Interview – Michael Nau, tant qu’il y a de l’espoir…

Après avoir œuvré au sein de Page France puis de Cotton Jones, le compositeur Michael Nau s’offre une première échappée en solo. Toujours épaulé (mais cette fois-ci seulement en studio) par sa femme Whitney McGraw et par quelques autres compères de sa ville natale de Cumberland, dans le Maryland, l’homme vient défendre une musique à son image, humble, généreuse, presque recueillie à l’occasion de la toute récente sortie de ‘Mowing’.

La plupart des titres de ‘Mowing’ sont issus de démos enregistrées ces dernières années pendant la période Cotton Jones… Était-ce dès le départ ton intention de les garder pour toi ?

Michael Nau : Non, je pense que la plupart de mes titres auraient pu coller avec Cotton Jones. Mais il y avait déjà tant à faire… Puis le temps a passé et rien ne se faisait de notre côté…

C’est cette frustration qui t’a donné envie de jouer ces musiques en solo ?

Oui sûrement. En fait, c’est plus le fait que je tenais vraiment à sortir ces chansons. Peu importe avec qui. Et il s’est trouvé que c’était plus simple, plus économique aussi, d’en faire mon propre projet. Ça me permettait aussi de changer un peu.

‘Mowing’ est donc pour toi une manière de tourner la page sur Cotton Jones ? Ou juste un interlude ?

C’est juste que les choses devenaient un peu compliquées à la fin. On avançait lentement pour de multiples raisons. Mais non, la porte n’est pas du tout fermée.

Ta femme, Whitney McGraw, a été sur la route à tes côtés à bien des reprises. Comment vis-tu cet éloignement, musicalement ? Sa présence est-elle plus importante pour toi en studio ou en tournée ?

Cela nous est déjà arrivé quelque fois de tourner séparément. Nous sommes ensemble depuis longtemps. Ce n’est pas plus mal d’être séparés parfois, cela me rappelle qu’elle est la principale raison de ma musique, elle m’encourage constamment. Whitney, comme moi, préfère être sur la route. Mais ce qui importe aussi c’est de faire vivre les chansons. Notre musique évolue au fur et à mesure des concerts, en fonction de ce que tu ressens, du public, des rencontres…

Pour toi, elle est donc à la fois une artiste et une muse, une énergie créatrice comme une source d’inspiration ?

Totalement. Elle m’aide à réaliser que c’est important, mais que je ne peux pas le prendre trop au sérieux. Avoir une famille me fait comprendre que la musique est aujourd’hui plus comme un travail, et qu’il y a des choses plus importantes encore.

Tu viens de Cumberland, une petite ville des Appalaches. Il semble que tu aies trouvé une petite scène musicale là-bas, des amis, des musiciens qui te suivent dans tes différents projets ?

Oui je sens que j’ai vraiment eu de la chance de rencontrer tous ces gens. J’ai l’impression d’être tombé dans un cocon. Tous étaient mes amis bien avant que l’on commence à jouer ensemble. Cela permet aujourd’hui de toujours surmonter les difficultés quand on est sur la route, de se sentir soutenu. Mais ils ne viennent pas tous du Maryland, j’ai la chance de connaître des musiciens d’un peu partout. Notre bassiste en ce moment vient de Portland par exemple.

Dans ‘The Glass’, tu as ces très jolis vers : ‘Scars the truest star, fill up the shape you are‘. Les paroles de tes chansons sont plutôt poétiques, écrites dans un style assez symboliste qui me fait penser à d’autres groupes du Maryland comme Beach House par exemple (Baltimore). Tu te sens influencé par des artistes autour de toi, des poètes ?

Oui bien sûr, par mon entourage. J’aime beaucoup la musique soul et reggae, j’aime le sentiment qu’il y a dans ces musiques. C’est quelque chose qui te parle directement, qui ne va pas par quatre chemins et n’essaye pas d’être savant. Et j’ai lu beaucoup de poésie à une époque.

Quand on lit tes textes justement, on pourrait croire que c’est avant tout un poème mis en musique…

Oui mais c’est quelque chose qui m’intéresse moins aujourd’hui. Je préfère les choses simples, il n’y pas besoin de nombreuses métaphores, d’être si descriptif. Quelques bonnes lignes, quelques mélodies. Mais j’ai écouté aussi beaucoup de musique folk, de grands songwriters. Je pense surtout qu’il ne faut pas avoir un but défini quand tu commences une chanson, il faut la laisser évoluer d’elle-même. Aujourd’hui, je suis sensible à l’harmonie entre différentes voix, mais j’aime aussi cette impression quand tu écoutes une chanson et que tu te dis que tu pourrais enlever la voix et l’émotion sans affecter ce qu’elle dégage.

Tes textes, ta musique sont souvent mélancoliques, mais il y a aussi un certain espoir dedans. L’image d’une route brumeuse, sombre, sur laquelle une lumière ou le jour se lèvent revient plusieurs fois chez toi par exemple. Les quelques chroniques sur ‘Mowing’ vont aussi dans ce sens. Au vu des événements récents, et de l’air du temps en général, tu penses que cet espoir est quelque chose de particulièrement vital aujourd’hui ?

Oui bien sûr, tout ça c’est vraiment fou, je me sens triste, en colère. Mais je ne sais pas, je ne contrôle pas vraiment le processus d’écriture, je ne suis pas bon à ça. Je sais que j’aime inclure des éléments d’espoir car je ne sais pas vraiment ce qui peut marcher sinon. Regarder le bon côté des choses ne veut pas dire que tu ignores le mauvais. C’est ce que j’aime par exemple avec le reggae, qui parle souvent de ce dépassement.

Dernière question, tu dis que tu ne sais pas vraiment ce qui peut marcher à part l’espoir. Tu crois que l’amour subsiste (‘Love Survive’) ?

Ah… Oui j’aime penser ça. Pour moi quand je regarde autour de moi, je vois des choses qui s’effondrent, qui continuent de s’effondrer. Mais d’un autre côté, je ne sais pas, je sens ce sentiment d’amour, l’amour qui survit. Et ce sont les seuls moments où tu te sens bien, quand tu as l’impression de perdre le fil des choses. Et que tu te dis ‘j’espère que tout cela est vrai‘.

J’espère que c’est vrai pour toi.

Je l’espère pour toi aussi.

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