Interview : Mass Hysteria (01-1998)

On commence par l’habituelle présentation du groupe…

Mouss: Je suis au chant, Pascal est au sampler, Raphaël à la batterie, Erwann et Yann à la guitare, Stéphane à la basse.

Votre dernier album est plus mature, plus travaillé. La manière de composer a-t-elle été différente que pour « Le Bien Être et La Paix?

Elle a été différente dans l’expérience car on avait celle du premier album et les 150 dates qui ont suivi. Ca fait un vrai travail de complicité. Le deuxième album est donc plus épais grâce à ce que l’on a vécu et les dates nous ont appris à être ensemble et connaître la musique sur le bout des doigts. Pour la composition, cela a été un peu pareil, c’était plus limpide. Le premier album a été travaillé sur les machines (basse-machine) alors que le deuxième s’est plus fait sur basse-guitare.

Le travail des samples a été également différent alors?

Sur le premier, les guitares se sont mises sur les samples alors que pour « Contraddiction », c’est l’inverse.

Comment les samples sont-ils choisis?

Pascal: Ils faut qu’ils soient parlants mais je ne les prends pas dans un style de musique précis. Je ne fais pas de sectarisme. J’utilise un S6000 de chez Akai. C’est un des derniers samplers du marché, c’est une tuerie. Ca marche sous Windows, c’est pour te dire…

Et la pochette, est-ce qu’il y a un rapport avec le titre?

Sur le premier, c’est un petit gamin tout heureux qui tient un arbre dans ses bras. Sur le deuxième, c’est un môme qui a les yeux révulsés, c’est plus sombre. De plus, on trouvait que nos compos étaient plus brutes, plus couillues. Eh fait, on avait le titre avant la pochette et le mec a travaillé sur le titre. La composition a aussi été inversé donc ça tombe bien.

Ou puisez-wons vos influences musicales?

M: Avec Yann, je suis celui qui écoute le plus de hip hop dans le groupe, Erwann est toujours entre le punk et le hardcore-métal, Pascal est indus à mort (je pense qu’à treize-quatorze piges, il devait avoir l’air d’un corbak avec son impair noir).

P: Non, à cette âge-là, j’étais fan de Michel Sardou et Annie Cordy. Je m’y suis mis à l’âge de quinze-seize ans avec Deep Purple, Pink Floyd…

Etes-vous en étroite relation avec des groupes hip hop de la région parisienne?

M: On commence à bien connaître Rockin’Squat d’Assassin parce qu’on va faire un truc avec lui, les gars ont déjà fait une répet’ avec lui pour faire la reprise de « l’Odyssée Suit Son Cours ». Par le biais de Lofofora, on connaît les mecs de Kabal que l’on voit sur certains concerts, Stomy Bugsy parce qu’on est sur le même label. Sinon pas trop, parce que les rappeurs ne mélangent pas trop le hip hop avec le hardcore, c’est rare. On connaît des groupes de rap ouverts, pas des mecs qui restent bloqués dans leur style et leur « sectarisme ». Les mecs du rapont tendance â grincer des dents dés qu’il y a une guitare. Sinon, il y a D.Abuz System qui nous a contacté pour faire notre première partie sur quelques dates. Je trouve ça bien, c’est une bonne initiative. Ils veulent voir ce qui se passe chez les « rockers » tout en restant hip hop.

Pourquoi cette participation de Lo’Jo Triban sur l’album qui, bien que bonne, contraste un peu du reste?

On voulait faire quelque chose avec eux mais on ne savait pas comment, car les deux groupes sont totalement opposés même si l’esprit est le même. Quand on a joué avec eux, ils nous ont couché à chaque fois. Un jour, Pascal nous a amené un morceau fait qu’aux samples. On savait pas quoi faire avec, rajouter une guitare était horrible, et on a donc appelé les filles de Lo’Jo qui ont chanté dessus. C’est un morceau entièrement samplé. Ca nous tenait à coeur.

Es-tu d’accord si je trouve une influence Deftones sur « Attracteurs Étranges » et « Finistère Amer »?

Sur « Attracteurs Étranges » je veux bien, sur l’autre je ne vois pas. Quoi que. C’est un hasard, c’est le groupe qui a réussi à retranscrire ce que Bad Brains a réussi à faire. Moi, je suis un fondu de Bad Brains. Le premier album de Deftones ne m’a pas laissé indifférent et le deuxième met la claque au niveau du son. Je n’aime pas tout l’album, mais il v a quatre ou cinq morceaux dont je suis fan. C’est vrai que je trouvais bien qu’un mec chante comme ça sur une telle musique. Déjà sur le premier album, dans « L’Homme Qui En Savait Trop Rien », j’avais ce côté là et quand on a écouté Deftones, on s’est dit que lui, avait enfoncé le clou. Ils ont remis Bad Brains au goût du jour sur une musique un peu plus vénère.

Au niveau des textes, que revendiquez-vous si vous revendiquez?

On ne revendique rien, sinon la vie. Le message c’est connais-toi toi même et ouvres-toi. Je plonge dans les valeurs universelles Je ne suis pas politique sinon quelques pointes dans certains morceaux. Je pose une réflexion mais je ne dis jamais ce que je pense en politique. Je crois que c’est marqué sur ma gueule. Ce n’est pas une chose qui me tient à coeur, même si ça m’intéresse pour rester informé. Critiquer, des gens comme Lofofora ou Assassin le font très bien.

