Interview : Millencolin (04-2000)

Beaucoup de journalistes semblent constamment oublier votre premier album « Tiny Tunes », alors qu’il s’agit selon moi d’un des meilleurs du genre. Que pensez-vous de cela?

L’album est sorti il y a six ans maintenant et il sonne pour nous assez old school. Nous jouons toujours quelques morceaux de cet album sur scène mais il n’empêche que le son n’est pas le meilleur qui soit même si nous trouvons toujours les morceaux plutôt bien. Peut être que les gens le mettent de côté car il n’était pas sur Epitaph à sa sortie, c’est possible aussi… Nous avons beaucoup progressé depuis ce temps.

Vous êtes de plus en plus affiliés à Epitaph alors que vous avez grandi avec Burning Heart. Comment le label et vous mêmes le vivez vous?

Nous avons toujours été sur BH en Europe et nous le sommes toujours. Nous n’étions sur Epitaph qu’aux Etats-Unis. Epitaph a maintenant racheté plus de la moitié des parts de Burning Heart, c’est donc devenu quasiment la même chose. Chaque label prend soin des groupes sur son propre continent. Epitaph est un des meilleurs labels sur lesquels ont puisse être. Donc c’est tout bon pour nous et Burning Heart car cela nous ouvre sur le marché américain. Avant ce rachat, les groupes suédois pouvaient rarement aller tourner aux USA ou y vendre leurs disques…

Vous semblez vous éloigner de la Suède, votre pays d’origine…

Non, nous vivons en Suède et nous y sommes dés que nous pouvons. Sur les deux dernières années, nous étions constamment là-bas hors mis pour deux tournées. Il y a quatre ans nous étions plus souvent absents.

Qu’apporte votre renommée mondiale à la scène suédoise selon vous?

Je ne pense pas que nous soyons connus dans le monde entier, juste en occident. Très peu de gens connaissent la scène suédoise. Nous faisons boule de neige car nous nous faisons connaître, nous faisons connaître le label et tous ses groupes. Nous ouvrons les portes des copains.

Votre succès semble faire oublier que votre musique est punk avant tout. Quelle est ton opinion?

Les gens qui nous écoutent ne s’arrêtent pas à savoir si notre musique est punk ou non. Nous composons pour tout le monde mais il est très plaisant d’être affilié à cette scène. Plus de jeunes peuvent ainsi découvrir cette musique.

Tu ne te considères pas comme un punk-rockeur?

Je joue ce style de musique mais je ne suis pas un punk. Tout dépend de ta vision des choses…

Et quelle est ta définition?

Faire ce que tu veux quand tu le veux, ne pas avoir de comptes à rendre. Ca c’est être punk mais tu peux l’être sans faire du punk ou faire du punk sans l’être. Nous avons toujours agis comme ça et nous sommes toujours là. On peut penser ainsi même si on fait du hip hop ou du ska.

Votre musique n’a pas véritablement connu de tournant pourtant, vous avez été pas mal critiqués du fait de votre succès. Qu’avez vous à répondre à cela?

Je me fous totalement de ce que les gens peuvent penser. Nous faisons ce que nous avons envie de faire. Le dernier album est beaucoup mieux que le premier, il y a plus d’énergie et d’attitude. Je pense que les gens qui ne nous écoutent plus disent que nous avons ralenti nos compositions. C’est vrai mais elles sont aussi plus agressives et plus intenses qu’auparavant donc ils devraient aimer Pennybridge Pioneers.

Ce dernier album est plus homogène que les précédents. Pourquoi ce choix?

Nous avons pris de l’expérience, nous avons appris à mieux composer, à mieux jouer, à mieux travailler en studio. Je pense que c’est pour cela que notre musique sonne ainsi aujourd’hui. Nous avons laissé tomber les plans ska car il ne fallait pas que ça devienne une habitude. Nous essayons autre chose. Personnellement, j’aime toujours le ska. J’en écoute depuis des années mais des fois ça arrive que l’on n’ait pas d’inspiration pour ce genre de musique.

Etait-ce aussi pour être différent des autres groupes de hardcore mélodique chez qui cela devenait un réflexe de proposer un morceau ska dans leur album?

Non, ce n’était pas le but. Chez nous, le ska est assez rythmé et n’a rien à voir avec ce qui peut se faire en France ou en Jamaïque. Il n’est pas très loin du punk donc pour nous c’était assez naturel d’en jouer. Nous faisons également attention à ce que les gens autour de nous écoutent car nous en faisons partie. C’est ainsi que l’on peut évoluer tout en restant proche de notre public.

Vous avez travaillé avec Brett Gurewitz pour ce dernier album. Quelle est la différence au niveau travail avec votre ancien producteur?

Il a joué le même rôle. Il a de bonnes et nombreuses idées, son studio a du très bon matériel… Don connaissait son studio sur le bout des doigts et avait ses propres techniques qu’il appliquait avec tous les groupes travaillant avec lui. Millencolin a beaucoup plus travaillé en studio pour cet album, Brett s’est vraiment investit dans l’album en faisant des choeurs ou en amenant des mélodies de guitares. Il nous a poussé dans nos retranchements. Certaines personnes disent qu’il sonne comme Bad Religion mais je pense que ce jugement est en partie dû au fait que Brett ait produit Pennybridge Pioneers. C’est stupide de dire cela uniquement parce qu’il s’agit du même studio. Cet album est du pur Millencolin, plus qu’aucun autre.

Quelle est votre opinion au sujet de la scène émo qui efface de plus en plus la vague hardcore mélodique?

J’aime ce style de musique et j’aime les groupes qui en font partie comme les Get Up Kids. Je ne connais pas grand chose de cette scène.

Penses-tu que ce succès ne serait pas le même s’il n’y avait pas eu ce mouvement mélodique. auparavant?

Peut être que certains groupes mélodiques sont devenus plus émo avec le temps. Ils ont pris cette direction comme nous puisque nous avons ralenti nos compositions. De là à dire que c’est grâce à eux…

Comment est venu ce changement que l’on a pu remarquer également chez Nofx avec « Heavy Petting Zoo »?

Personnellement, je pense que les morceaux les plus pop de Nofx sont sur leurs premiers albums. Heavy Petting Zoo n’est pas très pop. Certes, le rythme est plus lent mais les compos sont plus agressives et plus intenses. Pour moi, la pop ne se reconnaît pas au rythme de batterie mais plutôt dans les structures des morceaux, les arrangements ou les mélodies. Des mélodies accrocheuses sont pour moi typiquement pop. Et, les plus belles de Nofx sont quand même sur Ribbed ou White Trash. Les gens ont cet à priori vis à vis de nous également parce que les morceaux ne sont plus aussi rapides. Je les comprends mais il faut tout écouter. Parfois le guitariste peut jouer plus rapidement sur un rythme de batterie plus lent et vice-versa. Comparez « Mr Clean » et « Friends Till The End » et vous verrez. L’important dans notre musique n’est pas le rythme de batterie mais l’agressivité et les mélodies des instruments à cordes ou du chant.

De quoi est fait le futur proche du groupe?

Nous faisons pour l’instant cette tournée européenne. Nous aurons ensuite un mois de repos, puis un festival en Suède. Après, nous irons aux Etats Unis, nous reviendrons en Europe pour quelques festivals en Allemagne. En octobre, nous allons en Australie. Sur le plan discographique, nous allons sortir un maxi tiré de l’album. Nous n’avons pas encore planifié le prochain album car il va falloir composer et prendre le temps de bien travailler. Il n’y a rien qui presse.

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