Interview – Polock, l’autre révolution espagnole

Cela fait plus d’un an que Polock a sorti son premier album. Un an que le groupe espagnol ne cesse de le défendre aux quatre coins du Monde, au point d’être devenu – selon les oreilles averties – un des grands espoirs pop rock du Vieux Continent. Concert après concert, le quintet convainc, séduit et donne furieusement envie de connaitre déjà la suite de son inspiration. Début juin, il passait par la France: l’occasion parfaite pour tailler le bout de gras, et savoir ce que ces cinq hispaniques avaient derrière la tête.

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Vous jouez pour la première fois en France ces jours-ci. Comment vous présenteriez-vous au public français qui ne vous connait pas beaucoup encore?

Nous sommes cinq mecs de Valence, en Espagne, et on joue des chansons pop-rock.

Cela vous dérange t-il, ou trouvez-vous injustifié, que l’on vous compare constamment à Phoenix?

cita1Que l’on nous compare à un groupe aussi important que Phoenix, c’est plutôt positif pour nous. Ce n’est vraiment pas dérangeant et, quelque part, ça doit certainement signifier qu’on a fait du bon boulot… Les gens ont toujours tendance à chercher des références lorsqu’ils entendent des chansons de nouveaux groupes. C’est inévitable. La comparaison avec eux est donc plus un honneur qu’autre chose, d’autant que c’est un des groupes les plus intéressants à l’heure actuelle. On les aime beaucoup, et on a même eu l’occasion de les rencontrer lors de l’enregistrement de notre disque à Berlin.

Justement, vous avez passé deux mois à Berlin pour y enregistrer ce premier album. Pourquoi cette ville? A t-elle eu une certaine influence sur la composition en studio, ou sur l’enregistrement?

Berlin est une ville qui nous attirait tous beaucoup. En plus, le studio d’enregistrement de notre producteur Berend Intelmann, avec qui étions en contact durant un an avant l’enregistrement, est là-bas. Nous voulions également nous déconnecter de tout, nous concentrer 24 heures par jour sur l’album. Il était donc nécessaire de bouger. Nous avons passé deux longs mois à vivre ensemble dans la même maison, et ça été une expérience formidable pour tout le monde.

polock2Vous étiez vous fixés un objectif au moment de la sortie de « Getting Down From The Trees »?

Les objectifs ont toujours été en rapport direct avec la musique: faire un bon disque, partir en tournée pour le presenter de la manière la plus fidèle possible. Nous n’aurions donc pas pu imaginer que le disque sorte très rapidement au Japon, en Angleterre, aux USA, etc… Vu que c’est notre premier, on était un peu sur le cul au départ. Mais on est super contents de tout ce qui s’est passé. C’était assez inattendu, mais vraiment cool.

En tout juste deux ans, il vous est effectivement arrivé pas mal de trucs, certaines choses que des groupes attendent parfois toute une vie: une première partie de Franz Ferdinand en live sur MTV, un premier album très bien reçu par la critique, non seulement dans votre pays d’origine, mais aussi en Angleterre, aux Etats-Unis… Une tournée à l’appui dans ces pays … Tout a été très vite pour vous non? Pensez vous que c’est la juste récompense du temps pris pour bien préparer cet album?

Avant d’arriver à tout ça, on a tourné non-stop pendant deux ans dans toute l’Espagne, où parfois on jouait devant 13 personnes… C’est clair, les deux dernières années ont été plus qu’intenses pour nous, et la patience a sûrement été la clé de cette progression. Tu as raison, même si l’important au final, ce sont les chansons. Sans bonnes compositions, la patience peut seulement t’aider à passer le temps…

Quand tout va si vite, avez-vous vraiment le temps d’assimiler ce qui se passe? Passer de répéter dans un local de Godella, à jouer au festival SXSW en un peu moins de deux ans, peut en déconcerter plus d’un…

Nous sommes très à l’aise avec tout cela. On a les pieds sur Terre. Finalement, on se rend compte que l’on ne donne pas autant d’importance que ça à tout ce qui nous arrive. On le vit de manière plutôt détendue, c’est tout. On a tendance à assimiler après coup. On profite un maximum du moment présent. Un évènement comme le SXSW, si tu réfléchis, tu ne t’amuses pas… On a le temps d’y repenser une fois qu’on rentre se poser, qu’on a le temps de regarder un peu en arrière. Tout est positif jusque-là.

