Interview : Prohibition (01-1998)

Parles nous de ce dernier album, « 14 Ups & Downs » . . .

Nicolas (guitare/chant): On l’a enregistré en avril 98 suite à un gros travail de composition, de choix de morceaux et de remaniement des compositions. Ca a été assez long pour arriver à un ensemble assez contrasté. On en est content, on s’est concentré sur le contraste et la construction des compos, sur les sentiments qui émanent du disque. On a donc atteint ce but. On l’a enregistré à Black Box que l’on connaît bien maintenant, on a fait un travail plutôt live. Contrairement aux disques précédents, il y a eu un peu d’arrangements sur chacun des morceaux, des recherches de sons qui arrivent à ces 47 minutes avec des changements d’ambiance relativement fréquents.

Ces ambiances changeantes correspondent aux Ups & Downs?

Complètement. En sortant du studio, on s’est demandé ce qui liait les morceaux les uns aux autres. Et cette liaison était représentée par les accalmies, les tensions, les moments de pause. Pour la première fois, on a mis une petite pièce musique concrète pour vraiment faire une rupture. Et puis c’est vrai que la place du saxophone de Quentin s’est quand même affirmée grâce aux répétitions.

Justement, quelle place prend exactement le saxophone dans les compositions?

Ca part souvent en improvisation de Quentin sur des idées de la section basse/batterie/ guitare. Il a un peu une tradition d’improvisateur, c’est son rapport avec la musique dans une idée plus jazz et plus libre que nous. Ensuite on a tendance à geler des passages qui nous ont plu à l’écoute de cassettes. C’est vraiment un travail de longue haleine car on a pris notre temps pour justement aménager cette place. La guitare a un registre plus médium qu’auparavant, et la basse un registre plus grave dans la mesure ou le saxo a un timbre particulier qui demande un espace à lui. Ca s’est fait naturellement, car Quentin nous a toujours suivi et il s’est affirmé au sein de Prohibition.

Vous dites faire une musique urbaine. Qu’est-ce?

Je pense que c’est vraiment marqué par un côté urbain, par la tension, la deconstruction, et le lien avec les musiques de ville telles que le jazz et le rock un peu bruitiste.

Vous étiez aux USA fin 98, comment cela s’est-il passé?

On a fait quatorze dates là-bas. Ca s’est très bien passé. I1 y a très peu de groupes européens qui franchissent le pas d’aller aux États Unis par manque d’envie ou de moyens, alors que c’est une expérience importante qui permet de relativiser, de casser cette mystification et ce fantasme qu’ont les groupes européens pour la scène américaine. On a eu un bon accueil, les gens étaient étonnés de voir des européens avec autant de personnalité. Les Etats-Unis sont un territoire comme un autre sauf que les conditions de tournée sont déplorables. Un concert n’a pas la même valeur culturelle qu’ici.

Comment doit-on interpréter la pochette de votre album?

C’est un travail très personnel parce qu’en fait c’est Fabrice, mon frère, qui a fait toutes les photos. Ce sont des photos de tournée, d’enregistrement, d’objets. L’idée était de mettre en valeur des éléments anodins ou rébarbatifs (des détails de rue, de vie commune et quotidienne au groupe) pour faire ressentir des chose plus ou moins agréables. On voulait jouer sur le contraste et les émotions. L’ensemble de la pochette est dans des teintes jaunes et bleues, et l’intérieur contient des images rouges. C’était pour nous, un moyen d’exprimer le travail qui a été fait sur l’album, qui est un travail d’ouverture sur les sentiments.

Quelle est la différence entre Prohibition sur scène et en studio?

Je pense qu’on découvre sur scène des éléments que l’on ne retrouve pas sur disque et inversement. La musique prend une ampleur plus dimensionnelle sur scène. On a fait un travail plus réfléchi en studio qui se ressent sur disque, alors que sur scène tout ce qui est plus délicat disparaît au profit de l’efficacité et de l’énergie.

Vous qualifiez le groupe de projet évolutif. Jusqu’où Prohibition peut-il donc aller?

Le groupe nous a donné envie de faire un label donc c’est déjà évolutif. Au niveau artistique, on a dit des choses, on s’est remis en question, on a évolué, on a mûri. On a encore des choses à chercher et à dire. Là, on est en tournée donc je ne réfléchis pas trop à une création prochaine. Avant l’album, il y a eu un travail avec Yves Robert qui est un tromboniste de jazz; on a refait des compositions ensemble qui nous ont pris pas mal d’idées, d’énergie. Entre chaque disque, il y a une évolution franche et marquée malgré qu’il y ait un fil conducteur. Si leprochain album, on le veut minimaliste et calme, on le fera comme on peut avoir envie d’un truc hyper bruyant.

Quelle est l’activité de Prohibited?

Patton et Heliogable sont en train de composer, Purr s’est séparé et certains ont déjà de nouveaux projets. Quant à Pregnant, le disque va sortir à titre posthume puisque le groupe s’est également séparé.

Comment réagi Prohibited face à ces splits?

Forcément, d’un point de vue humain, moral et économique, ce n’est pas bon quand un groupe se sépare parce que c’est un investissement personnel et économique. C’est vrai qu’après, il y a des paramètres que tu ne peux pas toujours contrôler. Je trouve qu’il y a une fâcheuse tendance des groupes français à paniquer et se séparer quand les choses commencent à prendre forme.

Est-ce que Prohibition est influencé d’une manière ou d’une autre par les groupes signés chez Prohibited?

Je pense que l’on a chacun une interaction sur les autres et peut-être plus en fait un courant général qui marque. I1 y a toujours une part d’influence de ton environnement mais quand on joue notre musique je pense que l’on a la conviction de faire quelque chose de personnel. On trouve ce phénomène chez des groupes plus jeunes. Je ne dis pas que nous sommes de vieux grand-pères mais cela fait quand même un moment que l’on fait notre truc. L’influence vient plutôt de chacun des membres du groupes. J’ai eu envie de faire une « chanson », on l’a faite et tout le monde était content.

Si tu veux rajouter quelque chose, c’est le moment…

C’est bien de voir que dans chaque ville, il y a des gens qui s’organisent pour faire bouger les choses. Je crois beaucoup aux démarches solidaires et indépendantes. C’est vrai qu’après, cela demande un sérieux et un souci économique qui est à prendre en compte. I1 faut que les gens arrêtent de raisonner en oubliant la partie économique et financière, même si l’artistique et l’engagement sont en premier lieu. C’est là que le problème réside et c’est un moyen de clore une interview sans dire « tout va bien, c’est super ». C’est un point important sur lequel il ne faut pas non plus se traumatiser.

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