disent « Shoot », et l’autre fois à Saumur, il y a un inspecteur de police qui est venu dans un magasin de disque en demandant ce que c’était que les affiches, a demandé ce que voulait dire Shout. Il a pris les CD’s de Shout et Spicy, il a regardé dans les textes. Une autre fois, on s’est fait arrêté en camion et on avait des tracts pour la sortie de l’album, les flics ont halluciné sur le nom du groupe. II a fallu leur expliquer.

Faudrait leur expliquer qu’il y a deux « o » à shoot mais ils ne savent pas écrire…

Quand tu leur expliques que ça veut dire crier, ça va mieux. On pourrait penser qu’un inspecteur serait moins con qu’un flic de base, mais non !

Pourquoi avoir repris les textes de Power Is Yours des Redskins ?

On est fans des Redskins pour la musique et pour les idées. Le morceau parle d’immobilisme des religions, l’intégrisme en règle générale. Ca allait bien dans la palette des textes que l’on avait envie de développer. On voulait aussi un morceau reggae avec un texte en anglais et bien écrit. Ce morceau paraissait donc niquel.

En répétition, vous jouez d’autres morceaux reggae, pourquoi ne pas les intégrer au set ?

Si on avait plusieurs vies, j’aimerais bien faire qu’un groupe de reggae. En repet, c’est des esquisses que l’on n’a pas encore eu le temps de bosser. A l’avenir, on aura sûrement deux ou trois morceaux reggae dans le set mais pour l’instant on manque de temps entre les concerts pour travailler tout cela. On s’éclate des fois à boeufer sur des trucs jazz. Le reggae fait partie de notre culture musicale autant que le punk et le hardcore. On écoute les Gladiators, Bob Marley, LKJ, Black Uhuru. On prend du plaisir à jouer du reggae, surtout quand l’été arrive. Insérer un morceau de reggae en plus dans le set ne nous ferait pas de mal, ça nous permettrait de souffler.

Savez-vous combien d’albums vous avez vendu ?

Pias en a vendu I 500 et nous on a du en vendre 400 ou 500. En tout avec les zines, ce qu’on vend sur le stand et Pias, ça doit friser les 2 000.

Faites vous partie d’un collectif avec les autres groupes de Saumur ?

On fait partie d’une asso qui s’appelle A Donf’ et qui a eu la bonne idée de demander des locaux de répétitions avant les élections et qui les a eus. La mairie leur a filé une baraque, ils font un concert à l’année, des concerts avec les Restos du Coeur. II y a plein de gens qui fusionnent autour de ces locaux de repet’s, il y a des groupes de noise, de reggae et tout le monde se connaît.

Comment expliques-tu que de Saumur, ville de 30 000 habitants, sortent de très bons groupes ?

Il n’y a pas grand-chose à faire pour le si peu de jeunes qu’il y a. Peut être que le fait qu’il y ait des groupes qui jouent à l’extérieur, quand tu es dans une ville aussi pourrie avec des crânes rasés et des tenues kakies partout, motive un peu les mômes pour faire de la musique et se dire qu’ils pourraient eux aussi se barrer. Peut être que le hasard y est pour quelque chose aussi, car rien n’est propice à cela à Saumur. Le maire est plus préoccupé par le portefeuille des vieux que par le devenir des groupes locaux.

Avez-vous des projets de tournée ?

On avait fait une tournée des squatts en Italie à l’époque de la première formation. On veut repartir à l’étranger dans des pays comme l’Allemagne, l’Espagne, le Pays Basque. Ca nous manque et il faut qu’on s occupe de cela avec urgence.

Un mot pour finir ?

Vivement que l’on vienne jouer au Mans parce qu’on avait joué dans un squatt et on n’a jamais eu de nouvelles de leur part. S’ils lisent le zine…

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