Interview : Sexypop (03-2005)

Sexypop sonne plus mature qu’avant. Y a-t-il eu un déclic qui a fait qu’on arrive à ce résultat?

Pierre (guitare/chant): Il y a eu plusieurs choses mais surtout le fait d’avoir fait pas mal de dates. Plus tu fais de concerts, plus tu vas à l’essentiel et plus le groupe mûrit. Le boulot de Weber a aussi été important puisqu’il a bossé en tant que producteur artistique. Il a vraiment fait évoluer les morceaux. En fait, il a bossé l’album afin qu’il soit plus varié et plus en relief que le précédent. « Strange Days » est donc un peu moins chiant et linéaire que « Access To The Second Floor », grâce à lui et tout ce qui s’est passé chez nous depuis le deuxième opus.

Le changement de bassiste a-t-il aussi joué aussi?

P: Non parce que Olivier est là depuis deux mois, c’est-à-dire depuis que Franky nous a annoncé qu’il arrêtait.

Pourquoi? Parce que ça prenait trop de temps et d’ampleur?

P: Peut être pas assez d’ampleur plutôt. Il en avait marre et avait envie de passer à autre chose.

Le rock dit « émo » a pris le pas sur le hardcore mélodique. Est-ce que vous pensez que c’est du à une volonté d’écouter des choses plus simples et plus efficaces? Est-ce que vous considérez faire partie de cette catégorie de groupes?

P: Nous, on pense être un groupe de rock. Point. Si on était sorti dans les années 90, on aurait été estampillé grunge ou noise à la Drive Blind. Aujourd’hui, il y a une mode émo donc on est catégorisé ainsi mais ce n’est ni plus ni moins que du rock mélodique.

Olivier (basse): Les époques changent et les étiquettes aussi. Mais la motivation est la même, celle de faire de la musique en fonction de celle qu’on a écouté quand on était minots. C’est une suite logique.

Justement Olivier, peux tu nous dire ce que tu faisais avant d’intégrer Sexypop?

O: Ca fait longtemps que je fais de la basse mais je n’ai pas vraiment d’expérience en terme de groupes. J’ai fait différentes tentatives mais toujours en amateur, juste pour le plaisir et pour le fun. Récemment, je commençais à prendre de l’envergure en groupe avec d’autres projets avec des gens qui tournent un peu et qui m’ont montré le chemin. Après, j’ai été contacté par ces deux asticots qui m’ont demandé de faire un essai avec eux et ça l’a fait tout de suite.

Pouvez vous nous dire concrètement ce que David Weber vous a apporté pour ce nouvel album?

P: Comme je te le disais, il est producteur artistique sur le disque. En fait, on avait fait une première maquette qu’on lui a envoyé et qui lui a plu. Il est ensuite venu quatre jours à Angers en répétition avec nous pour faire une autre pré production. Il nous a fait nous remettre en question, il s’est beaucoup investi parce qu’il est fan de ce genre de musique, il nous a poussé dans des directions qu’il pensait être les bonnes pour nous. Il a mis en valeur ce que, selon lui, on savait faire, c’est-à-dire les refrains et, lui, a amené du relief dans les compos. On avait pas mal d’intros qui ne servaient que d’intros. Lui trouvait ça bête car nos riffs étaient intéressants. Il a aussi simplifié les morceaux sans simplifier les structures, en mettant plus l’accent sur certains passages pour gagner en relief. Et puis, au niveau de la production, il nous a fait sonner comme on voulait que ça sonne, c’est-à-dire live et plus trio que le précédent album, alors que Weber est plutôt connu pour faire des sons de guitare hyper épais à la métal alors que ce n’est pas vraiment ce qu’il aime au fond de lui. Il kiffe la batterie qui sonne live et les guitares rock n’ roll.

Le premier morceau de l’album notamment, « Could I Change », me fait beaucoup penser à Second Rate ou Dead Pop Club. Est-ce que ce genre de groupe vous a « décomplexés », vous a donné envie d’aller de l’avant, d’y croire?

P: Ouais, c’est certain. Les Dead Pop Club n’ont pas vraiment la même démarche qu’avait Second Rate, mais comme nous, ils jouent pour le plaisir, ils foncent. Ca te motive, ça te montre que tu peux le faire. Les DPC nous ont aidé au début en sortant le premier disque, en nous faisant rencontrer les Flying Donuts avec qui on a fait plein de dates… C’est clair que ça te donne confiance et surtout l’envie de te bouger le cul pour que ça marche.

