Interview – Mermonte, la pop autrement

Deux ans après un premier album qui a fait de Mermonte la grande révélation française de l’année 2012, Ghislain Fracapane a remis le couvert en compagnie d’un groupe plus élargi encore, afin d’accoucher de ‘Audiorama‘, une suite forcément très attendue par ceux qui étaient tombés sous le charme de sa pop acrobate. Désormais forts d’une solide expérience live, les rennais redessinent les préjugés quant aux seconds disques que l’on dit souvent imparfaits. Plus efficaces parce plus électriques, tous dévoilent la mue – légère, mais mue quand même – de Mermonte, ici défendu par son chef d’orchestre.

‘Audiorama’ a été pensé pour la scène suite à une première tournée qui a apparemment créé des besoins. Quels constats et enseignements tirais tu après ces concerts?

Ghislain Fracapane: La composition de ‘Audiorama’ s’est faite petit à petit. Je n’ai pas laissé de répit entre le premier album et celui-ci. Mais après les premiers concerts et tournées, je me suis aperçu que nous manquions de moments catchy. Comme on aime beaucoup ce genre de morceaux, on en a fait quelques-uns pour remplir le set.

A quel moment as tu pris conscience que Mermonte prenait une ampleur inattendue? D’ailleurs, est ce qu’il t’est déjà arrivé d’avoir la sensation de ne plus avoir la main mise sur le projet, que l’accueil dithyrambique te dépassait un peu?

Je pense que j’ai pris conscience de cette ampleur dès le début, quand j’ai commencé à faire écouter mes démos à mes amis et qu’elles faisaient l’unanimité. Il y aussi eu la salle du Jardin Moderne comble pour notre premier concert qui m’a permis de voir un peu quelle notoriété nous pourrions avoir dans le futur. Nous avons beaucoup de chance car on arrive à faire des concerts dans de bonnes salles en faisant de la musique qui reste indépendante. Après il est très difficile pour un artiste de savoir quelle notoriété il a. Nous savons que nous avons de très bonnes chroniques dans beaucoup de magazines musicaux, que nous passons de temps en temps à la radio, et que nous avons une fan base. Cependant, nous ne sommes pas encore arrivés au succès de nombreux artistes tel que Yann Tiersen par exemple, que tout le monde connait. Donc nous arrivons à contrôler tout ça pour l’instant. Nous savons ou aller depuis le début, et j’espère qu’on aura toujours la même façon de penser si jamais le groupe vendait plus de 100 000 albums.

Quelque part, tu dois te considérer chanceux parce que, sans le succès du premier album, il aurait été difficile de tourner régulièrement avec autant de musiciens dans des salles très modestes, tant au niveau de la jauge que des cachets qu’elles proposent. Non?

Bien sur que nous sommes chanceux. La plupart des membres du groupe ont vécu des tournées d’un mois avec d’autres projets, sans argent, avec un accueil désastreux, dans des salles carrelées ou la jauge était de 50 personnes maximum. Avec Mermonte, nous jouons dans de belles salles, avec un son correct, ou nous sommes payés et logés. Ça n’arrive pas à beaucoup de groupes ces temps-ci.

Au delà des compositions, as tu également repensé la scène pour les prochains concerts? Y serez vous par exemple encore plus nombreux étant donné les instruments ajoutés pour ‘Audiorama’?

Oui, nous avons repensé la scénographie pour une question de son sur scène. Nous sommes onze maintenant avec l’arrivée d’Eléonore James, la chanteuse de Bumpkin Island. Il y a quelques semaines, nous avons joué avec un trompettiste et une flûtiste en concert. Nous avons aussi tourné un film/documentaire avec la Blogothèque, avec des morceaux allant jusqu’à 25 personnes. Mais ça reste occasionnel. Pour l’instant, on ne peut pas se permettre d’ajouter des musiciens pour tourner. Mais c’est ce qu’on aimerait faire.

Chacun des titres de ce nouvel album prend le nom d’une personne qui t’est chère. A quel moment cette idée est elle venue? Le concept de ‘Audiorama’ a t-il vraiment été de composer en fonction de la personne? Ou as tu simplement attribué un morceau à chacun selon l’ambiance obtenue?

Le concept de ‘Audiorama’ s’est créé avec le titre ‘Romain Paumard’ qui n’est pas sur l’album. On avait envie de lui faire une chanson, car c’est quelqu’un d’assez spécial pour la plupart d’entre nous. Du coup, j’ai décidé d’en faire plusieurs, pour tous les gens qui m’ont influencé musicalement comme dans la vie. Le choix des personnes se fait souvent selon l’ambiance du morceau ou, au contraire, pour une personne en particulier. Ça varie.

