Interview – Olivier Mellano, how he tried…

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Qui de mieux qu’un artiste emblématique du berceau des Transmusicales pour y présenter un projet à la fois ambitieux et riche? Artiste complet, et guitariste talentueux déjà croisé aux côtés de Dominique A, Yann Tiersen ou Miossec, Olivier Mellano s’est décidé à affoler l’édition 2012 en donnant chaque jour du festival une représentation de « How we Tried »…: une pièce écrite, composée, cousue de ses doigts de fée au cours de laquelle interviennent avec lui une multitude d’artistes venus d’horizons différents. Trois actes – symphonique, électrique et electro – pour la rencontre d’univers et pratiques diverses (hip hop, rock et musique classique), pour un « voyage métaphorique » dans un univers singulier, pour un questionnement perpétuel au sujet de l’acte artistique, de l’essai, de l’inachevé… De quoi mettre en émoi toute une ville appelée à être, une nouvelle fois le temps d’un week end, la capitale de la musique émergente et de talent. De quoi donner également envie de rencontrer le cerveau de l’affaire. Peu disponible étant donné son emploi du temps chargé et les trois représentations qui l’attendent, Mellano répond finalement à notre sollicitation, nous passe un coup de fil, et nous donne rendez vous dix minutes plus tard dans un café. Désormais, on sait tout. Ou presque.

Peux tu nous présenter le projet « How we tried… »?

Olivier Mellano: Au début, il y a déjà quatre ans, c’était une commande de l’orchestre de Bretagne. Ensuite, j’ai décidé de le décliner en deux autres versions, avec deux esthétiques différentes. Après avoir enregistré la version symphonique, on a enregistré pour Naïve Classique et j’ai eu envie d’aller un peu plus loin avec ce truc-là. J’ai fait une version pour 17 guitares électriques avec le chanteur de « And Also The Trees », Simon Huw Jones, et une version électro avec les rappeurs Dalek, Black Sifichi et Arm (Psykick Lyrikah). Donc trois versions de la même pièce, mais retravaillées pour aller le plus loin possible dans chaque esthétique, sans faire de croisement ni de mélange, mais en essayant d’aller le plus loin possible dans l’identité de chaque style.

Le texte est le même?

Oui, absolument, mais on a fait des aménagements. La version symphonique est dans sept langues différentes. Il y a du russe, de l’allemand, de l’anglais, de l’italien, du finois, du grec, et du français. Pour la version électrique, on a pratiquement tout réécrit en anglais afin que le chanteur puisse se le mettre en bouche plus facilement. Dalek a aussi fait un énorme travail de réécriture parce que, effectivement, une phrase de la chanteuse classique peut tenir sur douze mesures alors que pour lui en une mesure c’est fini! Il y a eu un travail incroyable de sa part. Nous échangions par mail et, en reprenant les thématiques du texte et selon mes directions, il en a réécrit la totalité afin de pouvoir le rapper. Le travail avec Dalek était très intéressant, il s’est beaucoup investi, on ne s’est jamais rencontré avant l’enregistrement. Il a bossé à distance et on s’est vu pour la première fois il y a quinze jours, en studio.

D’où vient le texte?

C’est moi qui l’ait écrit. Il parle de la création, en général comme en particulier, aussi de la création de cette pièce. Assez souvent, la voix commente ce qui est en train de se passer. Selon les langues, ce sont des positions un peu différentes mais, globalement, ça parle de la façon de composer, des doutes, des cul-de-sac, de tous les moments où l’on sent que l’on se dirige vers de mauvaises pistes et que l’on change de direction. Ça parle de tout ça en temps réel, de façon parfois très pragmatique. La chanteuse chante vraiment ce qui est en train de se passer… Il y a plein de moments où ça colle vraiment à l’action.

mella22Un rapport donc à l’opéra? A l’action en musique?

Un petit peu, sauf que ce n’est pas narratif, il n’y a pas vraiment de dramaturgie comme dans un opéra. Le texte décrit ce qui est en train de se passer… Ca parle aussi de l’illumination qui peut découler de la musique ou de quelque art que ce soit, de comment on y arrive, de comment on essaye d’y arriver et du mystère de la musique. Il y a deux empreints: un au Démon de Dostoievski, et un autre à Novalis. Ce sont les deux seules œuvres qui viennent d’ailleurs.

La pièce a explicitement pour but de rendre compte de l’invisible. Peux tu revenir sur cette idée?

Par définition, la musique rend compte de l’invisible. Quand tu fais de la musique, tu parles de ça… Il y a cette double couche que je trouve intéressante: ambition et platitude. L’ambition est dans le titre de la pièce qui peut paraître pompeux, et la platitude, c’est le premier degré de l’essai. L’étreinte de l’éternité, c’est une autre histoire. Ça parle du mystère de la musique. Le mystère de la création au centre, c’est sûrement un peu mystique. Dans la pièce, j’espère que cet aller-retour entre une ambition démesurée et le fait d’être très conscient qu’on y arrive jamais (et que même quand on y arrive, c’est simplement le fait d’essayer) sera perceptible à plusieurs niveaux. Et dans la musique, et dans le texte.

Paul Klee a dit « L’Art rend invisible »… Qu’est ce que ça t’inspire?

C’est vraiment ça! Incarner des choses impalpables. Dans la musique, il y a quand même beaucoup de ça. Mettre en forme quelque chose dont on ne peut pas parler. Dans la musique, par rapport à d’autres arts comme la peinture, on touche à quelque chose de plus impalpable je trouve.

