Interview : Pete Philly & Perquisite (07-2006)

Votre album est sorti il y a plus d’un an maintenant, pourtant il y a encore beaucoup de gens en France qui n’ont pas encore eu la chance de le découvrir. Comment le présenteriez-vous à ceux-là?

Pete Philly: Je ne suis pas sûr… Hip-hop… Un mélange de plein d’influences, du moment que c’est de la bonne musique!

Perquisite: Je pense qu’on peut dire que c’est du hip-hop à l’esprit ouvert.

Pete Philly: Disons qu’on évite autant que possible de se revendiquer comme faisant partie d’une catégorie. Le fait de chercher à se rapprocher d’un courant musical particulier, ça restreindrait notre créativité d’une certaine manière.

Pete Philly & Perquisite

Vous êtes originaires d’un pays que l’on connaît peu pour sa musique, les Pays-Bas. Est-ce pour autant plus difficile de se faire connaître dans le monde? Comment se passe la propagation de votre musique?

Pete Philly: C’est essentiellement à travers les tournées, parce que c’est en concert qu’on est le plus fort. On essaye de vraiment donner un show, on essaye d’être créatif.

Perquisite: On a fait le cd à deux, et quand on a eu fini, on a dû se demander comment le mettre en scène. On a pas mal réfléchi à la question parce que c’est un vrai album de studio, et qu’on cherchait vraiment à faire des scènes qui marquent le coup.

Pour parler plus généralement de musique, quelle est votre formation initiale? Comment avez-vous commencé à pratiquer?

Perquisite: En ce qui me concerne, j’ai commencé le violoncelle quand j’avais huit ans, et dans le même temps j’écoutais la radio et ce que mes parents écoutaient: les Beatles, Simon et Garfunkel… Et quand je suis allé au collège, j’ai découvert le hip-hop. Ça a commencé avec des groupes comme Cypress Hill, Wu Tang et tout ça. Ensuite, j’ai écouté beaucoup de groupes comme A Tribe Called Quest, De La Soul, et tout le Native Tongue. C’est par ce biais là que j’ai découvert le jazz puis la soul.

J’ai commencé vers quatorze ans à faire des instrus, tout en continuant le violoncelle, mais c’était deux activités complètement séparées. Et vers dix-huit ans, je me suis senti prêt à faire écouter mes productions, je suis parti aux USA pour essayer d’y faire de la musique, et ça n’a pas marché. J’étais dans le cliché du mec de dix-huit ans qui débarque à New York alors que personne ne l’y attend.

Donc je suis rentré aux Pays-Bas et j’ai monté mon label: Unexpected Records. Mon premier projet, c’était un EP avec un saxophoniste jazz qui improvisait sur ma musique (Perquisite feat. Benjamin Herman – « Outta Nowhere EP »).

Et en gros, c’est comme ça que ça a commencé. Je ne sais plus comment, Pete a entendu cet EP, et il a pris contact avec moi. Quand il m’a appelé la première fois, c’était au moment où je réalisais ma troisième sortie, une sorte de compilation avec plusieurs producteurs et mcs. J’ai tout de suite vraiment apprécié ce que Pete faisait: ses lyrics, son flow, et lui aimait ce que je faisais en tant que producteur. C’était en 2002. On a tout de suite commencé à enregistrer des trucs pour rapidement sortir un six titres. On s’est vite rendu compte en travaillant ensemble qu’il y avait une bonne alchimie entre nous, qu’on avait beaucoup de facilité à créer ensemble, donc on s’est vite dit qu’il fallait commencer à travailler sur un album.

Toi Pete, est-ce que ça a toujours été le hip-hop? Sur votre album, on t’entend souvent chanter…

Pete Philly: Ouais, j’ai vraiment commencé la musique en rappant, mais j’ai toujours pensé que rapper était un moyen excellent d’apprendre à chanter. Si tu sais rapper, tu sais placer ta voix sur un tempo, tes cordes vocales deviennent des percussions d’une certaine manière. J’ai fait partie de groupes de drum n’bass, de P-funk, de hip-hop et même de métal! Donc, j’ai toujours essayé de rester ouvert autant que je le pouvais.