Quand tu commences à composer un morceau, as tu déjà en tête une ambiance précise ou est ce que tout évolue au fur et à mesure? Dans quelle mesure les musiciens qui interviennent ont un impact sur le morceau final?

Je compose souvent à partir de rythmes ou de mélodies qui me trottent dans la tête. J’enregistre une boucle dans mon téléphone et je travaille ça chez moi avec les instruments que j’ai sous la main. Les musiciens de Mermonte ont un impact sur le son lorsque l’on répète les morceaux. C’est eux qui ont l’arrangement final.

Agis tu totalement librement ou anticipes tu les désirs et les plaisirs des musiciens qui t’accompagnent? Autrement dit, fais tu des concessions pour eux?

J’agis assez librement lorsque je compose. J’ai du mal à faire des commandes pour les autres. J’aime laisser le hasard faire quand je travaille pour Mermonte et ne pas avoir de barrière. J’ai la chance d’avoir des musiciens qui ont les mêmes influences que moi, donc on est souvent d’accord sur l’ambiance et le style des chansons.

Je suppose que diriger une dizaine de musiciens doit faire appel à pas mal d’assurance de ta part. Es tu quelqu’un qui écoute ou qui impose ses idées? Y a t-il déjà eu des discussions animées au sein de Mermonte quant à l’évolution d’un morceau par exemple?

J’avoue être très dictateur dans les groupes dont je fais partie, à l’exception de ceux dans lesquels je ne participe pas à la composition. Mermonte est mon projet, donc je compose tout, et il faut que ça sonne comme je l’entends. Mais encore une fois, nos influences étant les mêmes, nous tombons tous souvent d’accord. On a jamais de problème là dessus, hormis peut être sur quelques harmonies qui frottaient sur certains morceaux.

Le temps de deux albums, tu as du déjà assouvir pas mal d’envies. Y en a t-il encore qui te tiennent à coeur et que tu aimerais concrétiser à l’avenir?

Il y a encore beaucoup de choses que j’aimerais faire. J’écoute beaucoup de styles de musique. En ce moment, j’essaye d’aller un peu plus loin, et de faire une musique plus mystique, comme l’ont fait Alice Coltrane, Mccoy Tyner, ou The Pyramids. On a un projet de Mermonte Orchestra, avec des musiciens classiques. Je croise les doigts pour que ça se concrétise. J’aimerais aussi essayer d’enregistrer plus en live et travailler avec l’âme des musiciens. Faire quelque chose de plus free. Mais j’adore tellement la pop que je ferai encore des morceaux comme j’ai fait pour les deux albums précédents.

On te connaissait auparavant grâce à des groupes très pointus comme Fago Sepia. Faut il une certaine maturité pour assumer un tout autre genre musical et se lancer dans une telle aventure

Fago.Sépia est un groupe au sein duquel tout le monde compose, donc l’approche est très différente. Ce sont des gens dont j’admire l’inventivité. Au début, Mermonte était juste un side projet dans lequel je pouvais assouvir tous mes désirs de composition. J’ai été accompagné par mes amis pour créer ce projet, donc c’est grâce à eux que j’assume totalement la musique que l’on fait. Nous prenons les risques ensemble.

Est ce qu’il est parfois difficile de faire rimer accessibilité avec culture musicale et talent quand on est un musicien accompli?

Je fais la musique que j’aime, et que mes amis aiment. Donc je ne me suis jamais posé la question de l’accessibilité. Je ne fais pas ça principalement pour gagner de l’argent. Sinon, je ne tournerais pas avec onze musiciens. Par contre, le but de Mermonte est de composer quelque chose de difficile, mais qui soit écoutable pour tout le monde. C’est un peu ma définition de la musique pop. C’est ce que j’aime chez les Beatles ou les Beach Boys par exemple. Mais je ne fais aucune concession pour que le groupe devienne commercial.

Mermonte, c’est presque une vitrine idéale pour défendre l’énorme activité musicale de la ville de Rennes. Est ce que ta position de compositeur et de chef d’orchestre au sein de Mermonte fait de toi un préposé à la culture?

Je pense que d’autres personnes sont bien plus qualifiées que moi pour décider de ce que doit faire la ville de Rennes en termes de culture. Cependant, j’aimerais que quelqu’un puisse défendre la musique indépendante dans cette ville. Rennes a un grand nombre de bons groupes, mais pas assez de lieux.

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