Interview – Maps & Atlases, déboussolement garanti

Apparu en 2006 à Chicago, Maps & Atlases – à force de talent et d’exigence envers lui-même – est progressivement devenu un des groupes indie les plus intéressants du circuit actuel. Auteur d’un excellent « Perch Patchwork » à l’aube de l’été 2010, le quatuor fait son grand retour cette année avec « Beware & Be Grateful« , déconcertant pour beaucoup tant il est conduit par sa soif de ne jamais se satisfaire de l’acquis, de toujours tenter des choses nouvelles. Au risque de laisser une partie de son public sur le carreau. De passage à Paris le 28 avril dernier à l’occasion de nos soirées Mind Your Head, Dave Davison – charismatique chanteur/guitariste aux allures christiques – et Erin Elders – discret guitariste – se prêtent au jeu de l’interview pour nous en dire un peu plus sur ce disque qui fait débat, avant de mettre tout le monde d’accord sur scène, là ou le musicien ne ment pas.

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Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on revienne un peu sur « Perch Patchwork », le précédent. Qu’avez vous appris de lui, et dans quel état d’esprit vous a t-il mis pour « Beware & Be Grateful »?

Dave Davison (guitare/chant): Ça a vraiment été très excitant de composer « Perch Patchwork » étant donné qu’il nous a aidé à emmener plus loin encore l’idée que nous avions de ce qui était faisable pour un disque. Du coup, « Beware & Be Grateful » est la continuité de cela, une exploration plus approfondie du son, des idées. Le processus de composition pour « Perch Patchwork » nous avait déjà emmené bien au delà de ce que nous espérions. Après avoir tourné pour le défendre, à essayer de nouvelles choses en live, en improvisant notamment, nous avons grandi, nous nous sommes améliorés à plusieurs niveaux. Du coup, notre son live a changé, nous avons muri, avons pleinement mesuré la satisfaction qu’amenait le fait d’être dans un groupe, de jouer une musique sans limite. C’est vraiment ce que nous avons voulu capturer pour le nouvel album, en même temps qu’améliorer la qualité d’enregistrement.

Donc constamment évoluer, toujours essayer de nouvelles choses, c’est l’unique but de Maps & Atlases?

Peut être pas l’unique, mais c’est majoritairement ce qui nous motive. Il est nécessaire pour nous que les morceaux aient un sens, une signification. Les proposer de façon nouvelle est régénérant pour nous, mais aussi pour l’auditeur. Nous sommes ambitieux, nous voulons nous renouveler à chaque fois, mais nous faisons attention aussi à ne pas uniquement nous focaliser sur l’innovation.

maps41A écouter ces deux derniers albums, l’évolution est assez flagrante, rapide pourrions nous même dire. Du coup, ne craignez vous pas d’atteindre trop vite votre plafond de créativité, d’avoir trop vite à vous répéter?

Erin Elders (guitare/claviers): Qu’il s’agisse de chacun de nos deux derniers albums, nous ne les avons pas sortis par obligation. Nous ne nous sommes pas imposés de retourner en studio, c’est venu naturellement parce que nous avions assez de morceaux que nous aimions et qui méritaient d’exister, assez de matière pour qu’il soit l’heure de sortir un nouveau disque. Nous fonctionnons ainsi.
Dave Davison
: Totalement. Et je ne considère pas que les choses puissent avoir une limite. Le spectre d’idées, d’émotions, de choses à essayer et  qui peuvent être interprétées en musique si différemment, est si large. Je ne suis vraiment pas inquiet quant à notre inspiration. Il y a tellement d’idées dingues qui peuvent être fun, tellement de possibilités. Nous laissons donc libre cours à ce qui nous vient, nous continuons d’explorer, de vivre le moment présent, de nous focaliser sur chaque chose à la fois. Il y a tellement de choses à faire, à expérimenter que ça ne laisse pas de place à la crainte qu’un jour on ne puisse plus avancer.

Parlons plus précisément de « Beware & Be Grateful »… Pensez vous avoir atteint votre but quand des gens peuvent être décontenancés à l’écoute de la rythmique de « Silver Self », ou des sonorités exotiques de « Bugs » par exemple…?

A la base, nous avons seulement voulu faire quelque chose d’appréciable, de fun, de censé, aussi quelque chose de différent de ce que nous avions fait jusque là. Tous les morceaux de cet album sont différents de ceux du passé. J’admets que, comme pour toutes choses étranges et inattendues, cela peut être déconcertant, mais il en est ainsi. Ca ne les empêche pas d’être intéressantes et sympathiques à écouter.