Comment vous pensez que votre musique évoluera pour le prochain album? Dans la continuité du premier ou dans un style différent?

Ensemble: Différent!

Perquisite: Ca va certainement être très différent.

Pete Philly: Quand on travaille, on essaye de garder en tête ce qu’on aime, et ce qu’on pense que notre public apprécie. Mais on veut évoluer. On a déjà fait « Mindstate », le suivant sera plus extrême, avec peut être des tracks sans batterie, que des mélodies, ou l’inverse…

Perquisite: Ce sera moins conceptuel que le dernier. On a déjà pas mal de sons enregistrés pour le prochain album et, contrairement au premier, on réfléchit moins au concept, on est plus dans une logique de création au fur et à mesure, sans prendre autant de recul.

Pour votre premier album, on sent beaucoup d’influences, ce qui n’est pas un reproche. Quelles sont celles que vous revendiquez? Si on vous demande, quels sont les mots ou les influences que vous choisiriez?

Perquisite: Analogique et mélodique! En fait, le but est de trouver un équilibre entre le travail d’expérimentation, qui permet de mettre en avant la créativité, et de continuer à avoir des références que le public est prêt à accepter. On aime faire des expériences, mais on veut que ça reste écoutable. Une chanson comme « Paranoid » est assez expérimentale.

Tout à l’heure, vous faisiez référence au mouvement Native Tongue. Est-ce que, vous-même, vous avez la sensation de faire partie d’une sous-culture hip-hop? Est ce que vous avez la sensation de faire partie d’un « mouvement »?

Pete Philly: Disons que même si on assume le fait d’être influencé par des groupes comme De La Soul, on n’essaye pas pour autant de perpétuer leur musique. On en tire ce qu’on aime et on le mixe avec d’autres influences.

Perquisite: Ma musique, c’est le résultat de tous les sons que j’ai pu apprécier avant. Enfin, c’est un grand honneur d’être comparé à des groupes comme De la Soul, ou Tribe Called Quest, mais c’est un peu frustrant vu qu’on a plein d’autres influences.

Sur votre album, vous avez pas mal d’invités, certains très prestigieux. Je pense à Kweli. Comment êtes-vous entrés en contact avec eux?

Perquisite: Sella est une amie à nous, donc c’était facile. Kweli, c’était plus difficile, on ne le connaissait pas, et on voulait vraiment travailler avec lui. Pas pour des questions marketing, mais pour ce qu’il nous évoquait musicalement.

Pete Philly: Donc Perquisite a juste envoyé un EP au management de Kweli, et l’on n’a pas arrêté de les harceler pour être sûr qu’il écoute les morceaux. Quand on a su qu’il avait écouté et qu’il était chaud pour venir poser sur un morceau, on a profité qu’il passe en concert à Londres pour réserver le studio d’un de nos potes là-bas, et pour lui proposer de passer. On ne savait pas du tout s’il allait se pointer. En plus, c’était dans un quartier assez ghetto, mais il est finalement venu et on a fait le son. C’est aussi un peu ça notre façon de travailler: beaucoup de culot.

Comment s’est passé la rencontre avec Epitaph?

Perquisite: Toujours par un ami! J’avais un autre groupe ou la petite amie du bassiste était l’ex du boss du label! On est entré en contact comme ça, on leur a envoyé nos bandes, et ça leur a beaucoup plu. En plus leurs bureaux en Europe sont à Amsterdam, au coin de la rue où j’habite, ce qui est très pratique. C’est un peu le label parfait, juste à côté de la maison, donc on peut garder un oeil sur eux (rires). En plus, c’est un label qui est capable de toucher l’Europe entière. Humainement et professionnellement, ça se passe bien! C’est un luxe.

Tradition Bokson: Free speech!

Pete Philly: J’espère que tous les français vont écouter nos sons, sans se sentir embarrassés par le fait que l’on vienne d’Amsterdam. Moi, j’adore Paris! J’adore la France! Et j’adore comment le musique hip hop y évolue!

Perquisite: Et je voudrais juste rajouter un truc! Faut que les gens gardent l’esprit ouvert! Pour la musique comme pour la politique, faites-vous vos propres opinions.

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