Interview – Paul Thomas Saunders, un génie tombé du nid

Découvert l’année dernière avec « Lilac & Wisteria« , un premier Ep totalement bluffant, le folk aérien de Paul Thomas Saunders pourrait bien faire chavirer la scène indé en 2013. Fort de sa voix aussi juvénile que bouleversante, il confirmait récemment avec une seconde sortie, « Descartes Highlands », qui lui a permis de décrocher une place en première partie de la tournée de Julia Stone. Rencontre avec ce jeune homme fragile et mystérieux dans les loges du Grand Mix de Tourcoing, avant un warm-up qui n’a pas manqué de donner la chair de poule à une audience captivée et silencieuse.

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Comment se passe la tournée française pour le moment?

Paul Thomas Saunders: Ça se passe vraiment bien. Nous avons donné un concert à La Cigale, et c’était l’une des plus belles salles dans laquelle j’ai pu jouer. Nous avons aussi fait Lyon, puis Nantes hier, où nous avons joué dans une salle beaucoup plus grande que d’habitude. On est en première partie sur cette tournée, mais le public est vraiment toujours respectueux et gentil! Tout le monde était silencieux et attentif.

Tu n’as sorti que deux EPs – « Lilac & Wisteria » et récemment « Descartes Highlands » – et aujourd’hui tu ouvres pour Julia Stone. Comment te sens-tu?

Je me sens bien. C’est la plus grosse tournée dont on a fait partie jusqu’à maintenant. Et jouer en première partie de Julia est très excitant. C’est une superbe opportunité pour nous d’avoir l’occasion de faire découvrir notre musique à son public, à autant de gens. Nous sommes très chanceux.

Dans quelles circonstances t’es-tu décidé à sortir ton premier Ep?

C’était un nouveau projet, je ne savais pas comment je voulais le faire sonner. Il fallait donc faire un test lors d’un premier EP. Je pense que c’est le moyen idéal de donner aux gens un aperçu digeste de ton travail. Je voulais savoir si j’étais capable d’écrire quelque chose de cohérent, déjà sur quatre titres, et de donner au moins une ébauche de la suite.

pts5T’attendais-tu à ce petit succès?

Je ne sais pas si c’est un succès, mais c’est sûr que les feedbacks sont très bons. Je n’ai pas essayé de faire en sorte que tout le monde adore ma musique, je ne me suis pas posé ce genre de question. Mais pour l’instant, nous avons d’excellents retours.

L’écriture du second EP était-elle différente de ce fait?

Oui, c’était différent, nous avons été plus méticuleux sur les arrangements. Sur « Lilac & Wisteria », on a composé les chansons comme on le sentait, c’était très spontané. Il y a plus de réflexion derrière le deuxième, nous avons réfléchi à la manière dont nous voulions sonner avant de commencer à enregistrer. On peut dire que nous ne sommes pas vraiment entraînés à ce genre de choses, je ne suis jamais allé dans un vrai studio, on a juste un peu de matériel à la maison. Après « Lilac & Wisteria », on avait une meilleure idée de la manière de l’utiliser, et comment faire sonner les morceaux. C’est l’une des grosses différences, c’était aussi plus confortable pour tout le monde d’utiliser l’expérience du premier EP. Surtout pour moi et Max, le producteur des EPs.

De quoi parle le deuxième EP? Y racontes-tu une histoire?

Il y a un fil rouge. Mais je ne pense pas qu’il y ait besoin d’écouter toutes les chansons d’une traite pour les comprendre, elles restent indépendantes. Je voulais faire allusion à l’histoire de « A Christmas Carol », avec Monsieur Scrooge, ce personnage qui revisite certains moments de sa vie. Dans « Descartes Highlands », c’est un peu ça: le narrateur se balade dans le temps, regarde votre vie – ou celle de quelqu’un d’autre, personne en particulier – sous différents points de vue. Il y a beaucoup de nostalgie dans ces chansons.

Puises-tu ton inspiration dans ta propre vie? Quelles sont tes influences lorsque tu écris?

Ces chansons n’ont pas de rapport direct avec ma vie. Tout peut m’inspirer, ça peut être un film ou d’autres musiques. Mais je n’écris jamais quand je suis énervé, sinon c’est mauvais. C’est aussi une question d’état d’esprit, il y a des jours sans où je ne peux tout simplement pas écrire. J’ai déjà essayé de me forcer mais ça ne marche pas! J’ai mis du temps à atteindre le son que je souhaitais, et je suis passé par beaucoup de déchets pour en arriver là.