Qu’est-ce qui t’inspire dans l’invisible?

Je dirais plutôt que c’est l’invisible tout court qui m’inspire. À mon avis, l’inspiration, tout simplement, c’est juste de se laisser envahir par cet invisible, de se rendre disponible à ça. Quoi que ce soit… L’inspiration au premier degré… Si tu inspires, c’est une façon de se remplir du monde. L’inspiration du musicien ou de l’artiste est d’inspirer le monde qui l’entoure et de l’expirer avec des notes, d’architecturer cette expiration en quelque sorte.

Et à l’inverse, dans le visible?

Est-ce que si je filme le ciel, je filme du visible ou de l’invisible? Et un paysage? Encore des questions donc… Au coeur de mon travail, il y a une chose centrale qui domine: la rencontre entre ces deux mondes, entre le monde de l’invisible et le monde visible. Entre le ciel et la terre. Mais je ne vois pas d’exemples concrets là tout de suite à donner. J’aime le point de jonction, lorsque que c’est incompréhensible, impalpable, quand on n’arrive pas à saisir dans le monde visible… Ne pas comprendre ce que l’on voit, je trouve cela inspirant. Pour moi, Rothko, c’est l’exemple même, c’est quelque chose qui tient du mystère que l’on peut voir, qui te submerge. On ne sait pas pourquoi mais, devant un vrai Rothko, on peut être paralysé. Il y a un rapport physique inexplicable… Une vibration très proche de la musique finalement. Si quelque chose dans le visible peut être inspirant, c’est quand je ne comprends pas tout, quand cela m’échappe totalement.

L’opéra est-il pour toi un lieu singulier?

Le lieu n’a pas eu un impact tellement fort sur la création. Nous devions le jouer à la base au Théatre National de Bretagne. Les images, la scénographie, les vidéos ont été adaptées, rééquilibrées, mais le projet n’a pas été conçu in-situ. Comme écrin, l’opéra offre un décalage et une rencontre intéressante entre les univers. Avec le rappeur Dalek ou les douze guitaristes sur scène à l’Opéra, le spectacle offre un frottement singulier et intéressant que je recherche avec ce genre de projet. Là, je crois que c’est atteint. Le mélange du public va être intéressant également.

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Des étiquettes?

Étiqueter l’ensemble du projet, c’est impossible, les trois versions ayant toutes une esthétique particulière. Pour parler d’influences, sur la version classique symphonique, on parlerait plutôt de musique nouvelle, pas vraiment de la musique contemporaine, brute, à la GRM ou à l’IRCAM… Je me sens plus proche de gens comme Gavin Bryars ou John Tavener, qui n’ont pas cassé le lien avec la tonalité. Sur la version électrique, ça peut être Robert Fripp, mais aussi les Swans pour la puissance sonore. La présence de Simon Jones ramène une couleur un peu sombre, un peu gothique, puisque son groupe « And Also The Trees » est un groupe phare de cette scène là, à la Nick Cave, sombre et puissant.
Pour la version électro, alors j’écoute beaucoup de choses de chez Warp, ou Amon Tobin, ce genre de choses où je trouve qu’il y a des recherches vraiment intéressantes. J’ai voulu qu’il y ait un lien assez fort avec le rap également, une connotation très forte avec le hip-hop de Dalek.

Désolé pour cette question d’étiquettes, mais on n’y échappe pas…

Mais c’est justement pour échapper aux étiquettes que je fais ce genre de projets… C’est aussi un manifeste de dire qu’il n’y a pas de style prédominant sur les autres. Pour moi, la version symphonique est au même niveau que la version electro-hiphop. Pour moi, il n’y a pas de hiérarchie.

Comment se sont passées les collaborations avec les divers intervenants?

Du velours… Tous ont fait un travail remarquable. Tout le monde s’est approprié le projet malgré beaucoup de mes contraintes. Mais tout le monde, à tous niveaux, s’est investi démesurément. Et j’en suis ravi.

Un dernier mot avant la fin du monde?

Pour moi, c’est quand même important. Une fin de cycle est le début d’autre chose. j’espère que l’Apocalypse arrive…

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3 réponses à Interview – Olivier Mellano, how he tried…

  1. racape 18 janvier 2013 à 1 h 17 min #

    Oilivier que deviens tu? si ce n’est que ta musique est de plus en plus belle, que ta voix est de plus en plus vrai… et je suis sur que tu te souviendrai de moi si nos regard se recroisaient… je suis une rennaise de ton âge aux yeux bien bleus avec quelques rides autour… et qui connais bien les rockeurs rennais… aux bons souvenirs du TNB.. et surtout pour ma part à mon plaisir de te voir sur scène prochainement… plein de bises de Céline

  2. celine 18 janvier 2013 à 1 h 36 min #

    quel plaisir j’aurai aujourd’hui à échanger comme à une époque quelques paroles avec toi… comme au scara ou au TNB sur la musique commune avec Dominique A ou l’extraordinaire création musicale qui te colle si bien à toi.. rien qu’à toi..`
    que cette époque me manque… MAIS QUE TA MUSIQUE EST DE PLUS EN PLUS BELLE…. alors peut être à très bientôt au jardin moderne..ou ailleurs à Rennes ….
    en tout cas tu resteras toujours une très belle rencontre … une des plus belles de ma vie… et le pire c’est que si on se croisait tu me reconnaitrais….

  3. celine 18 janvier 2013 à 1 h 38 min #

    que te dire de plus que tout ce que j’ai déjà écrit….
    si ce n’est que tu est un des plus beaux souvenirs de ma vie

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