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D’ailleurs, pouvez-vous nous dire maintenant comment vous avez vécu cette expérience du SXSW? Beaucoup pensent que, bien qu’il soit le plus grand rassemblement de l’industrie de la musique à travers le monde, les groupes finissent par jouer devant des gens qui les connaissent déjà. Avez-vous pu ressortir quelque chose de vraiment concret de cet évènement, en dehors de l’expérience incroyable que cela peut représenter pour un musicien?

Au contraire, c’est une belle occasion pour nous de rencontrer des gens qui nous voient pour la première fois: soit parce qu’ils ont entendu parler un peu du groupe, soit par un total hasard. C’est un truc plutôt magique. Là bas, il y a tellement de musique en live partout, que tu te retrouves souvent bouche bée devant un groupe dont tu n’avais jamais entendu parler. L’offre monstrueuse et de qualité, c’est tout le charme de ce festival. Au niveau du groupe, nous avons été surpris par l’affluence vraiment cool à nos concerts.

Entre concerts et promo, il y a beaucoup de temps morts. Vous les consacrez à quoi? Vous planchez déjà sur ce que pourrait être un début de deuxième album?

cita2Nous sommes constamment en activité. Quand on ne se prépare pas pour un concert, on enregistre dans le home-studio de Pau. Il vient d’ailleurs d’y enregistrer une bande originale pour un court métrage. On adore aussi le cinéma: on y va beaucoup, et on passe beaucoup de temps à en parler ensuite… Le prochain album, c’est quelque chose que nous avons déjà beaucoup à l’esprit. On en a déjà beaucoup parlé, il y a pas mal d’idées, mais on veut bien le préparer.

C’est une approche stéréotypée, mais il est vrai que le deuxième album n’est jamais facile. Comment voyez-vous cette prochaine étape?

C’est un moment très spécial pour nous, on arrête pas d’y penser. Mais pour être sincère, on a confiance en nous et en nos capacités à faire du bon boulot. Évidemment, c’est une étape importante.

polock4Pensez-vous que vous devriez profiter de votre médiatisation actuelle pour enchainer rapidement sur quelque chose de nouveau? C’est plutôt tentant non?

Franchement, on ne pense pas comme ça. On profite plutôt de tout ce qui s’est passé. On est en pleine tournée, on revient de trois grosses semaines en Angleterre, et on va faire pas mal de festivals cet été un peu partout. Chaque chose en son temps, on ne veut pas bousculer ce qui est déjà prévu, juste pour profiter de cette bonne passe que l’on traverse actuellement. Dans quelques mois, on te dira peut être que l’on s’est trompé. Mais au final, ce qui compte toujours, ce sont les chansons, pas le moment de leur publication. Si les chansons sont bonnes, le public sera de nouveau au rendez-vous.

Vous êtes maintenant un exemple pour la scène alternative en Espagne, la preuve qu’il est possible pour un groupe espagnol d’avoir du succès au delà de ses frontières. De toute évidence, le fait de chanter en anglais vous a pas mal aidé. C’était un choix incontestable dès vos débuts?

Lorsque nous nous réunissons pour composer, on ne se pose jamais cette question. C’est complètement naturel pour nous d’écrire en anglais. Nos groupes préférés chantent dans cette langue, et quand tu commences à jouer dans un groupe, tu veux toujours un peu imiter tes idoles. Pour nous, le rock n’existe que dans une seule langue, l’anglais. Et puis, c’est clair qu’il est très compliqué de percer dans le monde du rock en chantant en espagnol. Mais ce n’est pas quelque chose qui était calculé dès le début. Comme je t’ai dis, on voulait sortir un disque et tourner. Le reste, ça nous est arrivé grâce au bon taf de notre manager, de notre maison de disque, et sûrement grâce aux bonnes chansons. On en revient toujours au même. Chanter en anglais, c’est certainement un avantage, mais des millions de groupes chantent en anglais. C’est pas si simple de percer au milieu de tant de groupes, le niveau est très élevé.

Quand vous lisez que, selon The Fader (US) et Dazed and Confused (Royaume-Uni), vous êtes le groupe espagnol sur lequel il faut compter en ce moment; que selon Les Inrocks, « la meilleure chanson pop britannique du moment vient d’Espagne »; que pour Loaded, « ce disque serait un classique indie s’il avait été écrit par un groupe anglais »… Ca donne le vertige non? Ça met la pression pour la suite ou, au contraire, c’est juste une récompense du boulot bien fait, des encouragements pour la suite?

Je ne vais pas te cacher que ça impressionne pas mal de lire ce genre de trucs sur ton groupe. Mais surtout, ça nous pousse à en profiter, et à continuer en pensant aux prochaines étapes.

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