Interview – Royal Blood, la colombe baveuse

Le rock n’roll furieusement efficace de Royal Blood, joué à deux mais sonnant comme un groupe au complet, n’a pas manqué d’animer une fin d’été particulièrement faste pour le duo anglais. C’est à Rock en Seine, soit deux jours avant la sortie d’un premier album qui finira meilleure vente de disque outre Manche, que nous avons rencontré Mike Kerr et Ben Thatcher, deux facétieux compères de longue date, plus branleurs que modestes, à l’oeil provocateur, qui semblent trouver dans l’exercice de l’interview une occasion comme une autre d’entretenir l’humour anglais, plutôt que de véritablement défendre leur bout de gras. Au risque de parfois ne faire rire qu’eux-mêmes, et de n’avoir plus que leur musique pour les défendre.

Vous avez tous les deux joué ensemble dans des groupes auparavant. Les autres musiciens étaient-ils si mauvais que ça pour que vous finissiez finalement en duo?

Mike Kerr (basse): C’est clair que, au final, on sonnait mieux sans eux. Au départ, on appelait des potes pour jammer ensemble, mais on s’est vite rendu compte qu’on avait certainement pas besoin d’inviter qui que ce soit. On se suffisait à nous mêmes, sans aucun doute. C’est aussi simple que ça.

Votre succès a été très rapide. Qui avez-vous soudoyé pour que tout roule si facilement pour vous en si peu de temps?

Ben Thatcher (batterie): Il n’y a pas d’explications, si ce n’est qu’on est le mauvais groupe au mauvais moment, c’est tout. On joue ensemble depuis déjà plus de dix ans, dans d’autres groupes puis maintenant au sein de Royal Blood. Pendant neuf ans et demi, personne n’est venu à nos concerts. Là, d’un seul coup, on vit une ascension assez fulgurante, les gens veulent nous voir. On a du mal à piger, mais on en est très content.

Vous avez ouvert pour quelques concerts d’Arctic Monkeys. On a vu pire comme parrain…

Ce n’est pas faux, on aurait pu tomber plus mal, en effet. On a toujours suivi les Arctic Monkeys, donc si maintenant ils comptent sur nous, eh ben c’est cool. On a le même management. Malgré tout, personne ne leur a mis le couteau sous la gorge, l’idée est venue d’eux…

Royal Blood pourrait-il être un groupe ouvert à de nouveaux musiciens dans un futur proche?

Mike Kerr: Non, par contre, on serait plutôt ouvert à avoir un musicien en moins à l’avenir… Pour le deuxième disque, on va virer la basse, on laissera juste la batterie, et je chanterai. Pour le troisième album, on virera la batterie, et on fera un disque a capella.

Votre album est sur le point de sortir. Vous êtes sous pression?

On se sent comme une colombe dans une cage le jour d’un mariage… Une colombe prête à être libérée, à s’envoler dans une église ou tout le monde dans l’assistance aurait un flingue, serait prêt à nous juger. Sauf qu’au moment de son envol, cette jolie colombe leur adresse un gros doigt. La colombe n’a pas peur du jugement des personnes présentes, elle est trop occupée à voler et à faire un gros doigt à tout le monde. Ce qui n’est vraiment pas un truc facile à faire en même temps.
Ben Thatcher: C’est comme le bug du millénium, mais juste pour nous. On ne sait pas ce qui va se passer.

De quoi vous inspirez vous pour les paroles de vos morceaux? Des colombes peut-être?

Mike Kerr: Du millénium… Non, plus sérieusement, de 1999. Ah non, ça, c’est Prince.
Ben Thatcher: ‘Millénium’, c’était Robbie Williams… Mais également ‘Willenium’ de Will Smith. On pourrait remonter un peu plus dans le temps, mais ça risque de devenir un peu chiant comme réponse là, non?
Mike Kerr: J’écris sur ce que je sais et ce que je connais, plutôt que d’inventer des choses que je connais pas ou que je n’ai pas vécu. Ça parle de moi, donc tu ne pourras pas t’y identifier en fait…

C’est emmerdant que les gens vous comparent toujours avec des duos comme Black Keys ou White Stripes?

Je crois que les gens qui nous comparent aux Black Keys et aux White Stripes s’ennuient de faire cette comparaison, et sont généralement des gens plutôt relous et ennuyants.
Ben Thatcher: Je me demande si on a aussi comparé les Daft Punk aux Black Keys et aux White Stripes quand ils sont devenus connus…
Mike Kerr: C’est comme si on te disait que tu ressembles à ton oncle, mais que ce n’était pas vrai.

Déjà dix ans que vous jouez ensemble, donc vous devez pas mal vous connaitre. Quel serait le plus gros défaut de chacun d’entre vous?

Ben Thatcher: Je connais Mike très profondément, au sens littéral du terme… Si je devais te dire juste une chose sur lui, eh bien je fermerais ma gueule parce que ce serait un secret…
Mike Kerr: Sa plus grande qualité, c’est qu’il ne révèle pas les secrets des autres…

Y a t-il un groupe que vous aimeriez particulièrement voir ce soir à Rock En Seine?

Ben Thatcher: Le groupe qui joue derrière nous, là, en ce moment même… Comment ils s’appellent?

…Tiger Bell

Ils sont incroyables, on adore Taco Bell…

À lire ou écouter également:

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire