Interview : Mei Tei Sho (11-2003)

Vous faites pas mal référence à l’Asie avec votre design. Quel lien doit on y voir avec Meiteisho? D’ailleurs que veut dire Meiteisho?

Jean: le Mei Tei Sho désigne un phénomène de fermentation du riz dans le ventre. Phénomène pouvant peut-être mener à un état proche de l’enivrement.

Qu’est-ce qui selon vous vous a amené à produire une musique si personnelle et reconnaissable?

La rencontre des différentes personnes qui composent le groupe (différences d’origine,de background musical etc…) et leur envie de faire une musique qui leur soit propre. Livrer sa propre version de ce qu’on écoute et vit. Le propos c’est d’avoir une démarche personnelle et de garder la liberté de faire sauter les barrières.

Vous avez sorti un live en tant que second album et ce, assez prématurément. Etait-ce une volonté de montrer que Meiteisho est avant tout un groupe de scène?

Je ne pense pas personnellement que ce soit prématuré. Pour le live, c’était une façon de livrer aux gens l’autre facette de Mei Tei Sho. Tous les artistes vous le diront : le scène et le studio sont deux choses qu’on aborde différemment. Et on pense que c’est bon de livrer aussi aux gens ce que la musique peut avoir de spontané par rapport au studio, où tout est réfléchi d’avance.

Votre musique provoque sans nul doute un effet de transe. Est-ce véritablement recherché lors du processus de composition?

Notre kif à nous, c’est que la musique ait un effet sur le corps et l’esprit. Si nous arrivons à le faire passer, c’est bien. En période de création, nous essayons de ne pas nous brider et de voir quelles sont les différentes directions que peut prendre un morceau. C’est peut-être ça qui fait cet effet de transe, faire vivre les morceaux.

D’après vous, est-ce cela qui en partie vous rallie à la scène dub française?

Nous sommes arrivés à une période où cette scène émergeait. On nous a mis dans ce train même si nous avons soutenu ne pas faire du dub. Cependant, nous partageons beaucoup de choses avec des groupes comme Zenzile, High Tone, Kaly, Ezekiel etc… Notamment, l’envie de faire une musique libre, de faire sauter les cloisons et les frontières tout en faisant quelque chose de très personnel.

Quel est le principal message que vous voulez faire passer par vos textes et votre musique?

Que les humains doivent approfondir leur connaissance de ce monde où nous ne sommes que des passagers, et faire en sorte que tout le monde puisse y trouver son compte. Des gens disent que ce n’est pas possible, mais je pense que si chacun d’entre nous cherche à s’améliorer humainement et à progresser dans sa discipline et dans ses rapports avec les autres, cela peut se faire.

Vous avez tourné dans l’Est de l’Europe. Comment votre musique a-t-elle été accueillie dans ces pays?

Très bien. Les gens sont en demande dans ces pays. Ils ne jouent pas aux blasés. Ils ont vraiment envie d’ouverture sur les autres, de découvertes.

Comment s’est faite la rencontre et la collaboration avec Ganoub? Quels souvenirs marquants garderez vous de cette expérience?

J’ai eu à travailler avec Ganoub parce qu’à l’époque, la personne qui s’occupait d’eux et d’autres groupes égyptiens en France, cherchait une personne capable de leur apporter une touche urbaine, moderne. Ils ont fait des essais avec des rappeurs. Ca n’a pas trop marché alors quelqu’un lui a parlé de moi. Il m’a appelé et je suis monté à Paris où j’ai rencontré un premier groupe avec lequel j’ai fait des essais et ils ont voulu travailler avec moi. Mais je n’ai eu à travailler avec Ganoub qu’un peu plus tard pour chanter, faire des lectures de poèmes arabes traduits en français. Il y avait aussi l’ancien dj de Mei Tei Sho dans l’histoire, et il a aussi fait la tournée Sandaleya. Un jour, pour un concert à la Guinguette Pirate, on a invité un saxophoniste et un percussionniste égyptiens qui nous ont vraiment fait plaisir sur scène. Une autre fois, c’était un joueur de Oud. Et tout ça s’est toujours bien passé. Notre manager Loïc et Ahmed El Maghraby, qui s’occupait des égyptiens, se sont contactés pour essayer de faire quelque chose ensemble. L’idée nous plaisait de voir ce que ça pourrait donner de croiser l’univers de Mei Tei Sho, qui fait une musique assez libre et qui n’obéit à aucun format, et celui de Ganoub qui eux, font une musique traditionnelle et obéissant à des règles précises. On a été charmé par leur ouverture d’esprit. Il a fallu trouver un langage commun pour pouvoir discuter et échanger des idées. On a appelé ça l’Arabic-English. Mais au-delà de tout ça, la musique qui naissait de cette rencontre semblait plaire aux gens, en France comme en Egypte. Les rencontres qu’on a faites là bas nous ont prouvé que la musique est vraiment sans frontière, et qu’elle reste un média assez puissant pour relier les hommes entre eux tant qu’elle reste sincère et qu’elle véhicule une émotion. Et ils savent reconnaître quand elle est bonne ou mauvaise. Cette aventure qui devait n’être qu’une aventure musicale, s’est avérée aussi très enrichissante au niveau humain et nous a permis de découvrir l’Egypte. Nous avons rencontré des gens fiers de leur culture et ravis de partager et de comprendre celle des autres. Des musiciens de talents prompts à partager leur savoir pour peu qu’on s’y intéresse. Nous avons pu aussi voir comment le tourisme pervertit avec l’argent. Nous sommes allés à Port-Said rendre visite à des musiciens qui étaient venus jouer pour nous au Caire. Ils jouent tous les mercredis soir dans le même endroit depuis quinze ans et les gens ne s’en lacent pas. Ils sont une encyclopédie de la musique traditionnelle égyptienne, autant religieuse que profane (les chants de marins par exemple). Ils nous ont amenés dans une fumerie assez spéciale où l’on ne fume pas que la chicha… Mais bon, je ne vais pas te faire une dissertation sur ce voyage mais j’en garderai un souvenir impérissable. On reste ouvert à ce genre d’expérience, car ça fait vraiment se repositionner par rapport à des conceptions figées que des gens peuvent avoir sur la musique en l’enfermant dans des styles et de formes destinés à duper le plus grand nombre.

Quelles leçons tirez vous de cette expérience?

Que la musique transcende les barrières de la langue et de la culture quand les hommes se reconnaissent tout simplement comme des êtres d’émotion.

Quelles traces resteront de cette rencontre (DVD, disque)? Quand ces sorties sont elles prévues?

Pour le moment, il n’y a rien de prévu à ce niveau. Il y a cependant deux morceaux qui figurent sur la dernière compilation du Mediator à Perpignan qui nous avait accueillis pour la préparation de cette tournée.

Vous préparez un nouvel album pour l’année prochaine. Comment s’annonce t-il par rapport aux précédents?

Nous vous laissons le bénéfice de la surprise.

Le mot de la fin…

Tout d’abord mille excuses pour ne pas avoir répondu plus tôt à cette interview pour cause de préparation d’album. Pour ça, je vous donne en exclusivité le nom du futur album qui en est au mixage: « Lô Bâ ». Merci de nous accorder votre attention.

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