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La grosse différence entre « Beware & Be Grateful » et « Perch Patchwork » est l’accent mis sur la production. Est ce la conséquence de votre première véritable expérience en studio? Vous deviez être comme des gamins tout excités au royaume du possible non?

Erin Elders: C’est clair que c’était totalement excitant, et vraiment nouveau pour nous. Nous sommes entrés en studio avec tous les outils nécessaires pour ne pas faire ce que nous avions déjà fait avant: des synthétiseurs, des effets de guitare… Nous avons donc amenés nos morceaux déjà prêts, et les avons enregistrés avec ce que nous pensions être le mieux pour eux, avec tout ce qui était à portée de main.

N’avez vous pas craint à ce moment là d’aller trop loin dans l’expérimentation? Trop essayer, trop en faire au point de perdre la spontanéité de sa musique peut parfois être risqué aussi…

Dave Davison: Je pense que nous avons accordé autant d’importance à la spontanéité qu’à l’innovation que nous voulions pour nos morceaux. Il y a eu des moments ou nous avons gardé ce qui nous semblait bon, et d’autres ou nous avons essayé d’autres choses, ou nous avons improvisé jusqu’à ce que cette spontanéité se présente. Je pense qu’on a trouvé le juste milieu entre l’énergie nécessaire aux morceaux, et l’utilisation de tous les outils que nous avions à notre disposition. Je ne pense pas qu’il y ait grand chose de superflu sur ce nouveau disque.
Erin Elders
: Jason Cupp, qui a produit l’album, nous a aussi pas mal aidé à façonner toutes nos idées. Il est toujours intervenu à bon escient. Lorsqu’il trouvait une sonorité intéressante, il nous conseillait ou nous poussait à l’essayer d’une autre manière pour que le résultat soit meilleur, plus bénéfique encore à tout l’album.

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J’insiste notamment sur la batterie qui a parfois un son très eighties, comme volé à David Bowie. Est-ce une impression que l’on partage?

Dave Davison: C’est clair que David Bowie est vraiment une référence pour nous. Pour « Perch Patchwork », l’idée était d’accumuler des couches d’instruments, d’idées jusqu’à obtenir le son qui nous ressemble. Pour « Beware & Be Grateful », c’est tout un groupe qui a expérimenté avec ses instruments pour voir de quoi ils étaient capables. Concernant la batterie que nous avons travaillé en premier, nous avons fait en sorte de lui offrir un son qui soit à la fois imposant et efficace. Il serait donc compréhensible et naturel que nos influences soient intervenues dans le processus.

Paradoxalement, si la production de l’album est beaucoup plus léchée, les compositions sont plus simples et directes qu’elles ne l’ont jamais été chez Maps & Atlases. Par exemple, on ne trouve rien d’équivalent à « Vampire » ou « Winter » dans votre discographie passée. Pourquoi avoir pris cette direction quand beaucoup de groupes tendent généralement à rendre leur musique plus complexe avec le temps?

Erin Elders: Nous avons toujours été intéressé par une musique qui soit à la fois innovante et accessible à tous. Avec le temps, je pense que nous nous améliorons et que nous parvenons plus facilement désormais à composer des morceaux plus concis. Le songwritting est vraiment aussi important, voire même peut être plus que l’expérimentation. Du coup, nous simplifions les structures de nos chansons pour mieux amener la notion de changement via les arrangements, les textures.

maps7Vous avez toujours été affiliés à la scène math rock. Est-ce quelque chose que vous assumez encore aujourd’hui ou est-ce que ce nouvel album va aussi vous permettre de prendre vos distances avec elle?

Dave Davison: Maps & Atlases existe depuis plusieurs années maintenant, nous avons joué avec beaucoup de groupes différents, avons été comparé à beaucoup. L’important pour nous est que les gens apprécient ce que nous faisons, peu importe la manière dont ils qualifient notre musique. Nous n’entretenons pas de relation avec une scène en particulier, y compris quand il est question de composer. Nous ne nous enfermons dans aucune autre considération que celle de faire une musique qui soit différente de ce que nous pouvons entendre à ce moment là. Alors, elle parle naturellement. Nous n’anticipons jamais la manière dont elle sera perçue, ni à quelle catégorie elle risque d’être affiliée.

Les nouveaux morceaux seront assurément différents sur scène que sur disque. Comment avez vous travaillé cela?

Nous avons simplement gardé les éléments essentiels de chacun des titres en nous assurant qu’ils soient aussi efficaces, et qu’ils aient conservé leur puissance émotionnelle. Nous les jouons depuis presque deux semaines maintenant et ils commencent à vraiment prendre forme dans leur version live, à se révéler aussi efficace que sur l’album.

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