Interview : Ruda Salska (01-1997)

Tout d’abord une petite présentation du groupe et de son passé…

On est de Saumur et on a environ 250 concerts au cul. Nous sommes huit musiciens et douze en comptant le staff technique. Donc, ça fait un chanteur, deux guitares, une basse, trois cuivres (sax, trompette, trombone), un batteur. On a du participer à une dizaine de compilations, en Allemagne, dans l’Europe entière, aux Etats Unis chez Moon Records…

Justement, comment s’est passée cette rencontre ?

On a eu ce plan parce qu’on avait la particularité de chanter en espagnol, ce qu’on ne fait plus maintenant De plus, Manu du fanzine Let’s Skank, à mon avis le meilleur des fanzines de ska nationaux, avait des contacts avec Moon Records qui l’avait contacté étant donné qu’il connaît toute la palette des groupes de ska français. Vu que c’est un pote à nous, il nous a donc donné le contact, on a envoyé une démo chez Moon Records et puis ça l’a fait.

Est-ce qu’il y a un suivi avec le label ?

On a toujours des contacts avec eux, on envoie des démos et puis eux, ils nous en envoient aussi parce que moi, je fais de la radio. Donc, on travaille avec eux et on va essayer de leur faire distribuer notre album aux Etats Unis.

Est-ce qu’il y a des chances que l’on trouve un jour la Ruda sur Moon Records ?

On aimerait bien évidemment, mais ça me paraît vraiment difficile étant donné que notre musique ne se situe pas vraiment dans le ska traditionnel. Pour nous, le ska est une grosse influence, c’est un style que l’on aime bien et dont on se sert souvent. Je pense que notre base reste du rock et même si la palette ska de Moon Records est assez large avec des groupes tels que Skinnerbox ou d’autres qui ne jouent pas forcément du ska pur, ce sera difficile étant donné notre style. On ne sait jamais, mais pour l’instant ça me paraît trop gros.

Pourquoi s’être appelé la Ruda Salska ?

Au départ, ça désignait les trois influences que l’on s’était donné, c’est à dire rock, salsa et ska. Ruda, ça rappelait rude boy et puis la Ruda ça sonnait bien. En plus, il y a une ville de Pologne qui s’appelle Rudaslaska, donc l’idée était venue comme ça. Maintenant ça tient plus trop parce que la salsa, ça fait un bout de temps que l’on en fait plus parce qu’on la jouait mal, donc maintenant on fait du rock et du ska et on se contente plus volontiers de dire La Ruda.

Comment s’est formé le groupe ?

Ca s’est fait petit à petit et de manière évolutive. Le premier groupe date de septembre 93, c’est la date ou on a enregistré Radio Ska pour On A Faim. On n’avait pas encore trop de concerts au cul. II y avait une première formation de six musiciens, et comme tout orchestre chacun, on a splitté en février 95. De celle-ci, il ne reste plus que moi et Manu, le batteur ; on était déjà les deux au départ et on a reformé le groupe avec d’autres gens : Michel à la trompette, François au saxophone, Roro au trombone, Jam à la basse, et Fred et Richard aux guitares.

Aviez-vous une expérience avec d’autres groupes auparavant ?

Moi et Manu, c’était notre premier groupe, Fred et Jam avaient fait des petits groupes de reprises, et les cuivres c’est différent parce que c’est leur métier et c’était une expérience en plus étant donné leur bagage. Ils ont trente-trois piges et ça fait longtemps qu’ils en vivent.

Je suppose que c’est toi qui écris les textes…

Oui, c’est moi. Les gars me font confiance pour ça et puis c’est plus facile quand tu es chanteur, car t’adaptes tes textes par rapport à ton débit et à ce que tu sens que tu peux chanter.

Quels sont les sujets qui t’influencent ? Ta vie personnelle, l’actualité ?

Les deux. De toutes façons, c’est un peu la même chose, enfin, quand on triche pas trop. C’est du quotidien, ça parle des choses que l’on aime, des endroits typiques de chez nous comme le Trianon, de la fête et toutes sortes de choses que l’on n’aime pas comme le fascisme ou la discrimination. La connerie en somme nous énerve. Quand tu écris, la fête et toujours la fête, tu commences à en avoir plein le cul. Parler des choses qui t’énervent tellement, tu as envie d’exorciser tout ça. Tu as envie de te rassurer avec les gens, d’essayer de ressouder tout ça.

Quels sont les groupes qui vous ont influencés ?

