Interview – Mount Kimbie roule les airs

Les britanniques de Mount Kimbie connaissent une ascension fulgurante sur la scène électronique depuis 2009, année ou est sorti leur EP ‘Maybes’ ayant largement contribué à façonner le genre ‘post-dubstep’. Impossible de les louper donc lors de leur passage dans un Grand Mix de Tourcoing qui affichait complet. Nous les rencontrons juste avant un live organique, dancefloor et aérien. C’est Kai Campos, à l’accent campagnard à couper au couteau, qui se colle à l’interview pendant que Dom Maker termine de prendre sa douche…

Vous avez tourné pendant deux ans après la sortie de ‘Crook & Lovers’. Le nouvel album est-il directement influencé par tous ces concerts?

Kai Campos: C’est souvent difficile de dire d’où vient l’inspiration. Je pense que ça a forcément eu un effet sur la manière dont on a composé notre musique. Pendant ces deux ans, on a aussi piqué beaucoup d’idées live que l’on a mises dans le nouvel album. Ça n’a pas forcément changé notre attitude, mais surtout la façon de penser le disque. À mon avis, quand on joue live, il est moins question de se concentrer sur les détails, contrairement au moment où tu enregistres les morceaux. Lorsqu’on est revenu en studio après la tournée, on portait moins d’intérêt aux petites choses. On voulait plus se concentrer sur l’énergie, c’est là la vraie différence.

Mais, au moment de la composition de ‘Cold Spring Fault Less Youth’, aviez-vous déjà une idée de la manière dont ça allait sonner sur scène?

On essayait de ne pas y penser! Même si on a adoré jouer live pendant deux ans, nous étions de retour en studio, et pas sur scène. Je voulais vraiment que l’on fasse un album studio. Et même si certains éléments du live l’ont influencé, je me forcais à ne pas prêter attention. On a fait le disque, et on a réfléchi seulement après pour la mise en scène.

Vous avez tourné tout autour du Monde. Quel est le pays où vous avez adoré jouer? Où est le meilleur public de Mount Kimbie?

Je n’arrive pas à choisir un favori, il faudrait au moins faire un top 5! Le Pukkelpop festival fait partie de nos meilleurs souvenirs. Il y a aussi ces deux shows aux Etats-Unis, à New-York et Austin, puis Londres la semaine dernière.

Y a t-il des évolutions au niveau de votre show?

Oui, nous avons un musicien supplémentaire. Il nous permet de réfléchir au live d’une autre manière, de faire quelque chose de moins individuel. Je pense qu’à deux, nous aurions rapidement trouvé nos limites. C’est pourquoi nous avons fait appel à quelqu’un, d’autant plus que le nouvel album fait intervenir des instrumentations live. Nous avons donc décidé de ne garder que les éléments principaux des morceaux, peut-être deux ou trois idées, et de les redévelopper en concert.

Il est vrai que le nouvel album sonne beaucoup plus pop que le précédent. Est-ce que c’est lié à l’intervention de ce nouvel élément?

Non, pas vraiment puisqu’il n’était pas avec nous en studio. Seulement pour les concerts!

Comment travaillez-vous à deux?

Depuis le début, nous travaillons séparément, jusqu’à un certain point. On partage nos idées, puis on s’assied pour les jouer pendant quelques heures et en tirer le meilleur. Sur cet album, il nous est arrivé de parler des morceaux bien en amont en établissant un scénario. C’était aussi la première fois que nous jouions des titres en live avant qu’ils ne soient terminés. Ça nous a permis de faire évoluer les tracks qui étaient en cours d’écriture, pour les rendre plus efficaces. Il y a environ cinq morceaux de l’album qui étaient à moitié terminés et qui ont pu bénéficier de cette bonne influence qu’est le live.

Qui chante sur ce disque?

La plupart du temps, c’est moi! Mais je pense que ça ne serait pas arrivé si on avait enregistré les morceaux en studio avec un ingénieur et d’autres personnes. On essaye de garder ce concept de home studio, même si celui-ci n’est plus dans notre maison. C’est beaucoup plus confortable pour se lâcher ou se mettre à chanter, d’autant plus que je ne suis pas chanteur à l’origine.

Alors à quand t’es-tu dit qu’il était temps que tu prennes le micro?

