Interview : Nra (01-1998)

Aziz : nous avons débuté le groupe en 1989 à quatre puis un deuxième guitariste est venu s’ajouter lors du deuxième disque que nous avons enregistré. II y a donc Svengus et Orange à la guitare, Pepijn à la batterie, Gwynn à la basse et moi au chant.

Jouez-vous sur d’autres fronts ?

Oui, les deux guitaristes jouent dans Human Alert.

Est-ce difficile de concilier les deux ?

Ca ne nous pose pas de problèmes. Nous parvenons à bien combiner les deux, on se divise les week-ends. Nous essayons de ne pas vivre de notre musique, nous ne voulons pas nous sentir obligés de jouer, nous la jouons comme nous le sentons, nous ne voulons pas rentrer dans le moule. A coté, nous travaillons donc nous ne voulons pas mêler argent et musique. C’est très bien comme ça, nous sommes indépendants du groupe…

Quels sont vos jobs ?

Gwynn : je suis assistant social ; Aziz tient un skate shop « Indépendant Outlet » ; Pepijn travaille dans une imprimerie ou il fait des tee-shirts, des autocollants, des flyers pour les groupes, les organisateurs de concert; Orange a démissionné et est en train de se faire son propre studio ; et Svengus est chef de cuisine à La Poste.

Pourquoi avoir choisi un nom tel que NRA (National Riffle Association) qui peut être mal interprété ?

A : chaque groupe à un message à faire passer, nous voulions nous démarquer des noms habituels et nous avons choisi le nom de l’organisation la plus stupide sur terre par simple provocation. Après tout, c’est un des côtés de la punk attitude.

G: quand nous avons commencé, c’était l’époque du speed-metal, des groupes politiquement corrects. Toute la scène a alors été divisé entre ces groupes et les autres plus engagés. L’atmosphère qui régnait nous a aussi poussé à choisir ce nom. Certains verront tout de suite la blague et d’autres seront offensés. En fin de compte, ce sont trois lettres bien combinées qui sonnent bien.

A: c’est vrai que cela a été mal pris à nos débuts. Quand on jouait dans les squatts, les gens venaient nous demander si on était vraiment pour le port d’armes. Chacun a la capacité de réfléchir et de se rendre compte que nous ne sommes pas de ceux-là.

G: quand nous avons entendu parlé de cela, nous avons trouvé cela si ridicule qu’une organisation pousse les gens à s’armer chez eux pour se défendre. C’est comme donner le droit de tuer. Quand un môme de quatre ans a tiré sur ses voisins, le père n’a pas eu de problème. II faut bien se mettre en tête que ce ne sont pas les armes qui tuent les gens mais bien les personnes qui les utilisent.

A: c’est grave que les gens se sentent plus puissants avec une arme. C’est pour tout cela qu’on a choisi ce nom.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album « Leaded » ?

A : de tous les albums, c’est celui que nous préférons tous.

G: c’est l’album dans lequel tout le monde s’est impliqué, le son correspond à notre son live. Pour l’avant dernier, on a trop réfléchi, trop peaufiné. Leaded est pur, sans artifice, sans effet.

Pourquoi des morceaux beaucoup plus courts qu’auparavant ?

A : nous faisons les morceaux comme ils viennent. Nous n’allons pas rajouter des parties pour qu’ils fassent deux minutes ou deux minutes trente. Quand ils sont finis, c’est qu’ils sont assez longs. Nous ne savions même pas que l’album était si court. NRA, c’est cash sur scène donc ça l’est aussi en studio. C’est lors du mixage, que nous avons vu, sur l’ordinateur, la durée totale de l’album. Nous en étions très étonnés. Nous pensions que cela allait durer quarante-cinq minutes et que nous devions enlever certains des vingt et un morceaux pour que l’album soit moins long. Si on en avait rajouté, Leaded aurait perdu de son intérêt. Les morceaux n’ont pas de durée, soit ils sont finis, soit ils ne le sont pas.

Que diriez-vous à ceux qui vous ont critiqués lors de votre départ pour Virgin ?

A : chacun a le droit d’avoir ses propres idées.

G:cela n’a rien à voir avec la réputation de Virgin. Des labels indépendants aux Etats Unis sont beaucoup plus importants et plus dans le business que Virgin. Cela nous assure juste une meilleure distribution dans le Bénélux, Virgin n’a rien à dire en ce qui concerne les autres pays. Les labels américains couvrent le monde entier, ont une bien meilleure organisation.

A: nous avons posé nos conditions et on leur a dit que s’ils étaient d’accord pour tout cela, on signait leur contrat. On leur a dit que l’on voulait réaliser les vinyles nous-mêmes, ce que nous avons fait, participer à des compilations, ce que nous avons fait avec notamment Kérosène. Nous avons toujours autant de droits qu’avant. Indépendant est un joli mot, mais quand tu as un groupe, tu dois être sûr de pouvoir obtenir ce que tu veux et de ne pas te faire baiser par le label. Les soi-disant labels indépendants se font du fric sur le dos des groupes, alors qu’ils ne payent pas. J’ai une vision assez relative des labels indépendants. Les groupes qui débutent sur une major lèchent le cul des dirigeants. Nous, personne n’a mis son nez dans l’album, on a un bon contrat, un superbe album, on ne regrette rien.