Il y a des groupes sur lesquels on est tous d’accord comme les Clash, Toasters, Skatalites, La Mano, les Shériffs.

Ce que vous jouez est quand même plus punk que rock ?

Je pense que notre public se situe plus chez les punks que chez les rude boys. On ne se considère pas comme un groupe punk puisque l’on ne joue pas du punk à vrai dire. Si tu veux, un skaman te dira, ce n’est pas du ska parce qu’ils ne font pas que du ska, alors que ça conviendra à un punk car le contretemps a toujours existé chez la musique punk. Ils trouvent ça naturel alors qu’à l’inverse, un skaman, si tu lui balances un Orange, il va dire que ce n’est pas du ska parce qu’il n’y a pas de contretemps. C’est pour cela que l’on prend toujours soin de se définir comme un groupe rock-ska pour pas qu’il y ait d’ambiguïté.

Parles nous des conditions d’enregistrement de l’album…

C’était roots, on avait envie de le faire, parce qu’il fallait qu’on le fasse. On aurait pu choisir d’attendre et de faire une démo, mais ça nous saoulait C’était aussi histoire de se tester. On n’avait pas de thunes donc on s’est dit que l’on allait louer du matos, on avait un endroit qu’était pas mal. Et puis le voisinage a craqué, il a fallu que l’on change d’endroit et on s’est retrouvé dans le garage de François, entre les bagnoles. On l’a fait à l’ancienne quoi !

Comment voyez-vous votre album avec du recul ?

La lacune, c’est le son, le manque de dynamisme. C’est la difficulté pour des groupes comme nous qui marchent à la sueur, d’essayer de reporter cela en studio. Le deuxième album aura un plus gros son parce que la personnalité musicale, il faut un petit peu de temps pour qu’elle s ‘affirme vraiment.

La Ruda, c’est donc plus scène que studio…

Les deux sont intéressants mais complètement différents. Nous, on joue à l’instinct sans se prendre la tête; et là, il faut vraiment travailler, car les qualités techniques priment sur un album, il faut pas se tromper dans ce que tu fais et bien le faire. En studio, c’est plus fastidieux, plus précis donc pour nous s’était plus dur.

La popularité du groupe a-t-elle montée depuis l’album ?

Le public s’est élargi et c’est le gros point positif de l’album. On voit bien que depuis que l’album est sorti, il y a un engouement; en général, on fait salle pleine. L’avantage est d’arriver dans des villes ou on n’a jamais joué avec des gens qui connaissent déjà ce que l’on fait. Ca prouve que l’album a réussi à voyager et c’est bien. On a toujours eu notre grand public du côté de Nantes, Tours, Saumur, Angers puisqu’on était du coin. On a vendu 3 000 albums et on a plus la première couche à faire qui est de nous faire connaître.

Quels morceaux jouez-vous sur scène ?

Là, ça fait un moment qu’on a pu répéter donc on a un set qui se fait plus ou moins vieillissant La base, c’est l’album, on a quatre nouvelles compos, des anciennes comme Radio Ska.

Quel est votre meilleur souvenir de scène ?

Le prochain. Honnêtement, des bons souvenirs, il y en a à dégueuler. C’est toujours délicat d’en dégager un par rapport à un autre : le festival O’Car ( pas sûr de l’orthographe, ndlr ) parce qu’il y avait 17 000 personnes et puis c’était à Tours, c’était par chez nous. Jouer à chaque fois avec des groupes tels que Marcel et son orchestre ou Spook sont des bons moments, car ce sont des groupes avec lesquels on tourne souvent.

Quelles grosses premières parties avez vous faites ?

On a fait les Selecters, les Skatalites, une tournée en Allemagne avec un groupe appelé Skankan. On n’a pas fait les Toasters et on le regrette bien, car personnellement c’est un de mes groupes préférés.

Avez-vous des projets de tournée à l’étranger ?

On va en Espagne la semaine prochaine ( début septembre, ndlr)

L’album se vend-il à l’étranger ?

L’album se vend à l’étranger. Au départ, on espérait que ça soit dans les pays francophones et un peu plus. Ca met un peu de temps à se mettre en place, aux Etats unis i1 doit y être, Belgique, Suisse, ça ne va pas tarder et Allemagne ça doit être fait.

Jouez-vous dans les villes FN ?

On n’a jamais eu l’opportunité de le faire. Orange serait à point nommé. Je pense que c’est bien d’aller jouer là-bas.

