Interview : Picore (04-2004)

Pouvez vous présenter chacun des membres et leurs parcours musicaux jusqu’à Picore?

Le groupe est une somme d’individualités ayant chacun un parcours et des influences pas forcément faites pour s’entendre à priori, donnant le Hip-Indus, l’ethno-noïze, le ska-hop, ou la trance baroque.Picore se construit très souvent sur le paradoxe et représente une sorte d’amnésie sonore pour chacun d’entre nous.

Que pensez vous que vos précédentes expériences apportent à la musique de Picore?

Ca fait partie de la spécificité du groupe. On se dit souvent que le simple fait d’avoir maintenant plus de deux ans d’existence et survivre avec tous ces paradoxes est en soit quelque chose de plutôt miraculeux…

Dans la vie de tous les jours, en quoi votre musique reflète vos caractères respectifs?

En gros, est-ce qu’on est aussi rabat-joie dans la vie de tous les jours?

Pas vraiment, même si le sentiment d’absurdité face au monde qui nous entoure et dont, il faut bien le dire, nous faisons partie, est un sentiment bien réel. Un certain goût pour l’inopportun et le décalé font aussi partie de nos personnalités, c’est sûr. Mais en réalité, il est fort possible que ce soit plus le monde tel qu’il vient à notre perception que nous mêmes, qui soit reflété dans notre musique.

D’ailleurs, Picore, pourquoi ce « nom d’oiseau »?

En fait, Chevreuil était déjà pris. Sinon, il y avait Gibier, Sandwich, Diabète. Mais l’essentiel dans le choix d’un nom de groupe, c’est qu’il sonne bien avec « le groupe » devant.

Vous êtes de l’entourage de Jarring Effects sans pourtant être sur le label. Que vous apporte la structure? Sentez vous une certaine frustration, un sentiment d’exclusion de ce fait par rapport aux autres formations?

Pas du tout . On ne se situe pas de la même manière vis à vis de Jarring que les autres groupes signés par le label, qui eux, vivent de la musique et font vivre le label. Au départ, on avait simplement choisi d’aller répéter dans leurs locaux parce qu’il y avait un créneau de libre! Ensuite, il y a eu High Tone qui passait par là, un jour où on répétait et qui nous ont proposé de jouer en première partie de la sortie de leur album « ADN » au Pezner. C’est après qu’on a vraiment commencer à « profiter » de ce qu’on pourrait plutôt qualifier d' »accompagnement »: premier album dans des conditions « nectar » dans leur studio, quelques plans concerts, des coups de pouce sur la com’, divers contacts… Ce qui crédibilise forcément un petit groupe qui sort à peine de son bocal. Parallèlement, et petit à petit, on a commencé à participer et à plus s’impliquer dans la vie associative du label en filant des petits coups de mains par ci sur un concert, en déchargeant deux ou trois cartons de disques par là, en participant à une ou deux réunions… Des trucs tous cons quoi, sans prétention et simplement à la hauteur de ce que chacun peut mettre dans l’aventure. A partir de là, il n’y a vraiment aucune raison d’être frustré ou de se sentir exclu. Bien au contraire. On continue d’avancer à notre rythme, dans les directions artistiques que l’on veut, en étant autonome (auto production), mais tout en bénéficiant de l’aide de Jarring et en prenant plaisir à participer aux projets et activités du label.

Comment définissez vous concrètement votre musique? Acceptez vous le rapprochement, certes facile, avec le novo dub?

Musique cossue pour adolescents déprimés, musique ethnique pour surfer au Mozambique, Musique Occidentale Accidentelle… Voilà des manières concrètes de définir notre musique. En ce qui concerne le novo dub et toute la musique qui s’y rattache, c’est vrai qu’on a d’abord été « adopté » par cette scène-là parce que le dub actuel n’a plus toujours grand chose à voir avec celui des King Tubby ou Lee Perry et qu’il se trouve souvent entre plein de choses et plein de choses, le cul entre 36 chaises, et qu’il refuse souvent d’en choisir une… Nous, c’est pareil, même si on n’a pas vraiment l’impression de faire du dub (sauf de temps en temps mais c’est plus pour le clin d’oeil qu’autre chose…). Pour faire simple, on accepte le rapprochement mais pas forcément l’affiliation.

Beaucoup de groupes de votre genre se construisent leur propre univers, que ce soit graphiquement ou scéniquement. Pouvez vous nous décrire le vôtre?

Graphiquement, notre identité est volontiers décalée et plutôt versatile. On aime bien détourner des objets et des symboles de la vie moderne pour leur redonner une nouvelle lecture moins évidente…

Sur scène, c’est par contre un peu plus indus et psychédélique. On aime bien associer un coté visuel à une musique électronique (non jouée à priori) et proposer une musique qui se regarde autant qu’elle s’écoute.

Pensez vous que cela soit obligatoire pour une musique essentiellement instrumentale?

C’est en effet très important tout court! On confond trop souvent étiquette et identité. L’univers entendu d’un rappeur, c’est sa belle bague au doigt et son pitbull; celui d’un mec qui fait du goth, c’est sa belle bague aussi mais avec son corbeau sur l’épaule, etc. On a malheureusement l’impression que plus le musicien veut s’inscrire dans un mouvement, moins il souligne son identité propre. Le fait est que pour un groupe qui brouille les pistes (volontairement ou non) et qui met dans l’embarras le disquaire quand il doit le caser dans tel ou tel bac, la question de l’identité se pose plus que celui de l’étiquette.

« Discopunkture » n’est pas dénué de messages. De quoi traitent vos coups de gueule?

On pourrait dire que le fond des textes réside dans la torture que nous impose toutes les contradictions qui se bousculent dans nos têtes. Le système résume assez bien cet état d’anxiété. Pourquoi fustiger le système quand le système c’est toi? Les textes s’appliquent plus à montrer l’absence de balises, quand on essaye de naviguer dans le brouhaha idéologique de nos sociétés, qu’à en poser de nouvelles. Du conformisme à la protestation , il y a souvent une bonne dose de mauvaise foi…

Quel but cherchez vous à atteindre aujourd’hui?

Provoquer quelque chose chez celui ou celle qui jette une oreille sur notre musique. Dans l’idéal, un certain vertige… Mais bon, pour ça, il faut travailler!

Quels sont vos projets?

Une éventuelle distribution nationale pour l’album. Composer à nouveau, avec de nouvelles idées, de nouveaux matériaux, tout en consolidant ce qu’on a essayé de faire passer la première fois. Après, en fonction de ce qui en sortira, une petite tournée en automne et pourquoi pas un nouvel album l’année prochaine. On verra.

Que ferez vous après la fin du monde?

Du Post-Armageddub. Dormir paisiblement sans avoir jamais plus à se soucier de l’heure à laquelle va sonner le réveil.

Le mot de la fin…

Liechtenstein

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