Interview – Moon Duo, un mariage et une communion

Ripley Johnson s’est avant tout fait connaitre avec Wooden Shjips, son autre projet musical qui aura indirectement mis en lumière Moon Duo, sa collaboration avec Sanae Yamada. Pourtant, il suffit de s’attarder un peu sur la musique du duo pour se rendre compte que celui-ci n’a besoin d’aucun garant pour se faire un nom au sein de la scène rock indépendante. A la fois psychédélique et synthétique, essentiellement répétitif, ce side project – qui finit par ne plus en être un- aura mis peu de temps à sensibiliser la terre entière, jusqu’à Saint Malo et sa Route du Rock ou il se produisait en aout dernier. C’est là que nous avons rencontré les deux protagonistes, aussi gentils que disponibles.

Peut être que cette question est un peu trop personnelle, mais comment vous êtes vous connus?

Ripley Johnson: (rires) Non, ne t’inquiète pas! On s’est rencontré à un mariage…

Au votre?

Sanae Yamada: (rires) Oui, exactement, on a eu un mariage arrangé! Non, plus sérieusement, on s’est rencontré à celui d’un ami que nous avions en commun…
Ripley: On ne s’est pas vu ensuite pendant deux ans à peu près. Avant de connaitre Sanae, je connaissais également son cousin. On s’est donc finalement revu et voilà, tu nous as devant toi aujourd’hui!

Le processus de création de ‘Circles’ a été un peu compliqué, non?

Ripley: On est passé par des moments difficiles, oui. On avait enregistré beaucoup de choses à la maison, mais pas de la meilleure des manières. On ne savait pas où on allait, ce qu’on faisait, on n’avait pas le bon matériel.

Comment est-on conscient qu’on ne sait pas ce qu’on fait?

C’est une très bonne question! Je pense que l’on se rendait compte qu’on n’arrivait pas à obtenir le son que l’on recherchait. Il y avait un certain manque de feeling par rapport à ce qu’on enregistrait.

En l’espace de deux ans, vous avez quitté San Francisco pour vous installer dans le Colorado, puis vous êtes partis à Portland peu de temps après. Quelles différences, non? Quitter les grands espaces pour revenir à un paysage urbain était-il vital pour vous? Tous ces changement se ressent-ils dans vos nouvelles compositions?

Sanae: D’une certaine manière, cela a du avoir une influence, mais il est difficile d’être plus concret sur ce sujet. Souvent, on s’en rend compte à posteriori, on réecoute une chanson et elle nous rappelle soudainement un moment, un lieu..
Ripley: Vivre dans le Colorado est quelque chose de complètement différent de tout ce que l’on avait connu jusque là… C’était très calme, nous étions entourés de montagnes. Quand on a déménagé là-bas, c’était cool dans les premiers temps. On jouait de la musique aussi fort qu’on le voulait, nous n’avions pas de voisins, on ne dérangeait personne. Mais putain, c’est presque trop tranquille, trop paisible, et surtout trop silencieux… On en arrive presque à ne pas avoir envie de faire de bruit tellement tout est silence autour de toi! Donc oui, tu as raison, les chansons que j’ai composé dans le Colorado ont toutes été écrites à la guitare acoustique, chose qui n’est pas habituelle pour moi. Au final, ce trop de silence a fait que la ville s’est rappelée à nous et on a bougé vers Portland.

Qu’est ce qui vous a attiré vers cette ville? Sa communauté musicale?

Il y a en effet une communauté musicale importante et florissante à Portland, mais on en fait pas partie, tout du moins pas pour le moment. Cela fait trop peu de temps qu’on est installé là-bas, on est encore un peu des nouveaux-venus pour le moment. Mais il s’y passe plein de choses intéressantes, il y a beaucoup de bons groupes, beaucoup de salles de concerts. C’est une ville intéressante et qui nous correspond plutôt.
Sanae: Finalement, notre intégration ne se fait pas si facilement, à cause de notre mode de vie, pas à cause des gens… On ne reste jamais assez longtemps à Portland pour avoir le temps de nouer des relations avec d’autres personnes, d’autres groupes. On y est un mois, ensuite on part pour deux en tournée… C’est pas simple, mais on sent que c’est le bon endroit pour avoir un pied-à-terre. C’est juste une question de temps.

