Interview : Sexypop (07-2008)

De l’extérieur, il semble que ces deux dernières années de Sexypop ont été difficiles, comme si le groupe avait été à deux doigts de jeter l’éponge. Qu’en a t-il été exactement?

Pierre: Tu peux le dire… On n’est pas passé loin d’arrêter. L’histoire a été longue à se dessiner entre la fin de la tournée « Strange Days » en décembre 2005 et la sortie de l’album au mois de mai dernier. Il y a eu pas mal de chamboulements de personnel autour de Sylvain et moi: vu que le bassiste qui avait fait la tournée habitait à Nice, ça devenait impossible de continuer; et nous avons aussi compté un deuxième guitariste pendant six mois, qui a participé à la composition de quelques titres de l’album mais avec qui ça n’a pas collé sur la durée. Benjamin est arrivé à la basse à un moment où on n’était vraiment pas loin du split. C’est pourquoi Sylvain et moi avons eu besoin d’avancer sur nos projets professionnels, de se déscotcher la tête de Sexypop qui jusque là représentait 100% de notre temps sur les cinq années passées depuis le début du groupe. Mais les qualités humaines et musicales de Benji nous ont redonné la pêche. Et puis on savait qu’on n’avait pas vraiment envie que ça s’arrête.. C’était encore trop tôt.. Du coup on a recommencé à composer et c’est venu tout seul! On s’y est remis à trois, avec notre ingé son Bruno Brevet au début de l’année 2007. Tranquillement… Etant donné que l’album avait été composé pour deux grattes, on a cherché un quatrième membre, Julien a répondu à notre annonce et a tout de suite fait l’affaire!

En rejoignant At(h)ome, on s’attendait à ce que Sexypop tourne constamment et squatte un peu plus les médias. Je suppose que telles étaient vos attentes aussi. Qu’a t-il manqué pour qu’il en soit ainsi? Quelle est votre analyse de cette période, vos plus gros enseignements et vos plus grosses déceptions?

Effectivement, de notre côté, on s’attendait à beaucoup tourner en arrivant chez At(h)ome. Nous avions été engagé chez un tourneur, le label allait sortir l’album avec une grosse distribution.. Bref ça se présentait bien! Le problème n’est pas venu de chez At(h)ome, mais plutôt du côté des tournées.. On n’a quasiment pas joué pour cet album, ou du moins trop peu pour pouvoir vraiment défendre ce disque. Ca été une vraie déception, même si durant cette période le groupe n’a jamais été aussi exposé médiatiquement. At(h)ome a fait un vrai gros boulot de promo pour nous: interviews, presse nationale, radios, suivi de la promo à chaque date que l’on faisait, etc.. Irréprochable! Non, le problème est vraiment venu du manque de concerts. Cela dit, on en gardera de très bons souvenirs et puis je pense que le groupe en a bien profité quand même.

Sexypop par Eric Hetroy

La séparation a t-elle été décidé par le label, le groupe ou par consentement mutuel? Quelles en sont les raisons?

C’est un peu étrange.. Le label nous a dit que le distributeur ne voulait plus de Sexypop car nous étions « trop petits ». C’est un peu la loi du marché. Le label, lui, nous a dit que sans distributeur ils ne pouvaient rien faire. Alors, après de nombreuses discussions à propos du rock en France avec Stéphane d’At(h)ome, je me suis dit que le meilleur moyen de sortir le disque c’était via notre propre structure.

N’est ce pas finalement la preuve définitive que le public français reste totalement insensible à ce genre de rock à moins de s’appeler Foo Fighters, pour n’en citer qu’un? Cela pousse t-il à une remise en question, une remise à niveau de ses propres motivations?

Dur de savoir… Une remise en question, oui certainement… A un moment, on envisageait de passer intermittents du spectacle et finalement on n’a pas pu. Donc forcément, on s’est remis en question. Maintenant, est ce une preuve que le public français est insensible à ce genre de rock? Je n’en sais rien..

En toute honnêteté, ce retour à l’autoproduction a t-il été ressenti comme un échec dans un tout premier temps? Surtout après les galères respectives de vos deux premiers disques, et alors que vous disiez toujours dans notre interview que si « Strange Days » avait du sortir en autoproduction, ça aurait été le dernier du groupe…

Finalement, le fait de décider de le sortir nous même m’a plutôt redonné la niaque! Surtout qu’on a trouvé exactement le moyen de le distribuer sans passer par la grande distribution: on peut simplement acheter notre album en version CD sur notre page Myspace en Carte Bleue ou Paypal, et télécharger nos morceaux via la distribution numérique de Believe. J’avoue être assez remonté contre les distributeurs de disque qui se permettent de prendre 50% du prix du disque pour uniquement les mettre en vente dans les magasins. Ils ne prennent donc aucun risque et facturent les invendus au label… Bref, se passer d’eux me semblait obligatoire. Du coup, ça n’a pas été ressenti comme un échec de le sortir en autoprod, au contraire.

Le line up compte donc un nouveau bassiste et l’ajout d’un second guitariste. Qu’est ce qui a motivé ces changements? Ceux-là ont-ils contribué au nouveau souffle du groupe?

Benji est arrivé en remplacement de notre précédent bassiste, et Julien est arrivé car nous voulions avoir une deuxième guitare pour jouer cet album sur scène. Ca faisait un bout de temps qu’on voulait passer à quatre. Du coup, évidemment que ces deux là ont été revigorant. Tout d’abord Benji, car il est arrivé au pire moment pour le groupe et il a réussi à nous remettre en selle! Il colle vraiment à ce qu’on cherchait avec Sylvain.. Et Julien a rajouté la guitare qui fait que Sexypop ressemble à ce qu’on désirait. Le mieux est que ça colle vraiment bien sur le plan humain, et ça s’en ressent aussi sur scène… J’avoue que ça sonne un peu comme une love story, mais c’est pas loin d’être çaSexypop en concert

Quel était votre état d’esprit en abordant « Never Be The Same« ? D’ailleurs pouvez-vous nous éclaircir sur ce titre qui semble en dire long?

