Interview : Reverse Engineering (04-2006)

La question est un peu bête, mais quel rapport exact y a t-il entre votre musique et votre nom, Reverse Engineering (« technologie inversée »)?Heuuu… La réponse sera tout aussi bête: aucun! Un jour, l’un de nous s’est levé en pensant « Reverse ». Et l’autre pareil mais il a hurlé « Engineering » au saut du lit. Quand on s’est raconté ce qui nous était arrivé, on s’est aperçu qu’on n’avait pas encore pris le petit-déjeuner, mais on a jamais cru que c’était la volonté de Dieu… Pour de vrai, nous sommes informaticiens de formation, et nous trouvions que la façon de construire nos morceaux, à base de samples retravaillés et recomposés, faisait penser au Reverse Engineering informatique. Comme des petits bouts de programmes décortiqués et réassemblés pour former une nouvelle entité. À propos peut-on taxer Frankenstein de créature « reverse engineered »?Vos influences sont assez larges et vous différencient de pas mal de groupes et artistes abstract hip hop. Par quels genres musicaux êtes-vous passés avant de fonder le groupe?Initialement, nous sommes plutôt hip hop. C’était il y a 10-15 ans et le hip hop d’alors rendait hommage à ses racines comme le jazz ou le blues. Jazzmatazz est le genre de projet qui nous a poussé à aller chercher en dehors du hip hop, nous avons ensuite découvert la jungle, la drum’n’bass, l’électro… Et plus récemment le rock, la techno… Les musiques électroniques, de manière générale sont nos principales références.Est-ce que les deux maxis ayant précédé l’album, et les critiques reçues, ont influencé le résultat final de « Duck & Cover »?« Duck and Cover » est une suite logique des deux maxis, une sorte de synthèse du son que nous avons développé ces quatre dernières années. Les deux maxis étaient au format vinyle et étaient plutôt destinés aux DJ’s et à la promotion. Si les maxis n’avaient pas donné d’écho, il n’y aurait certainement pas « Duck and Cover » aujourd’hui. On retrouve d’ailleurs sur le CD une bonne partie des morceaux déjà présents sur les vinyles.Quel est le message principal qui se cache derrière votre musique?Si en écoutant le CD, vous avez l’impression d’entendre quelque chose d’original, nous sommes contents, même si vous n’aimez pas. L’important est de se faire un avis, de penser par soi-même. Pour ça, il faut de la diversité, et la diversité, vous pouvez toujours essayer de la chercher dans les émissions musicales des chaînes de télévision, ou sur le menu du McDo. La diversité, il faut aller la chercher, il faut gratter, dans les bacs, dans les bibliothèques et les vidéothèques, sur internet… Et c’est malheureusement un luxe.BluRum13 est l’invité de luxe de « Duck & Cover », votre premier album. Comment l’avez-vous rencontré? Quels souvenirs garderez-vous de cette collaboration?Nous l’avons rencontré sur les scènes suisses avec Dj Vadim, car nous étions régulièrement en première partie des Russian Percussion. Nous avons un excellent contact avec lui, un rapport authentique. Notre collaboration se poursuit au-delà de l’album, et il vient régulièrement (en fonction de son booking très chargé) partager la scène avec nous.Vous marquez une sorte de tournant dans le catalogue de Jarring Effect. En ressentez vous une certaine pression?Pas vraiment, nous avons été complètement soutenu par Jarring Effects pour cet album, tout va donc pour le mieux. Et puis l’ensemble de la compilation Audioactivism sortie en janvier était déjà dans le même ton.La production n’était, au départ, pas votre but premier, qui était plutôt la scène. Voilà une démarche plutôt originale. Le disque a t- il pour vous une valeur différente des concerts?Certainement. Le disque, c’est une empreinte définitive qu’on montrera à nos petits-enfants quand on sera vieux gâteux. C’est un truc qu’on a retourné mille fois, un objet que les fétichistes que nous sommes fignolons avec soin. C’est affectif, nous l’avons découvert à nos dépens en studio. Et le live, c’est un condensé d’énergie, de spontanéité et de trac, c’est pas calculé, c’est brut,… Et puis chaque live est différent, l’ambiance, le public… Par la scène, on a aussi l’occasion d’expérimenter d’autres choses, comme les vidéos ou des improvisations à thèmes.La vidéo est un pilier de vos concerts. Comment la travaillez vous? Est elle influencée par la musique ou est-ce le contraire?Effectivement, le cinéma est également une influence majeure, « Duck and Cover » est d’ailleurs un hilarant petit film de propagande américaine des années 50. Cela se ressent dans l’album, il est assez cinématographique. En live, pour l’instant, nous avons un montage de séquences sur DVD, mais nous envisageons d’assurer la vidéo en temps réel.Vous avez collaboré avec quelques groupes et remixé quelques artistes de rock. Avec qui exactement? Comment abordez vous ces expériences par rapport à vos compositions personnelles?Nous avons collaboré avec « The Evpatoria Report », un groupe de post-rock suisse. Nous affectionnons particulièrement ce genre d’exercice. Travailler avec des guitares rock, ou des chants de gorge mongole nous ouvre à de nouvelles sonorités et nous sort des schémas de routine dans lesquels on s’installe si facilement.Reverse Engineering est-il un groupe à l’évolution musicale calculée ou la démarche est-elle complètement libre au point de sortir du registre de « Duck & Cover »?Nous continuons à expérimenter, à écouter, à chercher… Il n’y a pas de plans précis dans notre évolution. Si on peut éviter de se répéter, c’est bien, mais je doute qu’on se mette à faire de la fanfare.Quels sont vos projets désormais?Dans l’immédiat, nous travaillons sur un remix de High-Tone. Ensuite il y aura notre live à faire évoluer. Puis dès que tout sera un peu tassé, nous reprendrons nos expérimentations avec Jasmine à la voix.Le mot de la fin…Si vous êtes pris de panique en regardant les infos, pratiquez le « duck and cover »: il suffit de se cacher sous la table!Si ça protégeait des attaques nucléaires dans les années 50, sûr que ça le fera pour les volatiles grippés!

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