Interview – Mein Sohn William, de toute façon ca va pas marcher

Du lo-fi, de la pop, de la joie, et des pédales de samples. Avec tout ça, Mein Sohn William s’amuse à torturer, sourire aux lèvres, des morceaux récalcitrants qui prennent avec ‘Every Day, In Every Way‘ l’allure de vraies chansons. Pour ce deuxième album composé à quatre mains et qui met fin à deux ans d’abstinence, Dorian Taburet répondait à nos questions avant son concert à La Flèche D’or.

Sur le précédent album, Antoine Bellanger (Gratuit) n’était intervenu que sur une partie. Comment s’est déroulé l’enregistrement de ‘Every Day, In Every Way’ qui, cette fois, s’est fait à quatre mains?

Dorian Taburet: Il y a eu une division naturelle du travail sur certains morceaux, sur d’autres non. Sur beaucoup d’entre eux, j’ai préparé les gimmicks, j’ai un peu maquetté mes premières idées chez moi, parce que ça faisait peut être deux ans que je n’avais rien fait. Du coup, j’ai écrit les premiers trucs qui me sont venus.

Le fait d’avoir tourné avec Antoine auparavant, ça aide à acquérir des réflexes en studio?

C’est évident ouais. Il y a eu des morceaux qu’on a voulu réenregistrer. Par exemple, ‘Husband’ – qui était sur le premier album – se retrouve sur le deuxième parce qu’on l’a tellement modifié sur scène à deux que ça n’avait plus du tout la même couleur. On avait envie de restituer cette évolution.

Du coup, ça tombe bien: ‘Until The Beginning’ sur le nouvel album, c’est une réponse à ‘Until The End’? Vos morceaux se courent après d’un album à l’autre?

Non, ça, c’est juste une petite blague, elles sont pas trop en rapport toutes les deux. Parfois, c’est dur de trouver un titre. Pour ‘Husband’/’Dear Husband’, il fallait la réenregistrer, et le fait de ne plus avoir Carla de Mansfield Tya au violon dessus, ça changeait également la nature du morceau. Tout d’un coup, il était beaucoup plus agressif, plus noise.

Est ce que c’est dur de reprendre le chemin des studios deux ans après, sans avoir enregistré quoi que ce soit?

Non, au contraire, c’est super excitant parce que, moi, j’ai appris en même temps à enregistrer. Je n’avais aucune notion d’enregistrement avant, j’ai appris sur le tas et, par curiosité, tu as toujours envie d’aller plus loin. La pause était volontaire pour que ça sorte, sinon on finit toujours par écrire les mêmes morceaux. Garder un temps de pause et un temps d’écriture, c’est vraiment intéressant quand on a quelque chose à sortir.

Est ce que tu peux revenir sur ta rencontre avec Antoine? Comment vous êtes vous rencontrés?

On s’est rencontré sur des concerts entre Nantes et Rennes, des réseaux de copains. Il m’a sonorisé une première fois quand j’étais en formule solo. Par la suite, on a beaucoup discuté du travail qu’il avait fait pour la production de ses groupes. Du coup, quand je me suis dis qu’il fallait passer à l’acte pour en enregistrer un nouveau, j’ai pensé que c’était assez juste de voir ça avec lui.

J’avais une question pour Antoine mais peut être que tu peux y répondre à sa place… J’ai vu qu’il avait fait des installations sonores… Est ce que tu penses que ça l’a aidé à intégrer le groupe? Même si ce n’est pas le même procédé, il y a un parallèle dans la manière de manier les sons…

Je pense qu’il dirait que la musique est de toute manière un petit peu un dispositif, et qu’il faut l’adapter en fonction de ses besoins. Et les machines, ils faut les utiliser dans le but qu’on attend d’elles. Par exemple, on ne lit pas de revue sur le matos, sur les synthés MIDI et leurs plugins. Quand on veut un effet, c’est là qu’on va chercher ce qui existe pour savoir ce qui peut nous appâter.

Tu as été un moment seul à la tête du groupe… Est ce que tu peux revenir sur ta formation musicale? Comment as tu intégré le côté ludique dans ta musique?

De manière naturelle, Mein Sohn William a commencé à la fin d’un projet qu’on avait avec plusieurs copains, pour s’amuser et faire quelques concerts dans les bars. Ca s’appelait Mon Légionnaire, ça sonnait un peu noise stoner, et on s’est arrêté pour des histoires de gonzesses et de conneries. C’était bien, mais moi je comprenais rien à la musique à ce moment là, je ne savais même pas ce que c’était 4/4. Et du coup, j’avais envie de continuer malgré tout. J’ai donc réinterprété des veilles chansons que j’avais écrite avec ce groupe là, mais tout seul, juste en guitare-voix. J’ai fait un premier concert qui était pathétique, et des potes m’ont dit: ‘bah, Dorian, tu nous as demandé de venir, mais on est hyper déçu, c’est nul ce que t’as fait!‘. Alors le concert suivant, j’ai rajouté des pédales de samples, n’importe quoi qui pouvait amener une autre atmosphère, une autre construction un peu plus sophistiquée. Peu de temps après, c’est Jeremy qui m’a enregistré sur la première démo, qui était à l’époque un peu plus arrangée que ce que je faisais sur scène.

Je voudrais revenir sur le coté dada qu’on retrouve souvent associé à ta musique. Est ce que c’est quelque chose que tu avais en tête ou c’est un qualificatif qu’on t’a accolé?