Faire aussi partie de l’Emo Glam Connection, est-ce que ça a aussi été un déclic?

P: Ca te pousse au cul car, même si il n’y a pas de compétition, il y a une émulation. Ca te donne toujours envie de faire de mieux en mieux et de rester au niveau des copains.

Pour revenir à Second Rate, je crois que juste avant de splitter ils devaient signer chez At(h)ome. Pensez vous qu’ils vous ont un peu ouvert les portes du label?

P: Je ne sais pas. At(h)ome nous suit quand même depuis un bon bout de temps mais ils attendaient qu’on sorte un album qui leur calotte la gueule et apparemment celui là leur a bien plu.

Sylvain (batterie): C’est la volonté du label de signer des groupes en développement comme nous. C’est leur vocation. Ils marchent au coup de coeur.

P: Ils ne nous ont pas signé en remplacement de Second Rate mais ils défendent cette scène autant qu’une autre puisqu’ils avaient déjà signé Seven Hate ou Sleeppers. Ce qui nous plait dans ce label, c’est qu’on chante en anglais, on vend moins de disques qu’Aqme mais ils vont nous défendre autant qu’eux. Je pense que Second Rate et DPC ont plus montré qu’il existe une scène en France qui se bouge le cul, qui joue à gogo même si on en entend moins parler que les groupes qui passent en radio.

Avant At(h)ome, il y a eu United Music aujourd’hui disparu. Comment avez-vous vécu cette période difficile? Y a-t-il eu une sorte de découragement au sein du groupe?

P: On n’a pas eu de grosse remise en question car on a toujours cru en nous. Si tu t’arrêtes à la moindre galère, tu ne fais pas grand-chose. United n’était pas non plus la panacée, c’était un premier moyen. On l’a pris comme un premier album, ça s’est cassé la gueule, on a galéré à pouvoir bien distribuer le disque. On a pris un coup au moral car on avait mis de l’argent dans cet album, on avait envie de le défendre, de faire des dates. Quand tu vois qu’il n’est plus disponible nulle part, c’est un peu chiant. Maintenant, avec le recul, ça nous a peut être remis un coup de boost.

Personnellement, cette signature chez At(h)ome me fait plaisir car on pouvait craindre un essoufflement de cette scène à la voir tourner sans véritablement être soutenue par des labels. En était il de même pour vous avant de signer?

P: Clairement. Même pour Sexypop. On est parti en studio à Genève sans être signé. On savait qu’on était en contact, que ça plaisait au label mais le dernier morceau s’intitule « Is This The End? », et c’est un peu la question qu’on se posait là bas. Est-ce que c’est le dernier album? Est-ce que c’est la fin du groupe? On avait décidé au pire de le sortir en autoproduction mais ça aurait été le dernier. Maintenant, cette signature chez At(h)ome nous fait espérer et nous remotive puisqu’on a déjà en tête de repartir sur un nouvel album.

On voit que les maisons de disque refoule à tour de bras les groupes français chantant en anglais. Est-ce que vous comprenez ce point de vue? Quelle est votre opinion?

P: Je trouve que c’est un débat super stérile car je ne comprends pas pourquoi on se pose la question en France. Les groupes suédois chantent en anglais et on ne les fait pas chier parce qu’ils ne chantent pas en suédois. La question ne devrait pas se poser. A partir du moment ou le public et les labels t’apprécient, je ne vois pas pourquoi cela pose un problème. Je pense que tout cela vient des radios mais pas forcément de cette histoire de quotas car ça a au moins permis à des groupes comme Dionysos de percer. Ca a un côté positif. Il reste quand même 60% de passages radio qui restent en anglais. Pourquoi pas pour des groupes français qui chantent en anglais? C’est absurde.

Pour revenir à l’album, il y a deux morceaux qui se distinguent: « So Down » et « Blackout/Light ». Doit on y voir une évolution musicale chez Sexypop?

P: Plus qu’une évolution, c’est une touche de plus dans le groupe. Ce n’était pas calculé, on a juste voulu se faire plaisir au maximum, ne pas se bloquer. On s’est dit qu’on ferait des morceaux pop, d’autres acoustiques… On a juste fait les morceaux qu’on avait envie de faire. Sur le prochain, il y aura sûrement d’autres titres lents mais aussi d’autres plus punk ou plus noise. On exploite plus chaque style au sein d’un même morceau plutôt que de tout mettre en un. L’avenir de Sexypop, ce n’est pas cela mais ça en fait partie.