Vous pouvez nous raconter l’expérience Colin Richardson?

On lui a écrit et envoyé un CD puis i1 a répondu dans les 48h hyper motivé. On l’a rappelé pour savoir comment on allait faire, il a adapté ses tarifs étant donné qu’on était français et qu’on n’était pas vendu dans le monde entier. II est donc venu à un de nos concerts à Paris et comme par hasard, on a fait un pur concert avec un pur son. Il était un peu étonné. On a donc enregistré pendant juillet et août, on a bossé une semaine en répet’ avec lui avant. Il a changé quelques trucs, il a élagué, il a doublé les refrains. Ce mec là, il aime trop la zique, il a pas du tout le look. Ça pourrait être ton oncle qui bosse dans une banque, il est anti-look et anti-attitude pourtant il a fait les plus sévères comme Discharge, GBH, Exploited, Machine Head, Fear Factory. On s’attendait à un costaud, les cheveux longs et barbus, genre guitariste de Pantera. Rien à voir, il a une toute petite voix. Les deux mois en studio ont donc été très relax, il nous a mis en confiance. Deux mois, c’était deux fois plus que le premier album, donc deuxième album deux fois meilleur.

Vous tournez en ce moment avec Grimskunk. Est-ce le métissage des musiques qui vous unit on est-ce les traces du Québec?

C’est les deux. C’est une musique que l’on aime bien et qui nous correspond. Surtout le dernier ou il y a vraiment tout Grimskunk: du reggae, du latino, du rai, du hardcore mélodique. Ils sont devenus des potes, on a fait plus de vingt dates avec eux et chez eux. On leur rend la pareil maintenant avec une petite dizaine de dates. Ça fait cinq ou six fois qu’ils viennent en Europe, ils ont autant d’albums derrière eux. Ils tournaient dans des squats alors que maintenant, ils tournent avec Lofofora et nous dans de meilleures conditions. Ils ont bien évolué, l’accueil presse a été assez unanime. Grâce à eux, Lofofora et Mass Hysteria commencent à être assez connus là-bas. Le rêve serait de faire une tournée Lofofora-Mass Hysteria-Grimskunk en France et au Québec. Ça reste un projet.

Yelen, c’est plus indé on plus major?

C’est les deux, c’est un indé dans une major. Patricia, qui s’occupe du label, n’a pas un budget faramineux mais confortable pour signer des groupes qui ont un potentiel. Elle a commencé par Oneyed jack, et d’autres ont suivi.

Avec Tryo maintenant, c’est assez ouvert musicalement…

Ça correspond à l’état d’esprit de Yelen. Avant elle travaillait pour Eddy Mitchell et des trucs comme ça. Elle faisait ça pour l’alimentaire et le soir, elle allait voir des concerts sur Paris et la province. C’est elle qui a fait le premier 4 titres de Lofofora, de No One, de Oneyed jack pourtant les deux premiers sont allés signer ailleurs. Quand elle est arrivée chez Sony, ils se sont dit qu’elle était folle. Les groupes qu’elle a découvert ont percé àfond. Elle signe ce qu’elle veut en faisant attention à son budget. Le label se tient, c’est une seule note pour plusieurs musiques. On a de la chance, il y a beaucoup de groupes qui nous envient. Sois tu es indépendant et tu rames. Underground, ça ne veut rien dire du tout. Personne n’a envie de jouer dans des caves toute sa vie. Pour moi, être underground, c’est être authentique. Tout le monde commence en étant underground parce que tu n’as pas le choix. On n’a pas non plus l’ambition de jouer dans un zénith mais dans des clubs de 400 personnes. Là, tute tiens.

Étant donné que Yelen appartient à Sony, Sony ne vous impose rien artistiquement?

On ne voit pas Sony, seulement Yelen. Patricia doit rendre des comptes à Colombia qui doit rendre des comptes à Sony. On a beaucoup plus de chances de sauter que Francis Cabrel si il y a un problème chez Sony. C’est le risque. On a une liberté artistique totale. Patricia ne veut écouter que les bandes déjà enregistrées, ça veut dire que l’on a aucune consigne. C’est dans notre contrat. Quand on a signé chez Sony, la secrétaire juridique est arrivée, a regardé le contrat que l’on avait rédigé, et a dit que jamais elle ne fera signer deux contrats comme celui-là. Le contrat de Sony est allé directement à la poubelle. On a rien demandé sinon la liberté artistique et les conditions que Yelen nécessitait. Si des gens disent que c’est de la merde, c’est de notre faute, pas de celle de Yelen. Si des gens disent que l’on est commercial, c’est pareil. Ca fera plaisir aux mecs de Sony.

Les projets Mass?

Pour l’instant, c’est la scène. On a peut être un pied dans la musique de jeux vidéo. La chaîne câblée « Game One » nous a demandé un morceau du premier album pour un truc. Certains d’entre nous sont passionnés par les jeux donc ça nous intéresse. On aimerait bien composer carrément pour ça.

Mot de la fia…

Venez nous voir en concert, on est un groupe de scène. Si vous ne savez pas quoi foutre, achetez l’album. Si tu veux un bon disque: Mass Hysteria, si tu veux un bon concert: Mass Hysteria.

P: Si tu veux un bon café: Mass Hysteria

M: Positif à bloc

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