Interview : Promoe (05-2004)

Dans quel état d’esprit as tu abordé ce deuxième album solo par rapport au premier?

Nous tournions vraiment beaucoup avec Looptroop lorsque j’ai écrit et enregistré ce deuxième album. En plus de cela, je prenais quelques distances avec mon amie au moment ou je perfectionnais « Long Distance Runner ». J’ai écrit mes textes en Russie, en Afrique du Sud, en République Tchèque, Croatie, Jamaique, Allemagne pour ne citer que quelques uns des pays que j’ai traversé. En fait c’est une des raisons qui expliquent le titre de ce nouvel opus. C’est en quelques sortes, une allusion au nombre de kilomètres que nous faisons en tournée. Je pense que tout cela ne peut que se retranscrire dans ta musique mais c’est très difficile de dire de quelle manière exactement. C’est aussi difficile de comparer mes deux albums. « Government Music » a été enregistré il y a un peu plus de deux ans maintenant et je pense, du moins j’espère, avoir fait des progrès en matière d’écriture depuis. Je pense être maintenant plus mûr pour savoir ce que j’ai à dire et comment le dire.

« Long Distance Runner » sonne plus reggae que « Government Music ». Doit on en conclure que tu n’osais pas assez lors de l’enregistrement du premier album?

Cela pourrait être une des raisons. Je n’étais sûrement pas prêt pour chanter comme aujourd’hui, et encore moins pour enregistrer en Jamaïque avec les meilleurs artistes de cette scène. Peut être étais je un peu timide mais je pense que c’est surtout une question de maturité. Mon intérêt pour le reggae est plus jeune que celui que j’ai pour le hip hop. Je pense que pour n’importe quel genre musical, il faut du temps pour passer du stade de l’écoute à celui de l’interprétation.

Si ce nouvel album est réussi, on se demande si il sonne plus commercial ou si c’est juste l’effet de surprise qui est moindre. Peux tu nous aider à répondre à cette interrogation?

C’est vrai qu’il peut paraître plus commercial du fait que j’ai aujourd’hui plus d’attention de la part des radios. Mais ce n’est en aucun cas une volonté de ma part. Je n’ai pas ce genre de but lorsque j’écris. Je veux juste faire quelque chose qui me rende heureux et dont je puisse être fier. Et je le suis encore plus quand les gens apprécient. Mais je suis un peu sceptique lorsque les radios suédoises jouent « These Walls Don’t Lies » à longueur de journée alors qu’elles font partie de ces médias qui s’insurgent contre les graffeurs qu’ils qualifient de drogués et de criminels. C’est un peu contradictoire…

Qu’as tu appris de tes voyages au Maroc, Jamaïque ou Cuba?

Beaucoup de choses différentes. A Cuba, j’ai rencontré plein de gens sympas qui étaient vraiment intéressés de taper la discussion avec moi du fait que j’étais d’une culture différente de la leur. Ils m’ont même invité à manger chez eux alors que l’embargo américain les a rendu très pauvres. Au Maroc, j’ai appris à ne pas boire l’eau du robinet. En Jamaïque, j’ai essentiellement travaillé, appris de leur manière de faire de la musique. Parfois, lorsque je compose avec Looptroop nous avons tendance à toujours perfectionner au maximum. Là bas, je me suis rendu compte que travailler à l’instinct pouvait donner de très bonnes choses.

Comment se sont faites les rencontres avec les invités de ce nouvel album (Ward 21, Anthony B…). Qu’as tu appris à leurs côtés?

Je les ai tous rencontrés par le bais du producteur John John. Il les connaissait et nous a rapproché. Je n’ai pas été là bas assez longtemps pour les étudier et apprendre d’eux mais j’ai vraiment apprécier toute cette scène qui est très vivante et vraiment originale. Ils font les choses avec beaucoup de sérieux mais prennent un réel plaisir avec la musique.

Si tu devais choisir entre hip hop et reggae, lequel choisirais tu?

Je ne pourrais franchement pas. Le hip hop est mon premier amour, mais aujourd’hui j’écoute principalement du reggae et cela m’inspire beaucoup. Ils jouent tous les deux un grand rôle dans ma vie et je ne veux en aucun cas faire un choix.

Est-ce que le message que contiennent tes textes a changé entre ces deux albums? Abordes tu les choses de la même manière qu’avant?

Je pense qu’il a un peu changé parce que je pense mieux écrire. Je défends toujours les mêmes choses mais au moment de « Government Music », j’exprimais surtout de la colère et du désespoir dans mes rimes. Je ne pense pas que cela reflétait tout à fait mon état d’esprit mais je ne pouvais franchement pas mieux faire. Je ne me serais pas senti si à l’aise. Maintenant, j’apprends à exprimer un spectre plus large de ma personnalité. Le principal changement est que je ne rappe plus au sujet du monde qui m’entoure et en le détestant. Aujourd’hui, je me considère intégré à ce monde horrible en étant un de ses acteurs et j’essaye de le changer en changeant moi même.

Certains journalistes te reprochait un aspect très paranoïaque dans les textes de « Government Music ». Comment réagis tu à cela?

Je ne suis pas d’accord. Je pense qu’ils n’ont surtout pas le même sens de l’humour que moi. Nous plaisantons beaucoup au sujet de la conspiration. Je pense cependant que nous vivons dans un endroit complètement dingue ou il faut vraiment faire attention à ce que tu dis et fait. Je veux dire par là qu’il faut regarder autour de nous et se rendre compte de la réalité, celle qu’on est observé.

Tu as partagé la scène avec pas mal de groupes et de MCs. Quels sont tes meilleurs souvenirs de scène?

La meilleure chose pour moi est de faire des concerts avec Looptroop. Je n’ai pas vraiment été bluffé ces derniers temps par d’autres artistes que mes proches collaborateurs. Je vis pour l’interaction entre les membres de mon groupe, entre le groupe et le public et pour la musique. Les meilleurs concerts que j’ai en mémoire (et qui ne sont pas forcément ceux ou nous jouions) sont The Roots, Saian Supa Crew, Arsonists et Atmosphere. J’ai également tourné avec le groupe de punk rock suédois The International Noise Conspiracy et cela m’a beaucoup inspiré.

Quelles sont les news de Looptroop?

Nous sommes un peu en stand by en ce moment. On attend juste que EmBee finisse son album solo et ensuite on se met sur le nouvel album.

Le mot de la fin…

Free the word! Free the world!

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