Revenons sur votre background musical…

Ripley: C’est plutôt simple, j’ai appris à jouer de la guitare en écoutant des disques de rock’n’roll. J’étais un grand fan des Rolling Stones quand j’étais gamin. Je me rappelle avoir lu une interview de Keith Richards qui déclarait avoir appris à jouer de la guitare en écoutant des disques de blues, et ceux de Chuck Berry, entre autres. Je me suis donc dis que si lui avait pu le faire de cette manière, je devais en être capable également… Le résultat était plutôt médiocre, mais finalement la passion et la persévérance ont fait que je ne me séparais jamais de ma guitare. C’est toujours le cas aujourd’hui.
Sanae: Pour ma part, j’ai pris des leçons de piano quand j’étais toute jeune, une formation plutôt classique contre laquelle je me suis rebellée quand je suis rentrée dans l’adolescence. Je n’aimais pas le côté formel de la musique qu’on m’enseignait. À cause de ça, je me suis éloigné un peu de la musique pendant un temps, pour me consacrer à l’écriture, à la vidéo. Je ne suis revenu qu’un peu plus tard à la musique, à celle qui me plaisait.

Comment jouez-vous la musique de Moon Duo sur scène? Vous restez attachés au simple format guitare/claviers?

Jusque là, oui, on se limitait à une formation guitare/claviers, comme pour nos enregistrements. Mais, pour la tournée qu’on a débuté pour défendre ‘Circles’ sur scène, on a engagé un batteur pour la première fois. Il est très bon, on s’entend bien, donc on espère l’intégrer petit à petit au sein du groupe.

Vous êtes plus live/tournée ou composition/enregistrement?

Ripley: Je préfère le processus de composition et d’enregistrement. Pendant un temps, je n’aimais pas du tout prendre la route et tourner. Mais là, pour celle-ci, j’ai pris beaucoup de plaisir, donc…

Qu’est ce qui a fait la différence durant cette tournée?

Ça va te faire rire, mais il a fait très beau durant toute la tournée. C’était très ensoleillé partout où on allait, et finalement c’est quelque chose de très important, cela joue sur ton moral. On a pu profiter des jours off pour aller à la plage, on s’est vraiment amusé.

Ripley, on te connait également comme membre de Wooden Shjips. Est-il facile pour toi de séparer la composition pour un groupe ou pour l’autre?

C’est plutôt facile pour moi. En général, c’est très clair dans mon esprit, je sais dans ma tête quand je prépare quelque chose pour Moon Duo ou pour Wooden Shjips.

Qu’est ce qui vous a plu musicalement ces derniers temps?

C’est pas tout neuf, mais j’ai découvert sur le tard ‘Donuts’ de J Dilla. Je l’avais depuis longtemps sur ma liste des albums qu’il fallait que j’achète et je l’ai finalement trouvé il y a un mois. C’est probablement le meilleur disque que j’ai pu écouter depuis dix ans, je le trouve absolument incroyable, énorme.
Sanae: J’adore le disque de Steve Gunn, un songwritter de Philadelphie qui a fait partie des Violators de Kurt Vile. C’est un disque d’Americana superbe, avec un son de guitare que je trouve vraiment génial.

Quels sont vos projets suite à cette tournée de Moon Duo?

Ripley: On a déjà enregistré le prochain Wooden Shjips, il sortira en Novembre. Après la tournée de Moon Duo, on rentrera à la maison deux semaines, puis on retournera en Europe pour présenter le disque de Wooden Shjips… Comme tu peux le voir, la vie est dure pour moi, heureusement qu’il fait beau…

Crédit photo homepage: Jerome Sevrette ( >>site officiel<< )

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