Interview – Onra, le feeling sans fil

Avec ‘Fundamentals’, Onra signe l’un des albums les plus frais de l’année en invitant une grosse poignée de MCs à intervenir sur ses productions sexy teintées de soul. Relativement discret et difficile à contacter, le producteur a néanmoins trouvé un peu de temps pour répondre à nos questions. Entretien à distance.

Tu es passé de ‘Long Distance’, projet à 80% instrumental, à ‘Fundamentals’ dans lequel tu es entouré sur presque chaque morceau. Pourquoi avoir basculé?

Onra: Tout simplement parce que j’avais envie de faire quelque chose de différent cette fois-ci. Cela faisait pas mal de temps que j’avais ces prods de côté!

Tu invites des MCs expérimentés, comme des jeunes espoirs, dans un ensemble très cohérent. Avec le recul que tu as, penses-tu que le hip-hop a encore de l’avenir?

Le hip-hop a certainement un avenir. De là à dire qu’il sera radieux, j’ai des doutes… Une chose est sûre c’est qu’il évolue constamment, dans le bon sens comme dans le mauvais. Mais il ne sera plus jamais comme avant…

Quels sont ces fameux ‘fondamentaux’?

Il ne s’agit pas vraiment d’un style en particulier, c’est un peu indescriptible. C’est plus un feeling!

A quoi aurait ressemblé l’album si tu n’avais pas eu la possibilité d’échanger les sons à distance avec les MCs?

Sans l’échange à distance, je me serais tout simplement déplacé. Par contre, je ne sais pas si l’album aurait été différent. J’ai aimé ce que mes invités m’ont envoyé. Je n’ai pas eu besoin de les driver, et c’est bien pour ça que j’ai choisi de bosser avec ces gens-là, pour que l’alchimie opère, même à distance.

As-tu laissé carte blanche aux MCs ou avais-tu un thème pour chaque morceau?

Tous les thèmes des morceaux ont été choisis par les artistes eux-mêmes. Il faut dire que le type d’instru que j’avais envoyé comportait des références évidentes, et ça a été très naturel pour les invités de pouvoir écrire dessus.

As-tu des déceptions concernant ‘Fundamentals’? Y-a-t-il des MCs ou musiciens que tu aurais adoré avoir sur ton album?

J’ai une grosse déception pour cet album, c’est la présence de Grand Puba qui m’a envoyé un 16 de feu ainsi qu’un refrain ‘classic’. Malheureusement, l’autre personne qui devait poser dessus m’a planté, et j’ai dû retirer le morceau de l’album du fait que je n’en avais qu’une moitié!

Une anecdote de rencontre particulière que tu aimerais partager?

J’ai eu la chance de beaucoup voyager ces dernières années, j’ai donc eu la chance de rencontrer énormément de personnes sur mon chemin. Ma rencontre la plus marquante est sans doute celle avec DJ Premier dans le Headcounterz studio à New York. Il y avait aussi Showbiz & AG dans le studio d’à côté. Quand la porte du studio s’est ouverte et que je l’ai vu assis devant sa MPC, ça m’a quand même choqué! J’étais comme un gosse et, en même temps, cette vision m’était hyper familière puisque j’y ai vu beaucoup de similitudes avec mon propre set-up de studio.

On lit partout, peut-être à tort, que ton album est un ‘hommage aux années 90’. S’agit-il vraiment de ça?

Pas vraiment en fait… C’est bien dommage que les critiques l’aient interprété de la sorte. Evidemment, j’y ai mis des références aux nineties, notamment via la pochette et la présence de certains invités de l’époque. Mais je pense malgré tout que ça sonne vraiment 2015. C’est un album de musique des années 90 produit en 2015.

Le titre ‘Fundamentals’ révèle néanmoins une certaine nostalgie. Y-a-t-il des sorties récentes qui te procurent encore des sensations similaires à celles que tu pouvais ressentir il y a vingt ans en découvrant un disque? 

Il y a plein de choses qui me font vraiment kiffer, mais aucune aussi fortement qu’avant. C’est justement ce que j’essayais de ramener avec mon dernier album. Ce feeling des trucs de l’époque!

J’ai mis des titres comme ‘Anything’ dans mon top 3 des morceaux pour faire l’amour, juste derrière Marvin Gaye… Quel est le tien?

Merci beaucoup, quel honneur d’être en cette compagnie! Sans vouloir te gâcher le délire, les lyrics de ce morceau ne sont pas du tout romantiques, bien au contraire! Mon top 3 pour faire l’amour, ce serait plutôt des albums que des chansons… Je dirais ‘Voodoo’ de D’Angelo, ‘The Show, The Afterparty, The Hotel’ de Jodeci, et ‘Pestrumentals’ de Pete Rock.

Avec ton album, tu t’inscris à la fois dans le passé et dans l’actualité. Penses-tu avoir fait un disque intemporel?

Je ne sais pas si je peux me permettre de prétendre avoir créé quelque chose d’intemporel. Seul l’avenir le dira. En tout cas, ce feeling qu’on trouve dans les morceaux ‘classic’ m’obsède, et j’avoue que j’essaye souvent de reproduire cet impact, de trouver la recette, mais sans jamais vraiment m’en approcher.

Pourquoi ne pas avoir invité de Mcs français? 

Je n’ai pas envie de collaborer avec des rappeurs français pour le moment, et les seuls qui m’intéresseraient vraiment sont à la retraite!

Tu es très peu médiatisé en France. Tu tournes aussi relativement peu dans le pays. Pourquoi ce manque de reconnaissance selon toi? Est-ce volontaire de ta part de ‘fuir’ la France?

Je n’ai jamais renié mon pays, j’ai même toujours essayé d’être un bon ambassadeur à l’étranger. Mais j’avoue que je n’ai jamais vraiment fait l’effort de me faire connaître ici… En tous cas, je ne m’en préoccupe pas, je n’ai jamais cherché à être une star locale, ni une star tout court.

Qu’en est-il de tes ‘Chinoiseries’? Ce projet est-il terminé ou as-tu encore des dizaines d’idées qui ne demandent qu’à sortir de la boîte?

Je vais terminer ce projet très bientôt, boucler la boucle… Ça sera une belle trilogie, ce qui en fera un projet vraiment unique.

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