Interview : Powell (09-2007)

Entame classique, pouvez-vous revenir très brièvement sur la naissance du groupe?

Powell est né de la rencontre de Rity et Dimitri en 2003. Rity avait des idées qu’il proposait d’essayer de développer. Très vite des ébauches de morceaux sont sorties de ces quelques rendez-vous. On a senti tout de suite qu’il fallait concrétiser quelque chose. Comme un état d’urgence.Du coup Dimitri a présenté Joris (batteur depuis quelques mois) qui, à son tour, nous a présenté La Djag (basse). Les premières compositions ont vu le jour très rapidement et premier concert après à peine 4 mois d’existence. Dans la foulée, nous avons enregistré notre premier maxi, « November Landscape« .

Votre premier album sort après deux maxis plutôt bien accueillis. Dans quel état d’esprit l’avez-vous abordé et comment le jugez vous avec du recul?

Powell en concert

On a voulu travailler différemment. Non pas dans l’urgence des premiers maxis, enregistrés « live » et mixés dans ce sens, mais en prenant plus de temps pour composer et en privilégiant notre approche du studio et des possibilités d’arrangements. « Silent Clashes« , c’est l’image d’un choc sans le son. C’est comme s’il manquait un élément de lecture à l’image. Nous avons donc cherché à proposer un univers sonore à ces collisions silencieuses. Ce sont les enchaînements de ruptures franches, de passages aérés et d’autres plus percutants qui provoquent la sensation de collision. Ce sont des tentatives de « mise en son » de notre représentation d’un choc. On a donc mis plus de temps à le finaliser, car plus exigeants sur les effets et le mixage; toujours auprès de Thierry Chassang à Master Studio. Du coup, « Silent Clashes » nous semble réussi car c’est à nos yeux un album plus massif mais aussi plus fluide dans le choix et l’enchaînement des titres, sans pour autant dénaturer ce que sont l’univers, l’énergie et le son de Powell en ce moment.

Quel regard portez-vous sur votre évolution depuis le début?

Intéressante, car nous l’avons vécue tous ensemble lors des précédents efforts discographiques et sur scène auprès du public. Nous avons porté à chaque étape importante du groupe un regard critique sur son évolution. Il est vrai qu’après chaque conception d’un disque, nous avons le sentiment de terminer un cycle. Et à chaque nouveau cycle de composition, on se rend compte que la musique de Powell change et évolue vers d’autres univers et/où en conforte d’autres. Aujourd’hui, nous sentons tous que nous avons bougé musicalement, gagné en maîtrise de nos instruments et qu’humainement nous nous connaissons mieux dans le processus de création. Nous mettons de plus en plus de temps à composer car nous sommes de plus en plus exigeants dans la conception. On fouille davantage. On épuise au maximum chaque idée quitte à s’en séparer par la suite. Et puis, au fil du temps, le raya Powell s’est agrandi avec Fuzz au son, Mattshowman de Yr Letter Records, Niko « El President » qui nous suit souvent, Yann à la lumière, et Steve qui s’occupe des photos et vidéos.

D’où vient ce désir de mélanger allégrement passages noise et bruitistes et d’autres plus pop et mélancoliques?

On ne sait jamais à l’avance si un morceau va sonner pop ou noise, si à tel moment nous devons créer une plage musicale plus aérée ou plus intense. Rien n’est figé dans tel ou tel style. Les morceaux s’imposent d’eux-mêmes. La musique de Powell se construit dans l’immédiateté. Nous sommes faits comme tout être humain d’états psychologiques changeants. L’être humain peut être drôle, violent, tendre, perturbé, dépressif… C’est dans ces états d’esprit que naissent les idées, et nous les construisons ensemble avec nos « états » respectifs du moment et la manière dont ils traversent nos corps.

Vous avez tous des influences différentes qui ont peut-être tendance à se rapprocher avec le temps. Voyez-vous cela comme un danger de perdre une certaine originalité, ou est-ce pour vous le signe d’une osmose bien trouvée?

Il est vrai que l’on partage plus aujourd’hui de références musicales. Cela ne bouscule en rien l’évolution musicale de Powell car chacun de nous garde en lui des goûts musicaux forts qui sont marqués pour la vie. L’osmose est bonne car chacun répond à l’autre avec ses sensations musicales. Dernièrement nous avons invité Clélia Véga (www.myspace.com/cleliavega), une chanteuse nourrie d’autres influences, à poser sa voix sur un nouveau titre. Cette collaboration nous a tous enrichi, et a embarqué notre musique vers d’autres horizons. C’est une expérience que l’on aimerait renouveler. C’est en confrontant notre feeling individuel et collectif avec ceux d’autres musiciens (de temps en temps, dans la mesure du possible) que nous continuerons d’avancer et éviterons de nous enfermer dans un seul univers.