On l’a composé en deux fois: quatre morceaux du disque avec Raf, le guitariste de l’époque, puis quelques temps après, avec Benji et sans Raf. Dans mes souvenirs, ce sont deux périodes vraiment différentes. Quand nous avons abordé l’enregistrement, on était comme des gosses, hyper contents de ce qu’on avait fait, et rassurés par le fait qu’on allait l’enregistrer avec Bruno, notre ingé son. Les prises ont été très rapides, contrairement au mix qui, lui, a été beaucoup plus long! Nous l’avons commencé avec Bruno, en studio. Mais je crois que nous l’avons trop dirigé et, du coup, l’album ne sonnait pas comme on l’imaginait. Le son était bon, mais n’avait pas le côté « rentre dedans » qu’on désirait. On avait bridé Bruno à vouloir trop tout entendre. Donc le mix a été reporté pour des raisons d’emploi du temps puisqu’il n’avait alors pas le temps de reprendre un mix complet. C’est là qu’on a décidé de confier le taff à différentes personnes de notre entourage, sans trop de réussite. Et David Potvin du Dôme Studio nous a proposé ses services.. On lui a laissé nos bandes, il a écouté, a trouvé le son des prises excellent et nous a fait un morceau pour essai. Ca nous a tout de suite plu, donc il a fait le reste! En ce qui concerne le titre de l’album, il est tiré d’un des morceaux du disque. La signification peut être multiple. Pour ma part c’est un constat, les choses évoluent et changent, elles ne sont pas figées. Mais, ça peut aussi s’appliquer au groupe.

Vous avez pris beaucoup de temps pour le composer et l’enregistrer. Est ce une meilleure méthode que de s’offrir Weber et le Studio des Forces Motrices comme pour « Strange Days »?

Je ne sais pas si c’est une meilleure méthode. C’est différent. Là nous ne pouvions pas nous payer un gros studio avec un producteur, et l’idée de bosser à la cool nous intéressait. Nous avons mis entre six et neuf mois pour composer ce disque, c’est assez rapide je trouve. Et on a mis une dizaine de jours pour rentrer les morceaux en boîte. Autant qu’avec Weber.

Dans les textes, tu oses beaucoup plus rentrer dans des considérations plus personnelles. Est ce selon toi le signe d’une maturité grandissante?

Bah quelques textes parlent justement de ma « maturité »! Je ne sais pas si ça vient de là, mais j’avais besoin d’écrire des trucs assez persos, et surtout de manière plus explicite qu’auparavant. Benji aussi a écrit des textes qui lui tenait à coeur. Ca m’a sûrement influencé quelque part. Pourtant, il n’a pas encore mon âge! Donc la maturité, je ne peux pas te répondre, même si le fait que j’en parle dans les chansons doit forcément être lié…

Il semble que la famille EmoGlam s’essouffle un peu. Avez-vous des nouvelles des copains? Va t-on avoir droit à un nouveau rassemblement bientôt?

On a quelques nouvelles des Dead Pop Club ou des Flying Donuts par mail ou téléphone, mais c’est vrai que ce n’est pas la même ferveur qu’il y a quelques années. En même temps, ça correspond sûrement au fait que tous les groupes ne tournent pas tout le temps, et ne sont pas dispos au même moment. Pour notre part, nous avons un peu disparu des scènes ces deux dernières années, donc il est logique que nous ayons un peu perdu de vue nos amis de la route! Surtout que nous n’habitons pas les mêmes coins de France. Pour l’avenir de l’Emoglam, je reste persuadé qu’il y en a un.. J’ai toujours en projet d’en organiser un dans l’Ouest, mais ça prend beaucoup de temps et il faut que les agendas concordent! Donc peut être bientôt?

Avec le recul, ce genre d’initiative, qui a certes du bon bien qu’assez sectaire, ne finit elle pas finalement par trop cloisonner la scène?

De mon point de vue, non. Ce n’est pas parce que nous nous sommes regroupés avec quelques groupes que nous nous mettons à part de la scène. Nous avons toujours cherché à connaître les autres formations avec qui nous jouons, ou que nous croisons. J’imagine que ça a sûrement l’air d’une « secte » vu de l’extérieur, mais ça n’est qu’un regroupement de grands débiles qui aiment bien boire de la bière, faire du rock et en parler pendant des heures… Comme pas mal d’autres groupes. La différence c’est qu’on organise des concerts qui nous rassemblent, et qu’on fait des compilations..

Avez-vous des projets dans ces prochains mois, autres que de défendre cet album sur la route?

Pour le moment non, on va faire nos concerts et essayer de promouvoir notre disque. On essaye de bosser sur l’étranger éventuellement. Je sais que l’autre jour en répèt’, on parlait d’un split album avec des groupes qu’on aime qui sont Daria et Hogwash. Mais on ne leur en a même pas encore parlé! On verra bien.

Le mot de la fin, même si tu n’aimes toujours pas ça…

Il a osé l’ordure! Bon, du coup, j’en profite pour faire la pub de notre myspace sur lequel on peut acheter notre nouveau disque. Et je te remercie encore une fois pour ton soutien et ton courage pour continuer années après années à tenir à jour Bokson.

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