Tu n’es pas seul sur scène, qui sont tes amis musiciens?

Je suis souvent accompagné d’un groupe de trois personnes. J’ai rencontré ces gens à l’université: un batteur, une chanteuse et claviériste, puis le producteur et également guitariste.

Préfères-tu jouer en groupe en en acoustique?

C’est très différent. J’apprécie beaucoup mieux de jouer avec le groupe que tout seul. C’est moins confortable pour moi d’être seul sur scène que dans notre studio! J’arrive à me sentir bien et à m’amuser quand je suis avec mes musiciens, mais c’est moins agréable d’avoir le rôle du performer pour moi. Je ne me vois pas comme un performer et les personnes qui me connaissent ne m’imaginent pas non plus comme une bête de scène (rire timide, ndlr). Quand on est ensemble, c’est comme jouer notre musique entre amis. Jouer tout seul est d’autant plus difficile que les gens aiment voir du mouvement sur scène en général, et ça m’inquiète pour eux de me dire qu’ils me voient seul, assis à jouer mes morceaux. Ça me terrifie. Mais sur cette tournée, je ne joue qu’avec Kate qui fait les chœurs. J’avais vraiment peur au départ mais, finalement, la foule est toujours très polie, silencieuse, respectueuse de notre musique.

J’imagine que tu as le sentiment de ne pas avoir droit à l’erreur!?

Oui, j’en suis conscient, on marche sur un fil, l’erreur catastrophique est toujours possible! Réellement, je me sens déjà beaucoup moins nerveux sur scène qu’il y a une semaine et demi…

pts21Tu as fait une playlist pour Mowno l’année dernière, et tu as choisis des titres de Van Morrison, Cocteau Twins, Pink Floyd… Tu es très jeune, comment as-tu découvert ces oldies? Viennent-ils de la collection de ton père?

Oui, il y a quelques disques que mon père possédait. Maintenant, je pense que tu peux avoir accès à n’importe quelle musique, sans forcément être obligé d’allumer la radio pour y entendre la musique populaire. Je ne regarde pas la télé, je n’écoute pas beaucoup la radio, je pense que je ne suis pas exposé à la musique « moderne ». Avec le web, tu peux accéder à tout ce que tu désires, et aussi découvrir beaucoup de choses grâce au bouche à oreille.

Quelle est ta plus grosse influence?

C’est difficile à dire! Mais je dirais Joe Meek, le producteur. Il sait créer des paysages sonores comme aucun autre. La musique qu’il produit est absolument superbe.

Tu dis ne pas être exposé à la musique d’aujourd’hui. Est-ce la même chose pour le cinéma et les livres par exemple?

D’une certaine manière, oui. Je lis beaucoup, qu’il s’agisse de choses modernes ou de vieux livres, comme pour les films. Mais il n’y a absolument rien qui me pousse à aller vers les uns ou les autres, tout dépend de mes penchants.

Ta chanson « Appointment in Samarra » vient d’une nouvelle n’est ce pas?

Oui, c’est une nouvelle écrite par John O’Hara. Mais en vérité, cette chanson est aussi basée sur un proverbe irakien qui dit de ne pas agir pour échapper à ton destin. Ici, c’est l’histoire d’un serveur qui va au marché et qui voit la Mort. Il revient voir son maître et lui dit qu’il a besoin de s’échapper car il a vu la Mort. Il va donc à Samarra pour échapper à son destin. La chanson est basée sur son histoire.

D’autres artistes t’ont-ils déjà sollicité pour des collaborations?

Ça nous est arrivé deux ou trois fois, pour enregistrer un morceau, mais pas pour le live. Nous sommes toujours à la recherche de notre propre son, nous ne sommes pas encore prêts à travailler avec d’autres personnes, c’est encore trop tôt. Par contre, je chante une chanson avec Julia Stone ce soir!

Et l’album, c’est pour quand?

Nous sommes en train de l’enregistrer, j’espère qu’il sera terminé pour Noël. Nous avons quatre chansons pour l’instant, certaines sont nouvelles et d’autres sont d’anciennes chansons retravaillées. Nous allons aussi profiter de l’expérience de cette tournée, et ça sortira probablement début 2013.

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