À l’écoute de votre musique, on pense à l’émo US et à la noise française des années 90; deux courants qui ont connu leur heure de gloire à un moment ou le contexte et la conjoncture y étaient favorables. Regrettez vous parfois d’arriver dix ans après des groupes comme les Portobello Bones, à une époque beaucoup plus difficile pour les groupes de rock, ou l’on trouve moins facilement des opportunités et lieux pour jouer?

Dimitri et Rity sont faits de cette musique-là. Mais, il n’y a pas de nostalgie de cette époque ni une volonté de reproduire ce qui a été fait par d’autres. Mais putain, c’était bon! Portobello Bones, Condense, Fugazi, Quicksand, Chokebore (et d’autres)…sont des groupes phares pour nous. Au début des années 90, beaucoup de groupes ont apporté quelque chose de novateur dans le rock. Le côté bancal, le côté brut et minimal, la dissonance des guitares… On pense à « Slip » de Quicksand, à « 13 songs », « Repeater », « Red Medicine » (et les autres albums) de Fugazi, au premier album de Rage Against The Machine, à Nirvana, à Jawbox, à « Placebo » et « Genuflex » de Condense… C’est une liste sans fin. Il est vrai que la musique de Powell a des ambiances proches de cette époque. Cette étiquette nous poursuit un peu mais nous trouvons ça plutôt flatteur d’être comparé à cette mouvance 90 et au rock de Washington DC. Dans tous les arts vivants, la nouveauté n’existe que par la nourriture de ce qui a déjà existé.

Craignez-vous d’être assimilés à une scène screamo qui souffre, parfois à tort, d’une connotation souvent puérile et adolescente?

On fait du rock. Un rock tendu, parfois aéré. On se reconnaît dans une démarche et un état d’esprit peut être plus proche du punk dans son ensemble. Que l’on nous qualifie de screamo, émo, indie… Quelle importance! On nous a même catalogués « métal » parfois!! Ce ne sont que des mots et les mots ne font en rien la musique. C’est une affaire de critiques et non de musiciens.

Powell, c’est deux voire trois chants. Comment vous le répartissez-vous?

En général, c’est Rity qui est en chant lead. Dimitri chante de plus en plus et Joris place des choeurs en fonction de ce qu’il entend et de son feeling. Rien n’est décidé par avance. Chacun prend sa place selon les compositions et selon les sollicitations des autres. C’est une question de texture de voix, d’énergie, parfois de contraintes techniques dues à l’instrument. Mais comme pour la composition musicale, on essaie des choses et on avise par la suite si cela colle avec l’univers musical, où au contraire le dénature.

En revanche, il me semble que les textes sont écrits par un seul d’entre vous. Quels sont vos thèmes de prédilection?

C’est Rity qui écrit les textes. Les textes de Powell sont comme des descriptions de Polaroids, des instants précis volés au hasard de la vie ou bien des images intérieures. À partir des images naissent des sensations que le texte essaie de retranscrire. Il n’y a pas ou peu de narration pour ne pas trop diriger la lecture. Juste des suggestions. Laisser la place à l’auditeur de se créer son propre univers nous semble important. C’est comme une approche photographique. Tu vois une image, une forme esthétique et tu en gardes une sensation forte qui te touche. Tu montres cette même image à une autre personne et tu auras une autre lecture. Les textes de Powell ne sont pas vraiment gais. Ce ne sont pas non plus de longues complaintes pleurnichardes. Ce ne sont pas des manifestes politiques. On ne sait pas le faire et faire du rock est déjà pour nous un acte politique. Il y a toujours ce souci d’essayer d’être au plus près de la musique. Les thèmes sont très variés, mais au fil du temps, on se rend compte que la solitude (subie ou non) et la difficulté des rapports humains dans le monde contemporain et particulièrement dans le milieu urbain sont des thèmes qui reviennent souvent.

Le jeune label YrLetter vous suit quasiment depuis vos débuts. Comment s’est passée la rencontre?