G: cela n’empêche pas que nous sommes toujours proches de Bitzcore. Le dirigeant a des problèmes financiers, il ne pouvait pas financer notre dernier album. Nous devions donc le payer nous-mêmes.

A: en Europe, quels bons labels indépendants avez-vous ? S’ils ne sont pas intéressés pour vous signer, que voulez-vous faire. Ils sont à chaque fois déficitaires sur les albums qu’ils sortent. Vous pouvez aller chez l..ost And Found, mais ce sont des arnaqueurs finis alors qu’ils ont une bien meilleure réputation que Virgin.

Et cette histoire avec Epitaph et Rancid ?

A : c’est une histoire de merde.

G: lorsque Rancid est venu en Europe pour sa première tournée en 1992, ils chiaient littéralement sur l’Europe et le disaient dans tous les fanzines, les magasines… Nous avons joué avec eux, et ils avaient vraiment une sale attitude, avec tout le monde. Nous étions super heureux de jouer avec eux mais, ils prenaient tout le monde de haut. II y a donc eu dés le départ une mauvaise communication entre nous et eux sont partis avec de mauvais sentiments sur NRA. Epitaph Europe voulait vraiment nous signer et lorsque c’était sur le point de se faire, Rancid est venu en Hollande pour un festival et nous avons jeté leurs bières dans le public car ils ne buvaient pas. Ils n’ont pas apprécié et comme eux étaient aussi sur le point de resigner sur Epitaph, ils ont dit que si NRA signait, ils quittaient le label. Et, une fois qu’Epitaph a resigné Rancid, ils nous ont rappelés. On a refusé, car pour nous, ça ne reflète pas un bon esprit. Un label, c’est une famille de groupes et ils devaient choisir entre nous et un groupe qui leur rapportait de l’argent. Ils ont choisi, nous aussi.

C’est bizarre, parce que l’attitude de Rancid a vraiment l’air sincère…

G : lis les interviews de 1992 et tu vas voir.

A: sur scène, c’est un très bon groupe. Mais, ils ne sont pas comme ils le disent. Avant de rentrer sur scène, ils se recoiffent devant le miroir. On les a aidés pour les dates européennes et ils se sont vraiment comportés comme des stars. Soi-disant que personne ne les respectait, qu’il faisait froid, ils se plaignaient tout le temps. Ce sont de vraies chochottes. Nous étions un groupe de punk flatté de jouer avec un autre groupe de punk, de pouvoir échanger des expériences. C’est une longue et ridicule histoire, une blague.

Les avez-vous rencontré depuis ce temps ?

A : je les ai vus une fois à Brooklyn et à Amsterdam lors de leur seconde tournée européenne. Je n’aime pas trop leur musique, je préférais Operation Ivy. Quelques morceaux sont bons mais je ne parviens pas à être objectif en ce qui les concerne.

G:Ils se la jouent punk à fond, unité, mais ce n’est qu’une carapace, ils vivent comme des rock stars.

Changeons de sujet : la scène punk a de plus en plus de mal à vivre. Quelle solution suggéreriez-vous ?

G :organiser soi-même les concerts.

A: la meilleure chose à faire est de tout effectuer soi-même, du moins le maximum. A Amsterdam, il y a un endroit ou passent tous les gros groupes, ou vous payez 75ff. C’est beaucoup trop cher pour un concert. Nous, nous organisons des concerts dans des endroits peu onéreux ou dans des squatts car ce que nous voulons, c’est de la musique, pas de l’argent. C’est le seul moyen de faire découvrir de très bons groupes au public. Si vous voulez que des gens viennent aux concerts, c’est à mon avis ce qu’il faut faire. Le but premier est de voir un concert, pas de l’argent et de savoir à qui on a affaire. Trop de concerts profitent à des gens qui ne le méritent pas.

Parlez-nous brièvement de la scène hollandaise ?

A : il y a une importante scène straight edge avec beaucoup de jeunes groupes.

G: la scène hardcore new-yorkais est très importante, avec des mecs musclés, plein de tatouages. II y a aussi pas mal de groupes de garage, de punk des années 70. Le hardcore mélodique y est aussi très présent. La scène est très diversifiée même si elle tend de plus en plus vers le style new yorkais. Les gens y sont très différents, les choses aussi.

Comment se présente les mois à venir pour NRA ?

A : il y a un 7′ qui vient juste de sortir aux USA, nous préparons le prochain album qui sortira en février, la tournée de l’année prochaine (mars-avril)…

Comment sera cet album par rapport à Leaded ? Y aura-t-il une évolution ?

A : sûrement.

Orange: sûrement, mais elle ne sera pas voulue. Nous jouons et ce qui arrive arrive. Nous ne pensons pas à une quelconque évolution. Pour progresser, il faut laisser faire les choses et ne pas forcement rechercher l’évolution à tous prix. Ce sera une évolution naturelle.

G: nous apprenons grâce au passé, et nous jouons avec notre esprit, avec notre âme.

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Une réponse à Interview : Nra (01-1998)

  1. Oliver 12 novembre 2015 à 16 h 21 min #

    Yes, une interview de NRA, ça c’est cool !!! Et le nouvel album, Leaded, est une vraie tuerie ! Pour info, ils feront encore deux albums derrière avant de splitter. Désolé pour le spoil, mais je viens du futur, c’est pour ça.

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