Interview : Sergent Garcia (01-1999)

Tu as réenregistré pratiquement tous les morceaux du premier album. Est-ce pour tirer un trait dessus ou forcer les gens à les interpréter autrement?

II y a plusieurs raisons: d’une part, parce que le premier était de diffusion assez confidentielle donc ça me faisait un peu chier de perdre certains morceaux que j’aime bien; d’autre part parce qu’il présentait bien ce que je voulais faire c’est à dire la fusion entre les musiques afro-cubaines et jamaïcaines. Maintenant que j’ai monté un groupe, les morceaux ont évolué et sont joués par onze musiciens. Le dernier album est une photo de ce qu’est le groupe aujourd’hui après deux ans d’existence.

Au début des concerts avec Locos Del Barrio, as-tu souffert de l’image digitale du premier album?

Moi j’aime toujours ce côté digital, c’est un autre travail. C’est comme si c’était un album de remixes mais fait avant. Quand on jouait après le premier album, on avertissait les gens que le premier avait été fait tout seul et que maintenant il y avait le groupe.

Tu as un rôle important dans les compositions, comment suggères-tu tes idées aux musiciens?

Ouais, je suis un peu l’original conceptor de ce projet. Pour cet album, j’avais déjà les idées voire les morceaux donc on retravailler les arrangements avec quelques musiciens puis à la fin avec les cuivres. J’ai souvent une base mélodique, je sais à peu près comment va tourner le morceau et quel style je vais lui donner. Le groupe Locos Del Barrio est devenu plus un collectif musical dans lequel on travaille tous. Moi, je fais les textes, les premiers jets puis on réarrange avec tout le monde. Les musiciens ont une grande culture musicale dans les styles afro-cubains et jamaïcains donc je compte aussi sur eux pour améliorer le tout.

Comment s’est faite la rencontre avec le groupe?

C’est un groupe qui n’existait pas et que j’ai monté. Au départ, c’est parti de moi et de Vincent (bassiste) qui connaissait le pianiste, moi je connaissais un percussionniste qui connaissait le batteur, etc… Ca s’est fait comme ça.

Penses-tu que le succès du disque est aussi dû au fait que tu intègres toutes les musiques en vogue actuellement telles que le latino, le reggae, le hip hop ?

C’est sûr que ce mouvement de musiques métissées nous a aidé. Mais, je crois que c’est plutôt dû au fait que le public français est métissé, que la France est métissée et que la musique que les gens veulent écouter est celle qui leur correspond. On découvre aussi toute une musique du tiers-monde qui est super riche et intéressante, qui apporte beaucoup de renouveau chez nous. Moi, j’ai commencé avant cette vague latino quand je jouais dans un sound system « Bawawa Son ». A cette époque, le latino n’avait pas l’impact qu’il a aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a plein de groupes cubains qui viennent jouer en France, la musique cubaine se redécouvre, le reggae marche bien. Peut être que nous aussi, on bouge en même temps que le public au niveau de nos goûts et que l’on était pas assez mûrs il y a dix ans pour jouer ça.

Peux-tu nous présenter Labels? Vous ont-ils imposé des conditions?

Non, c’est plutôt le contraire. On tournait déjà depuis un an quand ils nous ont contacté en nous disant que ça les intéressait de bosser avec nous pour le futur. Moi, j’avais déjà le projet clairement encré dans ma tête et je leur ais dis « si vous êtes intéressés, c’est comme ça, ça et ça ». Ca s’est très bien passé, ils ont suivi à 100%. Au niveau liberté artistique et autres, je bosse comme si j’étais sur un indé. D’ailleurs, c’est un label de Virgin mais qui bosse comme un indé avec un catalogue assez pointu.

Comment as-tu annoncé la chose à Crash Disques?

C’était clair dés le départ, car je suis arrivé chez Crash tout seul, j’avais produit le disque moi-même. C’était un projet plus facile car ils n’ont pas beaucoup de moyens, ils veulent juste faire du développement, prendre des gens quasi-inconnus afin de leur permettre de faire un disque plus ou moins bien distribué tout en ayant un minimum de promotion. Le travail de Crash a été très bien pour nous mais quand je suis arrivé avec mon projet de onze musiciens, les projets de clips… c’était pas possible chez Crash mais ils le savaient dés le départ. On est en très bons termes, ils continuent de vendre le premier ce qui est bien pour eux si la notoriété du Sergent Garcia se reporte aussi sur le premier disque.

Dans le premier album, tu as mis un poème de Pablo Neruda traitant de l’Amérique du Sud. Je voulais donc savoir ce qu’il représentait pour toi et quelle était ton opinion à ce sujet?

Pablo Neruda est un poète que j’aime beaucoup. Ce texte est tiré du « Canto General » qui a déjà été mis en musique sur disque, et ça parle de la conception de la Terre, de la place de l’Homme sur la Terre du point de vue des Indiens. J’aime bien cette vision là.

D’après ce que j’ai compris, il dit que la découverte de l’Amérique du Sud est une chose ni bonne ni mauvaise…

Ni bon ni mauvais, je ne sais pas si on peut dire ça aujourd’hui parce qu’on aurait forcément découvert l’Amérique un jour ou l’autre. L’Amérique du Sud est aujourd’hui dans un état assez lamentable comme l’Afrique, et c’est souvent dû en partie à la vision coloniale qu’avaient les puissances occidentales à cette époque là. Ca a laissé des traces indélébiles. La culture indienne était super riche, a été détruite. C’est regrettable mais c’est la même chose en Afrique et en Amérique du Nord avec les indiens. C’est toujours le problème d’une civilisation qui essaye de s’imposer face à une autre. Dans des pays comme Cuba, le mélange s’est fait naturellement peut être parce que c’est une île et qu’il n’y avait pas d’autres moyens que de se reproduire. Cuba est un pays complètement métissé et ça se ressent dans la musique. Au départ, ça s’est quand même fait sur des massacres, des spoliations…

Vous comptez aller y jouer?

C’est pas prévu mais c’est dans les projets de l’année prochaine: aller aux racines mêmes de cette musique. On a des contacts avec des groupes mexicains, colombiens et cubains.

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