Interview – Record Makers, 10 piges en grande pompe

Compilation digitale, exposition, concert spécial à Los Angeles, ribambelle de soirées à Paris, application iPhone etc… Record Makers n’a pas lésiné sur les moyens pour célébrer convenablement dix ans d’indépendance. Alors que le label travaille actuellement à l’élaboration de son antenne audiovisuelle – baptisée Eye Candy – brève rencontre avec l’un de ses fondateurs, Marc Tessier du Cros, autour de quelques-unes des étapes clefs de la décennie passée.

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Tu peux nous décrire le contexte dans lequel a été créé Record Makers?

Marc Tessier du Cros: Record Makers a été crée en 2000 dans un climat économique euphorique, celui de la fin de l’ère du CD.? Sofia Coppola avait demandé à Air de composer quelque chose pour son premier film, ce qui allait donner lieu à la sortie d’un disque sur le label spécialement créé pour l’occasion par Air, Stéphane Elfassi et moi-même. Depuis six ans, les membres de Air ont arrêté l’aventure et nous sommes donc deux à la poursuivre.

Quelles étaient vos expériences respectives dans le domaine de la musique à cette époque?

cita1Stéphane Elfassi était manager de Air depuis trois ans et gérant de leur société d’éditions. Il a parcouru le monde à leurs cotés pour les guider dans le labyrinthe du show business. De mon côté, à la même époque, ça faisait cinq ans que j’étais directeur artistique du label Source. Je commençais un peu à me lasser de la logique industrielle malgré le plaisir de travailler avec des musiciens tels que Phoenix, Rob ou des labels comme Warp, Mo’Wax ou Grand Royal.

Dix ans après la création du label, est-ce que les critères de choix des artistes sont toujours les mêmes? D’ailleurs, quels étaient-ils à l’époque?

Le seul critère qui vaille est toujours celui de l’originalité. Sébastien Tellier, notre première signature, en est un bon exemple. Lorsque je l’ai rencontré en 1998, il était décalé comme Patrick Dewaere peut l’être dans les Valseuses. Un artiste d’évidence talentueux et sincère mais inadapté à la vie en société, et étranger aux mœurs artistiques contemporaines. Arpanet, notre seconde signature, est lui aussi un original par excellence. C’est un parrain de la techno, il a été membre de plusieurs groupes importants de la scène de Detroit tels que Drexcyia ou Dopplereffekt. il est réputé inapprochable, refuse les photos et les interviews. Sa musique est d’une puissance étonnante si on considère son minimalisme maniaque. Actuellement, cette recherche d’originalité est plus que jamais essentielle. Dans le paysage ronronnant qui nous entoure, l’artiste, le vrai, incarne la liberté et le rêve.

Avec dix ans de tofmakers2recul, comment décrirais-tu la trajectoire artistique du label depuis ses débuts?

Notre trajectoire est guidée depuis le début par un certain goût pour un rétro-futurisme romantique, incarné par de fortes personnalités telles que Kavinsky, Sebastien Tellier et Arpanet. Nous sommes attentifs à ne pas suivre une mode, à ne pas devenir le label d’un son. Nous voulons pouvoir sortir un disque de zouk, ou de la musique ésotérique sans heurter notre « fan base »!

J’aimerais qu’on revienne sur la BO de « Virgin Suicides ». Comment vous êtes-vous retrouvés impliquer dans ce projet?

Tout s’est organisé assez simplement, c’était le premier film de Sofia Coppola donc on peut imaginer l’enjeu pour un cinéaste. Sa manière de travailler était douce et précise. Nous avons eu l’idée de sortir la BOF deux fois. La première fois trois mois avant le film, et la seconde au moment de sa sortie. Mais la sortie ayant été décalée, la première édition a été perçue comme un nouvel album de Air pendant six mois… Du coup le film a bénéficié de ce « coup de projecteur », par un effet inversé totalement inattendu.

La séparation avec Air, c’était pour quelles raisons en fait?

Demandez-leur, c’est leur choix!

Sauf erreur de ma part, et à l’exception du morceau de Tellier dans « Electroma », c’est resté votre seule incursion dans la musique de film…

Pas vraiment, plusieurs titres de notre catalogue ont été exploités dans de nombreux films français et étrangers. Sébastien Tellier a composé la musique de « Narco », une comédie française en 2007, et on vient de lui proposer la musique d’un long-métrage. Turzi est lui aussi en train d’enregistrer deux musiques de film. Kavinsky, depuis le début, n’enregistre que des musiques de films, pour son propre film etc… La b.o.f. est l’une des vocations de Record Makers, avec celle de toucher un public dans le monde entier.