Sur le premier EP, je chantais déjà un peu, mais ça restait très discret. Ça ne m’a jamais vraiment intéressé d’écrire des paroles. Normalement, on préfère remplacer le chant par un autre instrument ou demander à quelqu’un d’autre de chanter pour nous. Sur ‘Home Recording’, j’ai trouvé cet effet de delay de manière un peu accidentelle. J’ai bien aimé la façon donc le chant résonnait, cette espèce de latence quand je disais quelque chose. J’ai trouvé ça cool, et malgré tout le reste, ça m’a poussé à m’enregistrer. Au final, j’ai aimé la manière dont ça sonnait. C’était une raison suffisante pour que personne ne le fasse à ma place!

Il y a un autre vocaliste sur l’album. Pourquoi avoir choisi King Krule?

On l’écoutait depuis un certain temps et on trouvait vraiment que ses chansons étaient percutantes. Sa voix et sa manière de composer nous ont impressionnés. J’étais sûr qu’il s’adapterait bien à notre musique et que nous pourrions être complémentaires. À l’époque, il n’habitait pas loin de notre studio. Je suis allé le voir en concert, il est passé plus tard, et semblait vraiment intéressé par ce qu’on faisait. On a fait quelques prises d’une dizaine de secondes, puis on a choisi celles qui collaient le mieux à notre album. C’était une collaboration très simple et naturelle, on a tout fait en moins de cinq prises!

Beaucoup de gens affirment que votre premier EP ‘Maybes’ est l’un des premiers vrais disques de l’ère post-dubstep. Qu’en pensez-vous? Etiez-vous conscients d’avoir quelque chose de nouveau dans les mains en composant cet EP?

Je pensais que le public serait très limité pour ce type de son. Sur le premier album, on peut sentir cette espèce de naïveté. On est vraiment content d’avoir pu sortir ça sur Hotflush et d’avoir eu d’aussi belles chroniques, d’autant plus que ce label ne sortait que du dubstep pur. Notre son n’avait rien à voir avec ça, cet EP sonnait vraiment bizarrement par rapport au reste! C’était facile d’être influencé par le dubstep, surtout en habitant à Londres. Le fait d’avoir été sur Hotflush m’aide maintenant à comprendre pourquoi, un jour, quelqu’un a écrit le mot post-dubstep. Aujourd’hui, ce terme est d’autant plus compliqué à utiliser que certaines personnes ont découvert le dubstep très tard, et en ont une interprétation différente de celle des origines. L’étiquette peut avoir beaucoup de sens selon la personne!

Il est vrai que, selon les pays, l’interprétation peut être largement différente. En France, par exemple, le dubstep est arrivé tard!

Oui, et je pense vraiment que nous avons été chanceux car notre premier EP a bénéficié d’un certain contexte: le timing, le label, les gens qui ont bien voulu nous donner une chance… Notre album aurait pu être étiqueté comme un album electronica lambda, mais ça n’a pas été le cas. Je suis très reconnaissant pour tout ça. C’est en partie ce qui m’a donné envie de continuer l’aventure, c’était très flatteur.

Peut-on toujours entendre des influences dubstep dans votre nouvel album?

Pendant la composition de notre premier opus, on sortait en soirées dubstep. Il y avait des artistes comme Kode9, Pinch ou même Rusko, et tout ça le même soir. L’éventail était assez large et nous influençait. Maintenant, c’est la même musique pendant toute la nuit, même si tu vas au DMZ ou au Terra, sauf peut-être quand il y a des soirées old school et plus deep. Ça ne nous intéresse plus.

Avez-vous déjà joué dans ce type de soirée?

Oui, on en a fait quelques-unes, et ce n’était jamais bon. Ça n’a jamais fonctionné dans ce contexte. Les deux premières années, nous n’avons joué qu’en tant que DJs. On jouait tout le temps entre deux artistes qui balançaient des trucs fats, donc ce n’était pas évident. Normalement, quand je vais voir des DJs, il y a une évolution pendant la nuit, c’est progressif. Lorsqu’on jouait, c’était une catastrophe, j’avais l’impression qu’on tuait l’ambiance!

Que faisiez-vous dans la vie avant votre premier EP?