Je trouve que c’est assez juste de le mettre, au contraire. J’aime pas trop les étiquettes, puis coller dada sur de la musique, ça ne veut pas dire grand chose à la fois. Effectivement, c’est pop dadaïste dans le collage, dans la manière d’utiliser les instruments avec très peu de savoir au final. Je n’ai pas beaucoup de notions des instruments que je joue. Tous les jours, j’en découvre un petit peu plus sur ce que je peux faire.

Justement, j’ai vu une petite session vidéo de ‘Avoid’ ou tu joues avec Antoine. Au début, tu dis ‘de toute façon ça va pas marcher‘… Est ce que c’est un peu le lien que tu entretiens avec la technique? Du genre, de toute façon ça va être n’importe quoi? Comment est ce que ça a évolué ce rapport à la technique? Est ce que ça te frustre toujours autant ou est ce que tu arrives à le contourner plus facilement?

Ouais, ou alors ‘là, il va falloir trouver une fin‘ (rires)! Non, on arrive à le contourner plus facilement, on comprend de plus en plus les machines qu’on utilise. Ca revient à ce que je te disais: on n’est pas victime des machines. C’est nous qui savons comment les utiliser, et si on veut aller encore plus loin, on peut en rajouter une, deux… Et là, je suis très content avec le projet comme il est maintenant, parce que ça a commencé avec une pédale de samples et le groupe était vachement qualifié ‘de truc à pédale de samples’. Un mec utilise deux fois ses pieds pour sampler, et voilà qu’on ne parle plus que de ça! Aujourd’hui, avec Mein Sohn William, on ne ressent plus sur scène ce côté samplé. Du coup, il y a plein de gens qui me demandent comment on a planché tous nos machins. Personne ne comprend tout à fait comment ça marche sur scène. Cette ambiguïté là, je trouve ça très intéressant parce que, enfin, on arrive à montrer un groupe qui a une construction qui n’est pas forcément la même, ou une construction qui n’est pas uniquement liée à un matos qu’on pourrait utiliser. En ce moment, des projets avec des pédales comme ça, il y en a au moins 3000! Et ceux qui les utilisent vraiment bien sont ceux qui arrivent à faire oublier qu’ils les utilisent. Parce qu’au bout d’un moment, on a l’ impression – peu importe le genre musical – d’entendre toujours la même chanson qui utilise une RC50.

Est ce que ça t’arrive de le bricoler ton matériel?

Je l’ouvre pour le rafistoler mais sinon, non, c’est compliqué. Ce sont des processeurs numériques donc si tu commences à y toucher, ça demande un savoir faire qui va au-delà du bricolage à la maison. On lui fait seulement changer de place dans l’architecture, entre les instruments qu’on a en commun entre Antoine et moi. Puis au bout d’un moment, il y a une place définitive qui commence à se faire.

Qu’est ce que tu vois comme changements entre le premier et ce nouvel album?

Bah, déjà, la on ne sent plus que c’est du sample, on ne sent plus trop le collage, l’imbrication permanente de plein d’éléments. C’est vraiment un truc en plus qu’il n’y avait pas sur le dernier opus par exemple. Il y a un travail beaucoup plus pop, plus porté sur la voix. J’ai écrit plus de textes que pour le premier album, ça reste 10 pages assez courtes mais c’est quand même plus de textes. Et il y a plus de passages chantés, alors qu’avant c’était plutôt parlé.

On peut dire que, pour cet album là, ta préparation en amont s’apparente plus à celle d’un chanteur de pop qu’à celui d’un bricoleur lo-fi. Je le trouve plus ‘gros’, plus produit, avec des morceaux plus longs aussi. Est ce que c’était un challenge de prendre de l’envergure, sans pour autant te démarquer totalement de ce qui a fait ton originalité? De faire des morceaux de façon plus construite?

Oui, tout à fait. Après, c’est une volonté de ne pas faire toujours la même chose. Un disque, c’est beaucoup de travaux à la fois, ce n’est pas juste une belle photographie d’un moment. C’est à la fois un temps passé, un temps présent quand t’enregistres, ce sont les arrangements que tu vas lui apporter, et c’est ce qui va inspirer derrière. Encore une fois, si un disque n’est qu’une belle photographie, il est raté. Ca ne peut pas être que ça, sinon il est condamné à n’être qu’un seul bloc, qui n’a qu’une seule et même écoute. Au contraire, s’il inspire, là tu as réussi le pari. Après je ne suis pas en train de vanter ce que j’ai fait (rires)!

Au niveau des textes, quelles sont tes techniques d’écriture? Comment choisis tu d’écrire un texte sur Roman Danzé (joueur de foot du Stade Rennais), ou de faire une énumération des scènes récurrentes dans les films catastrophe?

C’est souvent une image qui revient en tête. Pour ‘End World’s Not Today’, c’était clairement un ras le bol. J’en parlais souvent en bagnole en tournée, j’en avais marre de voir des films catastrophe et de lire des bouquins qui parlent de la fin du monde. Le dernier que j’ai vu, c’était un film des frères Larrieux avec Mathieu Amalric (Les derniers jours du monde). J’en étais malade pendant trois mois. Ca se passe dans le sud de la France, je suis parti en vacances là-bas après, je revoyais les images constamment et puis, à un moment, je me suis dis: ‘mais arrête, tu psychotes‘. En ce moment, les thèmes de tous les films qui sortent au cinéma, de beaucoup de choses, c’est la fin du monde! Même dans les X-Men!

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