Matt nous a contactés en 2004 pour avoir un exemplaire de « November Landscape » suite à la chronique parue dans un numéro de Rocksound, afin de l’écouter et pourquoi pas en parler dans son webzine Joining The Circus. Puis, très vite, il nous a proposés de créer et gérer le site internet du groupe. Comment refuser une telle générosité? Puis de contacts en contacts, on a fini par se rencontrer et devenir amis. Et Mat a décidé de monter son label Yr Letter Records et nous a proposés de participer au split album avec Clumsy, Down To Earth et Atomic Garden. Inutile de réfléchir, on a foncé pour rejoindre le projet de notre pote! Et puis il paraissait normal de continuer de travailler avec lui pour « Silent Clashes » car avec MattShowman, les rapports sont simples, clairs et honnêtes. Cette rentrée, Yr Letter Records sort également le nouvel album de Down To Earth et de Jonah Matranga.

D’ailleurs, vous êtes la seule référence du label à bénéficier d’une distribution nationale. Pourquoi ce traitement de faveur?

Au départ, nous devions sortir l’album en partenariat avec Yr Letter Records et Syncope Management, un label manceau avec qui nous avions envie de tenter quelque chose. Mais notre collaboration avec Mathieu (encore un) de Syncope n’a pas fonctionné pour diverses raisons, mais il a toutefois tenu à nous trouver une distribution (Season of Mist). Nous le remercions au passage.

Vous y avez donc sorti un split avec trois autres groupes. Quelles en ont été les retombées? Des amitiés en sont-elles nées?

La démarche courageuse de Mattshowman de réunir 4 groupes et le contenu du split ont été bien accueillis par la critique et le public. C’est un bon disque. Nous n’avons pas rencontré Clumsy, avons aperçu Atomic Garden le temps d’un concert de Powell à Clermont-Ferrand mais c’est avec Down to Earth que nous avons partagé le plus de temps. Nous sommes allés jouer avec eux dans leur fief girondin et ils sont venus au Mans en octobre 2006. Ce sont de super mecs avec qui on s’entend vraiment bien et les deux groupes vont tenter de partager le plateau ensemble durant la saison.

Vous avez déjà une tournée outre-Manche à votre actif. Comment s’est-elle passée? Qu’en retiendrez-vous? Avez-vous quelques anecdotes croustillantes? D’autres sont-elles prévues?

C’est suite à une rencontre sur Myspace avec un groupe Anglais, Helsinki 7, que s’est mise en place la tournée. Joris était en contact avec le groupe et ensemble ils ont réussi à nous trouver 6 dates en 9 jours. Excitante expérience. Partout l’accueil était terrible. Les Anglais ont le feu et dès la fin du premier morceau, tu sens de suite si le public accroche ou pas. Nous avons joué dans plusieurs cas de figure, de la salle des fêtes de village à Northwich, au bon vieux pub à Manchester… Mais surtout au club rock « Rockers » à Glasgow qui restera un moment très fort pour nous tous. Super lieu et concert explosif ce soir-là, peut être grâce à la bière Ecossaise…

Des anecdotes ????…..

Dimitri qui parle comme un lord Anglais lorsqu’il boit trop, La Djag et son régime alimentaire bières/chips, Joris et Rity en négociation délicate avec la police suite à une altercation avec deux jeunes minettes agressives, un Anglais ivre que l’on a embarqué et qui a vomi partout à l’arrière du camion… Bien sûr, on aimerait beaucoup repartir là-bas. Le groupe est ressorti encore plus fort et soudé de cette expérience. En revanche, nous repenserons l’organisation car elle n’était pas toujours claire et précise sur des détails pratiques et financiers. Du coup, ce petit voyage nous a un peu coûté. Mais bon, quand y’a du plaisir… A l’avenir nous projetons de repartir aussi en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Nous avons des contacts par là-bas avec d’autres groupes avec qui nous aimerions faire un échange de dates. Don Vito, trio allemand déjanté de Leipzig, est venu jouer chez nous l’année dernière. Ils nous attendent par chez eux. Il faut juste s’organiser car partir sur de longues périodes est compliqué du fait que nous avons tous des boulots à côté du groupe.

Avec Outrage dans un autre genre, vous êtes le seul groupe du Mans qui parvienne à durer et voyager. Comment l’expliquez-vous?