On trouve aussi une reprise d’Husker Du, ce qui est assez couillu parce que les reprises sont aujourd’hui assez rares sur les albums. Pourquoi ce choix?

P: C’est une facette de Sexypop. On fait souvent des reprises sur scène, notamment celle là que les gens apprécient même si elle ne change pas vraiment de l’original. Si ça peut amener des gens à découvrir Husker Du, qui est un groupe énorme mais méconnu qui a quand même influencé Nirvana ou les Pixies… C’est une sorte d’hommage aux ancêtres. Et puis j’aime bien les groupes qui font des reprises sur disque, comme l’avait fait Therapy qui m’a fait découvrir Husker Du. Si un jeune croit que le rock c’est Good Charlotte et qu’il découvre Husker Du par Sexypop, c’est cool…

Est-ce que le groupe est maintenant un projet à plein temps ou faites vous encore la joie d’un patron?

P: Notre bassiste travaille encore. Sylvain et moi, on est à 100% dessus même s’il en est de même pour Olivier. Sexypop, c’est la priorité d’autant plus qu’on est maintenant chez le tourneur Ter A Terre qui va sûrement nous trouver pas mal de dates. On s’arrange pour être au chômage pour les périodes de tournées et de sortie de disque, mais on doit quand même bosser pendant les accalmies. Mais on n’est pas encore intermittents. C’est pour ça que nos prestations scéniques vont être de plus en plus à base de tripes. On ne ressent pas de pression mais juste une envie de montrer qu’on n’est pas là par hasard et qu’on donne tout pour le groupe. On veut profiter des dernières années avant de prendre de l’âge et de laisser la place à d’autres priorités. Je ne pense pas qu’on fera du punk rock toute notre vie. C’est vraiment très difficile de durer comme peuvent le faire les Burning Heads qui vont bientôt avoir quarante ans. Qu’est ce qu’ils vont faire une fois que le groupe va s’arrêter? Je pense que c’est une part importante de notre vie mais pas toute notre vie.

Le groupe existe depuis maintenant quatre ans, laps de temps pendant lequel vous avez parcouru un bon bout de chemin. Quels sont les conseils que vous donneriez à un jeune groupe qui débute?

P: Se bouger le cul. Les groupes ont trop tendance à vouloir un papier dans Rock Sound pour pouvoir frimer auprès des potes. Ils veulent tous sortir un disque super produit. Pour qu’un groupe grandisse, il faut qu’il fasse des dates, qu’il prenne son téléphone, qu’il enregistre une démo, qu’il l’envoie partout.

S: Il faut rencontrer les gens qui peuvent ouvrir des portes et s’entourer de personnes compétentes pour tout ce qui est son sur scène par exemple…

O: Il faut aussi avoir des couilles pour mettre en péril son avenir professionnel, vivre sa passion à 100% pour ne pas avoir de regret. Il faut foncer en se disant qu’on verra après…

P: Ca ne va pas tomber tout cuit. Les groupes ont tendance à vouloir être signé tout de suite sur un label. Il faut arrêter. Avec le nombre de groupes qu’il y a aujourd’hui… Ca vient avec le temps. Et tu ne progresses jamais autant qu’en faisant des concerts.

Vous tournez avec pas mal de groupes différents (Dolly, Hogwash, AS Dragon…). Est-ce que Sexypop s’adapte à tous styles de rock ou est-ce que vous êtes encore un peu incompris au sein de la scène française?

P: Moi, je pense qu’il ne faut pas se fermer à d’autres publics. On joue avec ces groupes là parce que ce sont eux qui remplissent les salles. On a décidé de ne pas cracher dans la soupe et de jouer même en première partie de groupes qu’on n’apprécie pas trop. On veut jouer devant du monde. Et puis, c’est intéressant car même si on peut convaincre deux personnes par soir qu’on est un bon groupe et que ça amène ces deux personnes là à découvrir d’autres formations du même genre, on aura tout gagné.

Quels sont les projets de Sexypop hors mis la tournée et ce nouvel album?

P: On aimerait sortir un live avec des versions acoustiques et électriques, et on pense déjà au prochain album. Mais pour l’instant, les projets, c’est la tournée et défendre l’album partout.

Le mot de la fin…

P: J’aime pas les mots de la fin…

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