Etes-vous impliqués dans le monde associatif ?

Oui, mais pas tous au même niveau. Moi, par exemple, je travaille à Radio Béton qui organise des concerts. Nous-mêmes, on a une asso « Ne nous fâchons pas » qui organise des concerts à Saumur. On est adhérents à l’association A Donf. De toutes façons, tu es obligé même si tu n’es pas forcément dans tous les coups.

Vivez-vous de votre musique ?

A part les cuivres, personne. C’est notre but, ça mettra du temps, ça m’étonnerait qu’on l’atteigne mais c’est notre but. Il faut bien en avoir un. La musique c’est d’abord une passion, et pour bien faire les choses, tu ne peux rien faire à côté car ça te prend du temps. Si tu fais un concert à Marseille le vendredi, tu sais déjà qu’il va falloir que tu partes le jeudi, et donc que la semaine tu ne peux pas bosser. C’est un cercle vicieux, être huit intermittents est pratiquement impossible.

Est-ce difficile de gérer un groupe aussi nombreux tant au niveau musical qu’humain ?

Non, c’est pas facile du tout. La première difficulté , c’est qu’on n’est pas de la même ville, donc on ne peut pas répéter la semaine. De plus, on travaille tous plus ou moins la semaine, les concerts sont sur les week-ends donc on ne peut pas trop répéter. Donc, on met plus de temps que les autres, au niveau de la composition, de la finition, du charisme …. Avoir de la bouffe dans son assiette et jouer est très difficile à gérer, alors il faut jongler avec les dates, ruser avec le patron pour se barrer avant l’heure ou ne pas aller au taf.

Existe-t-il une solidarité dans la scène ska française ?

La scène ska française reste encore groupusculaire même si il y a de plus en plus de groupes parce qu’elle se développe vachement. Je trouve qu’elle est assez soudée parce qu’on a rencontré à peu près tout le monde, les fanzines de ska font un boulot énorme, car ils arrivent à regrouper l’info… Elle est obligée d’être solidaire si ellene veut pas s’éteindre. On joue beaucoup avec Marcel, Spook, Kargol’s, Rude Boy System, Red Wings… Je voudrais ajouter que la scène ska française ne se différencie pas des autres car beaucoup de groupes mélangent le ska avec d’autres influences.

Le public en général, que ce soit hardcore ou reggae par exemple, réagi-t-il toujours à la Ruda ?

On touche une palette assez large du public. Je pense que l’on fait une musique assez grand public finalement, assez large d’approche. On n’a pas besoin de faire l’effort pour aller vers elle, c’est elle qui vient à nous. D’ailleurs, on joue souvent dans des festivals avec des groupes tels que Shout, Mass Hysteria. Dans les festivals de ska, on tranche trop.

Pour quand est prévu le deuxième album ?

98 sûr. On commence à composer, on sert toujours le premier. Le problème pour les petits groupes est que le temps que ton album soit distribué partout, il faut bien un an et demi. Donc, il faut le jouer pour l’imprégner. Je pense qu’il sortira vers septembre 98.

Sera-t-il différent du premier ?

On en sait rien. Il sera plus personnel, et il y aura moins un rock, un ska, un rock, un ska. Ce sera la même direction. Ruda Salska, c’est pêchu et on ne va pas se mettre à faire de la branlette du jour au lendemain.

Avez-vous été contacté par des labels ?

On n’a pas eu de contacts sérieux mais on aimerait bien trouver un label qui puisse nous aider un peu afin que l’on travaille de manière plus sereine.

Taper la Manche, c’est du vécu ?

C’est un morceau qui a été fait à l’improviste parce que quand on part en tournée pendant un mois et demi l’été, on fait une vingtaine de dates et entre ces dates, i1 faut bien manger pour avoir assez d’essence pour aller à la ville d’après. Donc on tape la manche dans les villes ou on s’arrête comme La Rochelle. Ce n’est pas un hymne à tendre la main, parce que moi je trouve ça con et on voit ça de plus en plus, des mecs qui tapent la manche pour taper la manche. II faut toujours un échange : tu tapes la manche mais tu donnes quelque chose. II faut avoir une certaine fierté, et c’est à moitié devenu une mode. Au sujet du morceau, le résultat étant peu bénéfique, on a décidé de faire une chanson pour que les gens comprennent, et puis après les gens ont donné tout de suite.

Un petit mot pour finir…

C’est ma question hantise celle-là. En général, on finit par un bon vieux « mort aux cons »…

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