J’avais oublié que le maxi « Baise Les Gens » était sorti chez vous. Vous avez été tenté à un moment de faire signer des artistes estampillés « rap »? Peut-être à l’avenir?

Nous l’avons fait au début. Je pense notamment au groupe DSL et au Klub des Loosers, qui produisent tous les deux un rap particulier, précurseur je crois, de la vague nihiliste qui pointe son nez depuis quelques années, de Orelsan à Stromae.

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Tellier vous est resté fidèle depuis la sortie de « L’Incroyable Vérité » en 2000. Ça vous a fait quoi de le voir représenter la France à l’Eurovision huit ans plus tard? Vous l’avez pris comme une reconnaissance tardive mais bienvenue, où vous pensez que c’est surtout le « personnage » à barbe et à lunette qui intéressait les médias à cette époque?

Une reconnaissance, pas vraiment! Comme il l’a dit depuis, l’Eurovision est une vaste blague, comme une compétition de patinage artistique avec ses magouilles, ses fans prêts à tout et sa puissance hallucinante. Donc, pour dire les choses clairement, quand on est Sébastien Tellier ou Record Makers, on ne refuse pas l’opportunité de présenter (à peu près librement) son art ou son artiste devant cent cinquante millions de téléspectateurs. Les médias ont pu le caricaturer bien sûr, mais pour un artiste ayant sorti un album aussi spécial que « L’Incroyable Vérité » dix ans avant, c’était une aubaine. Ca valait bien quelques caricatures

A contrario, j’imagine qu’au cours de ces dix dernières années, des artistes vous sont passés sous le nez?

cita21Bien sûr, ça arrive. Récemment, le néo-zélandais Connan Mockasin a sorti sur Phantasy Sound un album incroyable, que j’aurais adoré sortir tant il est, justement, original, sensible, bien composé et interprété. Mais il ne m’est pas passé sous le nez comme vous le dites, j’ai découvert son disque lorsqu’il est sorti.

Tu penses quoi des « contrats 360 » dont on parle beaucoup depuis quelques temps? Les labels qui gèrent la production, la promo, la tournée… Ca vous paraît la solution pour continuer d’exister?

C’est à peu près ce que nous faisons tout les jours. A mon sens, si l’entente est bonne avec les artistes, c’est la meilleure solution, celle qui permet un travail sur-mesure. Lorsque se présente un projet avec du potentiel, nous pouvons grossir l’équipe de trois permanents chez Record Makers en engageant des externes. Parfois nous avons jusqu’à quinze personnes travaillant un même disque à un moment donné. Pas besoin d’aller dans une major!

tofmakers4Je me trompe peut-être mais je n’ai pas l’impression que Record Makers ait misé plus que ça sur son identité visuelle. C’était une volonté dès le départ de se concentrer sur la musique ou vous n’y avez juste pas pensé?

Disons que nous avons misé sur une identité visuelle subtile alors. Mais je crois que nous accordons beaucoup d’importance au visuel, à son harmonie avec la musique. Nous travaillons à proposer à l’auditeur un voyage, avec du son et de l’image.

Tu peux nous dire ce que tu écoutes en ce moment?

Connan Mockasin, « Please Turn Me Into The Snat », ?Grace Jones, « Libertango Extended Version », ?Burzum, « Der Tod Wuotans », ?Puro Instinct, « I’ve Got Some Happiness (Leland) ».

Un petit mot sur les prochaines sorties prévues?

Dans l’immédiat, une reprise de « Promised Land » de Findlay Brown. Et pour 2011, en vrac: « Hypnolove » produit par Mickey Moonlight, Turzi produit par Pilooski, un nouveau maxi de Acid Washed, et un nouvel album de Sébastien Tellier.

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Une réponse à Interview – Record Makers, 10 piges en grande pompe

  1. Lafleur 8 décembre 2010 à 2 h 42 min #

    S’il vous plait, c’est trop dommage, tant de contenu intéressant et toutes ces fautes d’orthographe… Je veux bien vous faire la relecture gratos si votre correcteur a mal au foie ou bien les yeux à côté des trous (variante de « pas en face ») enfin vous savez quoi ? demandez-le moi mais ne laissez pas de si bons articles sortir en l’état. Merci.
    Sinon… bravo !!!

    Une puriste (mais bon, on se refait pas)

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