Interview : Matthew Herbert (09-2003)

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( interview réalisée en collaboration avec Agora FM )

Peux tu nous parler de cette nouvelle expérience en big band? Quelles sont les grosses différences de travail entre cette dernière et tes expériences solos?

C’est quelque chose qui est venu très logiquement à moi. Pour une fois, j’ai travaillé en communauté ce qui me permet désormais de proposer autre chose scéniquement et musicalement parlant. Ca a demandé une plus grande organisation ainsi qu’une grande coordination entre tous les éléments du projet. Ca a été une très belle et instructive expérience qui m’a permis de ne pas m’en tenir qu’à ma propre vision musicale, de m’investir profondément dans un esprit jazz et de travail de groupe à la manière de Madonna, des Spice Girls, de Ray Charles ou de Sonny Rollins. Pour être plus sérieux, c’est un autre genre d’approche qui s’est avéré attirant et intéressant du fait qu’il est proche de l’environnement politique au sein duquel il a été composé. Je suis très heureux aujourd’hui de présenter tout ce travail en live.

Dans une interview, Thomas Brinkmann dit qu’il respecte beaucoup ta musique mais qu’il ne partage pas ton opinion au sujet du sampling et du fait que tu considères ton art comme une arme politique. Lui considère l’émotion comme une arme au détriment d’un engagement politique. Quelle en est ta conception exactement?

Pour moi, ça n’a pas vraiment de sens. Ce qui se passe dans le monde actuellement m’émeut beaucoup. Toute musique dégage de l’émotion et je pense qu’il est bon de s’en servir pour faire passer des messages, pour critiquer ce qui se passe tout en gardant une mentalité positive. Le principal pour moi est de rester indépendant, de faire le maximum de concerts dans le monde entier pour y proposer ma musique mais aussi présenter mes idées. Des événements comme la guerre en Irak ne peuvent pas me laisser insensibles, donc j’y fais allusion plus ou moins directement. C’est pourquoi dans mon dernier album, cela est évoqué uniquement par un concept. Le morceau ne comporte que des bruits d’une machine à écrire délivrant un texte anti-guerre. Faire de la musique est une chance inouïe d’exprimer ses idées. Ne pas le faire, ça peut tout simplement aboutir sur du Britney Spears qui préfère parler de son petit ami au volant de sa voiture ou de choses comme ça.

On aura compris que le jazz est un genre que tu respectes beaucoup. Quels points communs y vois tu avec l’electro?

Il n’y en a pas beaucoup en fait car le jazz reste une prouesse avec ses multiples éléments, sa liberté et sa complexité alors que l’electro est plus directe, plus simple avec seulement un ou deux plans principaux, ne passe pas par quatre chemins et a comme but majeur de faire danser les gens. Le jazz est un genre musical plus intellectuel, on peut dire cela comme ça. Un des seuls points communs qu’ils peuvent avoir est qu’ils sont tous deux apparus en marge du mainstream.

Quand as tu véritablement commencé à t’impliquer dans des projets musicaux?

J’ai commencé la musique à l’âge de quatre ans lorsque j’ai commencé à apprendre le violon et le piano. J’ai ensuite concrétisé cela en faisant partie d’un big band quand j’avais 14 ans et cela a duré trois ans. J’y jouais du clavier. A partir de la j’ai découvert le sampling et cela a totalement bouleversé ma vision de la musique. J’ai trouvé cela très excitant et j’ai commencé progressivement à y voir vraiment quelque chose de concret, quelque chose qui pouvait avoir une progression infinie. Tout peut faire un bruit intéressant et devenir une source sonore originale. Le moindre bruit de la vie quotidienne est important pour moi car il permet au public de tisser un lien direct entre ce qu’il voit et ce qu’il entend.

C’est cela qui t’a poussé à écrire ta propre charte (Pccom)?

Exactement. Quand je rentre en studio, mes machines sont vides. Donc, dés que je commence à composer, il me faut des sons pour une base solide. Et c’est cette base qui fait vraiment la personnalité des morceaux et d’un artiste. C’est dans le choix des samples ou leur création qui font ta patte et non la manière de les orchestrer. Mais le Pccom n’est en rien une volonté d’imposer quoi que ce soit aux autres. C’est avant tout une ligne directrice personnelle qui me permet de ne pas tomber dans la facilité, de proposer des sons inédits, et de les retranscrire fidèlement en live.

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Laisses tu place à l’improvisation sur scène avec les musiciens du big band ?

Non pas du tout. J’ai composé tout l’album moi même au piano et seul un travail d’adaptation à la scène s’est avéré nécessaire pour proposer ce que vous allez entendre ce soir.

Tu as utilisé beaucoup de noms comme « Dr Rockit » ou « Radio Boy » pour tes différents projets. Etait-ce un moyen de te sentir plus libre et de ne pas traîner l’image artistique de tes précédents projets?

C’est avant tout pour une raison économique. Cela m’a permis de figurer sur différents labels et d’avoir une plus grande liberté d’action. C’est très important pour moi en tant que compositeur de ne pas me sentir frustré à cause de problèmes légaux. Je compose autant que je peux et ne supporte pas d’être freiné par des décisions que je ne prends pas moi même.

Que penses tu de la hype electroclash qui sévit depuis quelques temps?

Ca ne veut absolument rien dire pour moi. Tout cela est ironique et déprimant. Ca sent le fric et le coup marketing. C’est on ne peut plus cynique. Je préfères les Spice Girls … ( léger sourire ironique )

Quels sont tes projets à venir? Comptes tu sortir un nouvel album de house?

Je ne sais pas, peut être. Je n’ai pas mis du tout cette influence de côté. J’ai quelques morceaux en travaux et dés que j’aurais assez de contenu pour sortir un nouveau disque, je me sentirai totalement libre de le faire. Pour l’instant, ce n’est pas ma priorité mais ça viendra.

Préfères tu les dj sets en clubs?

Non, je trouve que c’est beaucoup trop payé pour les prestations proposées. Je me fous un peu de l’argent, je préfère surtout donner quelque chose d’intéressant à mon public. Je ne suis pas du genre à rentrer quelques nouveaux morceaux dans un ordinateur afin de les jouer tel quel en public. La plupart des Djs que je connais gagnent plus d’argent que moi en jouant mes disques. J’aspire à quelque chose de plus créatif.

Tu as collaboré avec Bjork et Moloko et remixé de nombreux autres comme Serge Gainsbourg. Comptes tu dans le futur rééditer ce genre d’expériences avec d’autres artistes?

Je fais actuellement environ quatre remixes par mois. J’en ai fait un nombre considérable, depuis cinq ans. Je remixe tout le temps en réalité! Quelques collaborations devraient bientôt sortir comme celles avec Mouse On Mars, et quelques remixes de Soft Pink Truth, Yoko Ono, Oscar Brown Jr, Moloko, John Cale, Jaga Jazzist et Michel Petrucciani sont également imminents.

Pourquoi as tu choisi d’être là aujourd’hui à Cannes alors que c’est assez loin de ta vision politique des choses?

On m’a demandé dans un premier temps et j’ai refusé. Puis je n’ai pu résisté à jouer près de la mer. Puis, c’est un bon festival, la programmation est intéressante et cela n’a pas vraiment de rapport avec l’image que l’on peut se faire de Cannes.

Tu es donc quelqu’un à l’esprit ouvert…

Oui. Même si je n’aime pas tout ce qui sent l’argent.

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