Interview : Seelenluft (03-2003)

Tu as une grande expérience de la musique. Quelles choses importantes as-tu apprises et qui te servent beaucoup dorénavant?

Ne pas utiliser son expérience musicale est une forme d’intelligence. Tu dois écouter la musique avec, à chaque fois, des oreilles vierges et laisser aller tes sentiments. Bien sûr, il y a un côté technique à tout cela avec les traitements de son, les instruments, et certaines règles mais cela ne doit pas altérer le côté magique et vivant de la musique.

Tu as pratiqué de nombreux styles musicaux. Pourquoi as-tu un jour décidé de te tourner vers les musiques électroniques?

Le dernier groupe dans lequel j’ai joué avant mon projet solo s’appelait NerosDinner. Nous étions six avec tous une vision de la musique et une manière de la jouer différente. J’ai décidé d’être le roi de mes idées et de produire une musique sans compromis. C’est pourquoi j’ai décidé de m’axer sur une musique orientée vers les séquenceurs. Travailler avec mon ordinateur me permet de me plonger dans un monde fabuleux et totalement libre. Je peux jouer de tous les instruments du monde et les mixer à ma guise. En plus de cela, j’ai été très influencé par l’electro des années 90.

Est-ce que ta signature chez Klein représente un tournant dans ta carrière? Comment t’ont-ils contacté?

J’ai envoyé la démo de « Rise And Fall Of Silvercity Bob » et Wolfgang Schlogel des Sofa Surfers m’a appelé pour me dire qu’il accrochait. Il travaillait au sein du label à cette époque. Moi, j’étais sur Hypnotic Records sur lequel j’ai sorti « Bellatrax ». Je ne savais pas avant cela comment marchait un label. Hypnotic ne faisait qu’acheter les disques finis sans y apporter un quelconque commentaire. Klein a une approche qui facilite la communication et a une influence très positive. Christian Candid, le responsable, a de très bons goûts musicaux, une bonne vision de la musique et un sens affiné du music business, ce qui me manque totalement. Je ne suis pas un business man. J’apprécie tout cela, nous parlons beaucoup et je pense que c’est ainsi qu’un label doit fonctionner. Cela a donc vraiment été un tournant pour moi. En plus, ils travaillent très bien la promotion des artistes. Je suis toujours surpris de recevoir des emails d’Australie, de Tokyo ou d’Israël pour me prévenir que ma musique passe sur leurs radios. C’est tellement fantastique de produire ma musique dans mon petit studio et de savoir qu’elle sera entendue de l’autre côté du globe quelques temps après. Je suis vraiment comblé.

Comment composes tu? A quoi reconnais tu un bon morceau?

L’étape difficile est de commencer avec quelque chose. Une fois que j’ai quelques sons, une ligne de basse ou un beat, je l’écoute. Soit je ne l’aime pas et je commence autre chose, soit je l’apprécie et commence à penser à ce qui manque. Je ne sais pas, c’est toujours différent… Mais, la base des morceaux est toujours faite assez rapidement. Par contre, la production, les arrangements, rajouter ce qui manque peut parfois prendre des mois. En fait, je dois être touché par le morceau, il faut qu’il soit beau ou qu’il me donne envie de danser. Si ce n’est pas le cas, j’abandonne et cela arrive régulièrement. Finir un morceau est également une étape très importante pendant laquelle je fais très attention de ne pas dénaturer ce qui m’a fait vibrer au moment ou je l’ai composé avec passion. Je dois cependant avouer que je ne suis pas un grand technicien. Je travaille souvent avec des préréglages ou des sons originaux, il n’y a donc pas de critère de bons sons. Le son est important lorsqu’il est dans son contexte, avec d’autres sonorités et harmonies. Pour une mélodie par exemple, je ne me préoccupe pas de la qualité du son mais de la beauté des notes. Je n’ai jamais compris les musiciens qui passent des journées entières sur leurs synthétiseurs pour ne jamais faire de morceau.

Pourquoi as tu décidé d’enregistrer ton album en Californie? Est-ce un endroit propice à l’inspiration?

Complètement. Los Angeles est une marmite de gens et de cultures différentes. Cela peut déboucher sur toutes sortes d’inspirations. Il y fait chaud, tu peux voir les palmiers de la fenêtre du studio, l’air y est chargé d’énergie et il y a d’énormes contrastes. En quelques minutes, tu peux passer du centre ville au désert. Les gens sont ouverts d’esprit et gentils. Pas comme ceux qui sont en train de faire cette guerre et qui soutiennent leur dictateur George Bush Jr. Je pense qu’il est important de le dire. Cependant, j’avais vraiment besoin de m’échapper de mon environnement. Lorsque c’est le cas, je suis plus ouvert…

Ton dernier album contient beaucoup de featurings originaux. Pourquoi avoir tendu le micro aux gens de la rue?