C’est Joris qui s’occupe de trouver des dates. Et crois-moi, c’est pas facile et ça prend beaucoup de temps et d’énergie quand tu gères tout par toi-même. Prendre la route, rencontrer d’autres groupes et d’autres gens sont de réelles motivations. On ne conçoit pas la musique autrement qu’un temps de partage et de plaisir entre nous au local, et sur scène avec le public. Nous essayons aussi de fonctionner sur le modèle de l’échange avec les autres groupes. Les inviter chez nous et jouer par chez eux. Il y a d’autres groupes du Mans qui voyagent, mais dans un autre style musical je te l’accorde. Outrage est sans doute le groupe qui tire le mieux son épingle du jeu. Ces gars-là commencent à avoir une réelle l’expérience en 10 ans d’existence et beaucoup de dates au compteur. Le problème de la diffusion est un sujet vaste et délicat. Quand tu n’as pas de structure encadrante ni personne à plein temps, c’est le système D, ça demande beaucoup de temps de se créer un réseau et ça peut devenir très vite compliqué de jouer hors de sa ville.

Vous êtes tous très occupés en dehors du groupe. Notamment Rity qui est également danseur. Est ce que ce sont deux choses complémentaires pour toi ou y trouves-tu des points communs?

Un processus de création en danse contemporaine s’élabore autour d’une réflexion mais aussi de comment le corps réagit autour de contraintes physiques et d’espace… La danse contemporaine s’écrit dans un souci esthétique de sensations, d’images et de sons avec le corps comme instrument… La composition musicale est régie par des phénomènes semblables. Seul l’instrument de musique remplace le corps en mouvement. Pouvoir créer dans les deux domaines est pour moi une richesse incroyable car l’un appelle toujours l’autre. C’est instinctif, intuitif. Quand je danse, je pense toujours à la musicalité et quand je joue de la musique, malgré moi je la danse. C’est ma façon de vivre ces deux arts. Etre interprète en danse contemporaine ou en musique sont des choses distinctes de par la préparation et les contraintes techniques mais les deux disciplines ont un but esthétique et cherchent à générer des sensations auprès du public. C’est du spectacle vivant, qui veut dire un engagement entier du corps dans une configuration scénique.

Comment voyez-vous évoluer le groupe avec le temps et que peut-on vous souhaiter de mieux pour l’avenir?

Tant que nous aurons du plaisir à jouer ensemble et devant un public, le groupe évoluera à son rythme. La notion de plaisir est la base de Powell. L’évolution ira dans ce sens. Pour l’avenir, on verra demain!

Deux d’entre vous ont passé la trentaine. Comment obtient-on une telle maîtrise du déambulateur?

JEUNE CON!!! Heureusement qu’il y a la drogue, le Viagra et la bière pour nous faire tenir! Regarde Motorhead, regarde No Means No, regarde Tool, regarde Shellac, regarde Charles Aznavour, regarde Elvis… Non, pas Elvis.

Dernière question, à vous de me la poser…

Retour de question! Dans les années 80/90, à l’heure de gloire où les fanzines jouissaient d’une conjoncture et d’un contexte favorables, regrettes-tu cette époque quand on sait qu’aujourd’hui on privilégie la forme sur le fond dans beaucoup de presses rock? Sinon, quand est-ce que tu viens au Mans récupérer tes disques de Jean Luc Lahaye et des Forbans?

Permets moi juste de te rappeler que nous n’avons pas le même âge, et que nous n’avons aujourd’hui en commun que la bière, la drogue, NoMeansNo, Tool et Shellac… Pour les petites pilules bleues, j’espère tenir un peu plus longtemps que toi… Je n’aurai donc pas la prétention de revenir sur cette « heure de gloire », Bokson étant arrivé sur le tard et grâce à des lectures comme Kérosène qui était déjà une forme très avancée du fanzinat… Quelque part, je le regrette, mais si internet a sûrement tué un peu tout cela, il a le mérite d’apporter de l’information fraîche tout en étant animé d’une même passion… Cela dit, les fidèles du papier ont toujours tout notre respect et notre admiration. Pour y être passé, on sait le travail et la volonté que cela représente. Quant aux disques, vu que votre album est maintenant sorti et que tu n’as plus besoin de sources d’inspiration, je veux bien les récupérer. Et d’ailleurs, n’oublie pas qu’il y avait aussi un Jesse Garon que tu n’arriveras pas à me chaparder…

Le mot de la fin, si vous le voulez bien…

Merci au rock, au punk, à tous les arts contemporains, à l’humour, aux gens passionnés et à toutes ces énergies humaines et associatives qui se bougent dans tous les domaines et qui font que le monde est parfois moins lisse. Et longue vie à Bokson.net!

Ecoutez « Silent Clashes« .
Album disponible ici.

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2 réponses à Interview : Powell (09-2007)

  1. moi 16 juillet 2016 à 15 h 04 min #

    tip top comme dab!!! hum!! fuck love!!! cool gut!!!apluche c

  2. moi 16 juillet 2016 à 15 h 05 min #

    ouhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhla même

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