J’ai grandi dans la campagne anglaise. Un calme et un bel endroit pour vivre, mais que tout le monde quitte à un moment ou à un autre. Je suis donc parti quand j’avais seize ans, dans une petite ville appelée Bath. J’y ai vécu et étudié pendant un an, mais cet endroit me rendait fou. J’ai bougé à Londres ou j’ai continué mes études. Je ne savais pas quoi faire de ma vie. Dans le même temps, j’étais très excité par la scène musicale locale. Quand j’étais à la campagne, je me cultivais avec les magazines ou la radio. En arrivant à Londres, j’ai pris une grosse claque culturelle, car tout était à portée. Je faisais déjà un peu de musique dans ma chambre, et je me suis donné une année après mes études pour faire ce que je voulais. Je donnais des CDs à mes amis en leur disant ‘voila ce que je fais de mieux‘ plutôt que d‘annoncer ‘tiens, c’est un peu une blague‘, ce qui était un peu risqué dans le sens où si ce n’était pas bon, je n’avais rien derrière… C’est à partir de là que tout a pris un sens. Avec le recul, mes souvenirs sont peut-être altérés. Je vivais avec 30 livres par semaine et, à Londres, je peux te dire que c’est chaud. J’ai donc fait deux disques très rapidement, et ça a fonctionné tout de suite!

Je me suis toujours demandé pourquoi vous aviez mis un gros cul sur la pochette du premier album ‘Crook & Lovers’?

Le premier endroit où j’ai habité n’était pas loin de l’arrêt Elephant Castle. J’avais déjà une vie un peu confuse, j’avais un peu peur de mon futur, et quand je sortais du train, c’était vraiment le bordel. Beaucoup de monde, beaucoup de bruit, c’était un quartier populaire extrêmement vivant, avec aussi ses petites tragédies. On a fait la majorité de l’album à Peckham, et on ne savait pas encore réellement ce qu’on voulait faire, ni dans quelle direction on voulait aller. Je détestais ça. Quand on s’est finalement trouvés, on s’est dit qu’il fallait absolument documenter d’une certaine manière cette zone où est né le disque. Un pote de pote habitait dans le coin, et on lui a demandé de prendre des photos du quartier pour la pochette. Il en a pris environ 400 durant toute une après-midi! Je ne me rappelle plus vraiment pourquoi on l’a choisie. La photo a été prise dans la rue principale de Peckham, et c’est le genre de truc qu’on voyait tous les jours. Je ne sais pas ce que je peux dire de plus là-dessus! Avec le deuxième opus, nous avons eu une approche différente. J’avais une idée bien précise de ce que je voulais. Mais ce n’est pas pour ça que je changerais la pochette du premier, même si ça semble poser problème à certaines personnes! La majorité des gens vivant à Peckham est blanche, mais il n’y a là aucune connotation raciale, je n’ai jamais traité personne différemment dans ma vie.

Le premier album est donc sorti chez Hotflush, et le second chez Warp. Avez-vous été contacté par d’autres structures ou même par des majors entre deux?

Oui, nous avons eu quelques expériences avec des gros labels et majors. C’était marrant de voir à quel point les clichés sont parfois vrais, avec ces grands bureaux et les mecs enthousiastes qui te disent: ‘oui, on va le faire!‘. Dans tous les cas, je pense que notre groupe n’est pas adapté à ce genre de maison, on n’est pas assez ‘cools’ pour eux. Nous n’avons pas une histoire qui les intéresse. Ça n’est pas forcément cool d’avoir un accent de la campagne comme le mien, tu vois. Les majors peuvent utiliser ta personnalité comme une espèce de marque. Pour nous, ça n’a pas vraiment de sens.

Dernière question: l’Angleterre est qualifiée pour la coupe du Monde, félicitations! La France, pas encore (l’interview à eu lieu le soir du match France-Ukraine, ndlr). Ils jouent ce soir, penses-tu qu’ils ont une chance?

J’aurais vraiment adoré regarder le match! Nous sommes de gros fans de football. Je pense qu’ils ont une chance, mais je n’ai pas vu le match aller. J’ai essayé de le capter, mais tous les pubs préféraient passer ce putain d‘Angleterre-Chili sans intérêt à la place de gros matchs comme Suède-Portugal ou France-Ukraine! Je pense que ça peut être un match vraiment excitant. Il n’y a qu’une option pour eux, mettre au moins deux buts! Il me semble que l‘Ukraine n’a pris que quatre buts dans la phase de qualification, donc ça risque d’être compliqué pour les français de passer ce mur. Je pense que les français sont très forts individuellement, mais devraient penser à jouer un peu plus en équipe…

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