Par accident. Je vis toujours à fond le moment présent. Ce n’est pas vraiment mon genre de demander à un chanteur connu de venir en studio avec moi. Avec Michael Smith par exemple, les choses se sont passées ainsi… J’écoutais les Jackson 5 dans ma voiture à Los Angeles, une sorte de best of… J’étais invité chez un ami des parents de ma copine à South Central. C’est un homme blanc, du genre Albert Schweizer, qui rêve d’unir blancs et noirs dans les taudis de la ville. C’est un peu le fou du quartier mais il est complètement accepté. Il a un petit voisin qui vient tous les jours manger chez lui et je l’ai donc rencontré. J’ai tout de suite pensé à Michael Jackson quand il avait douze ans. Son nom était Michael Smith, il avait douze ans aussi, était beau et radieux. Je lui ai demandé de chanter pour moi sans savoir ce qu’il valait. Il s’est avéré que c’était la première fois de sa vie qu’il chantait. Quand nous avons enregistré le weekend suivant, il croyait que c’était une répétition et a été très surpris de tenir le disque entre ses mains quelques mois plus tard. Comme il l’a dit dans une interview avec ID Magazine, il préfèrerait être pompier qu’un grand chanteur. C’était parfait, un don du destin. J’aime son côté anti star. Je ne veux pas travailler avec des stars, j’aime les inconnus. Ils sont plus vrais et ont de l’humour, ce qui est la chose la plus importante.

Te considères tu chanceux d’avoir rencontré tant de gens intéressants? De qui gardes tu le meilleur souvenir?

Oui complètement. Cela a été une grande chance mais je pense que je peux trouver ce genre de personne partout. Il y a beaucoup de Michael Smith dans le monde, il suffit juste de les reconnaître et de les approcher. Chaque intervenant a été un grand souvenir et le fil conducteur de belles histoires. Pour en nommer un autre, quand nous étions dans le désert, il n’y avait pas de stations de radios hors mis une, très religieuse avec des prêtres fanatiques. Nous l’avons trouvé très marrante et je l’ai enregistrée avec mon minidisc pendant qu’on roulait. Plus tard, j’ai enlevé le son du moteur et mis les paroles sur « Evil Frog » et cela sonnait parfaitement. J’ai donc donné le nom de « Reverend Kirk King » au prêtre et le tour était joué!

Ton dernier maxi comportant le remix de E.Pearsons rencontre un franc succès. Ressens tu une certaine frustration du fait qu’un remix de ton morceau soit plus médiatisé que ton morceau lui-même?

Pas du tout, c’est toujours mon morceau. Je veux dire par là que l’élément important dans la version d’Ewan Pearsons est toujours Michael Smith. C’est moi qui l’ai trouvé et qui lui ait fait chanté ma mélodies et mes textes qui sont une partie de ce succès d’autant plus qu’ils ont été écrits avant le 11 septembre. L’histoire entière avec Michael est toujours l’épicentre de « Manila » et sans lui, ce serait un tout autre morceau. Cependant, Ewan Pearsons a un style musical différent du mien, il était avant producteur de house ainsi que Dj en soirée. Je le suis également mais ce n’est pas la chose que je préfère. Je suis plus un compositeur qui travaille pour que les gens écoutent chez eux de la bonne musique. Je n’aurais pas pu faire une version comme celle d’Ewan et je suis vraiment fier qu’il se soit autant appliqué pour moi. Quand j’officie en tant que Dj, je passe toujours ses versions. Je ne joue jamais mes versions en club mais, à la maison, même Ewan les écoute. C’est tout le but des remixes, transformer un morceau, à la base destiné à une écoute privée, en un véritable hit pour les clubs. Du moins, dans mon cas.

Comment juges tu la musique électronique de nos jours?

Je pense que l’étiquette electro en ce qui concerne la musique est totalement dépassée. Le fait qu’elle soit issue de machines ou d’instruments n’a aujourd’hui plus beaucoup d’importance. C’est le morceau qui compte. Le terme « électronique » renvoie uniquement à la manière de composer. De nos jours, même les groupes de rock enregistrent sur ordinateur. Pour moi, la musique électronique est une manière de raconter une histoire instrumentale comme j’ai pu le faire sur « Rise And Fall Of Silvercity Bob ». Il y a une grande différence entre les années 90 et aujourd’hui. Il y a dix ans, des producteurs anonymes sortaient des white labels, et les performances live se réduisaient à de simples Dj sets. Aujourd’hui, les gens veulent être reconnus, veulent leur tronche sur leur pochette et les concerts sont devenus des shows. J’apprécie aussi ce qui se passe aujourd’hui, c’est fun.

Comment vois tu Beat Soler et Seelenluft évoluer dans le futur?

Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. La raison pour laquelle je fais de la musique réside dans la profonde passion que j’ai pour elle. Je vivrai toujours pour elle. Le jour où la source sera vide, j’arrêterai. Je compose aussi pour des pubs afin de gagner un peu d’argent et j’ai également fait quelques bandes originales de films. J’aimerais vraiment en faire une pour une grosse production. Ca doit être génial de composer quelque chose pour un orchestre vivant et de le diriger. Sinon, bien sûr, il y a le prochain album sur lequel je suis en train de me pencher. Je pense qu’il aura une approche beaucoup plus fidèle à mes travaux de Dj. Il sera un peu plus jazzy. J’aime changer régulièrement. L’art est en constante évolution et heureusement, sinon il mourrait. Pour finir, je pense que l’on ne peut pas séparer Beat Soler et Seelenluft. La musique est en moi, la musique est ma vie, ou que ma musique aille, je la suivrai.

Quelques mots pour finir…

J’espère qu’un jour, quand les gens commenceront à utiliser leur cerveau, ils arrêteront d’avoir peur et transformeront leur égoïsme en amour de la vie. J’éspère ainsi qu’il prêteront un peu d’attention au monde qui les entoure. Alors, la tendance et le capitalisme n’auront plus raison d’être et personne ne provoquera de guerres. Peut être pensais tu que ces derniers mots auraient la musique comme sujet mais elle va de paire avec la politique. En attendant ce jour, continuez de danser sur les avions qui tombent… Peace.

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