Interview : Maceo Parker (03-2005)

Maceo, bonjour. Vous jouez depuis quarante ans et votre carrière est un exemple. Où trouvez-vous l’inspiration pour un nouvel album? Maceo Parker : J’adore la scène et j’aime tout autant la musique. Je crois que nous en avons tous besoin. La musique, la scène, comme tout les arts, sont là pour nous aider, pour changer nos humeurs, nos émotions. C’est une aide pour affronter la vie. Lorsque je suis sur scène, particulièrement lors de festivals regroupant plusieurs artistes, et que je vois tout ces gens heureux, dansant toute la journée, ça me rend heureux. Politique, religion… Tout cela est effacé. Il n y a plus de différence et tu le sens sur scène et c’est bon! C’est ce que j’aime et c’est ce qui me pousse à continuer. C’est mon inspiration. Mon dieu! Si toute cette planète pouvait faire la fête en même temps!J’essaie de capter cette énergie.C’est pour cette raison que vous prenez autant de plaisir aujourd’hui qu’à vos débuts?Absolument! Avec le temps, j’observe combien la musique apporte du bonheur dans les foyers. Mais, c’est surtout le Funk qui est bon pour la fête. Le jazz est plus cérébral, pour l’écoute, l’observation. Mais le funk vous ordonne la fête! J’aime ça!Est-ce pour cela que votre musique est souvent à la frontière des deux genres?Oui, mais je l’appelle quand même ‘funky music’ (éclats de rire) et je ne m’éloigne jamais du groove même lorsque je fais du jazz.Quelles sont les différences entre Maceo en solo et Maceo avec d’autres comme…Prince, par exemple?C’est toujours du Maceo! La différence est de savoir passer du statut de leader à celui de membre d’un groupe. Commander ou être commandé… C’est aussi comme partir en vacances et rentrer chez soi. Tu es content de partir mais tu es toujours heureux de rentrer. Je fais toujours attention à deux choses: sonner funky et prendre du plaisir, quelle que soit la situation.A plusieurs reprises dans votre carrière, vous avez fondé vos groupes, pourquoi? Vous auriez pu rester en solo…Oui… Mais, penses à ceux qui voyagent toujours sur les sièges arrières en voiture. Parfois, ils restent à l’arrière pendant des années et, un jour, ils décident de passer leur permis. Lorsque tu es à l’arrière, si tu es curieux, tu vas observer, apprendre à te comporter suivant les situations… Ce qu’il faut faire et, surtout, ce qu’il ne faut pas faire. Et puis, naturellement, tu te sentiras bien seul mais tu seras également prêt à montrer aux autres.Aujourd’hui, vous apprenez encore?Pas vraiment. Les choses sont installées… Du café, c’est du café, c’est invariable et tu n’aimes pas être décu au moment du café. Maceo, c’est pareil! Du Maceo, c’est du Maceo et tu n’aimes pas être déçu par son goût, sa saveur. Mais rien empêche de surprendre et ça arrive encore. C’est arrivé récemment avec Prince qui a été surpris par ma façon de jouer un titre un jour par rapport aux fois précédentes. Avec cette méthode, tu traverses le temps et les générations. C’est grâce à cela que j’ai retrouvé une fan à un concert, venue avec son fils de 20 ans. Elle était venue me voir avec son fils lorsqu’il n’en avait que huit et elle l’a appelé Maceo! Ils sont là aujourd’hui parce que je n’ai pas déçu.C’est un peu comme nous qui vous avons découvert sur un album de Cameo en 1988. Nous sommes là aujourd’hui…Ah oui! Fred (Wesley, NDRL) a aussi joué sur cet album et John Blackwell, le batteur de Prince, a aussi joué avec Cameo. Il est fantastique, incroyable, ce jeune Blackwell. Vous avez vu cette façon de jouer, de jongler avec les baguettes. Il est vraiment bon, incroyable!Quoi de neuf sur cet album? Quelque chose de différent ou juste le plaisir de jouer?Le plaisir de jouer. C’est mon groupe et ‘School’s In !’ s’inscrit dans la continuité de notre travail ces dernières années. Tout est facile. Nous savons tous de quoi nous sommes capables et la complicité est là. Ca ne sonnerait pas pareil si je travaillais avec des étrangers. Ils sont bons et le feeling qui passe entre nous transpire aussi dans notre musique.D’ailleurs, vous les choisissez comment vos musiciens? Bruno Speight, par exemple, a joué avec SOS Band, Alex O’Neal et de nombreux autres. Comment se retrouve t-il avec vous?Il est de ma ville natale. Mais il voyageait beaucoup et jouait beaucoup également. Il a émis le souhait de jouer avec moi. Nous en avons discuté. J’aime sa façon de jouer. La vérité est que j’aime mes musiciens parce qu’ils sont bons techniquement et surtout humainement. J’ai appris ça de George Clinton. Hayes, du groupe NPG est comme ça. Il sait où je veux aller, il est très intuitif.Pourquoi ce titre, ‘School’s In’?Je dois ce titre à Prince. C’est une expression qu’il a employé lorsque Candy Dulfer, Greg Boyer et moi avons commencé avec lui. ‘School’s In !’, c’est ce qu’il a dit! Cela signifiait : « nous allons jouer ensemble mais soyez attentif comme un jour de rentrée des classes. Jouez mais soyez attentifs! Vous êtes tous bons mais cela ne vous empêche pas d’être attentif ». La reprise du standard ‘ABC’ est aussi là pour faire le lien avec le titre de l’album. J’étais sûr que cette reprise allait sonner funky! Avant même de l’enregistrer, je le savais. C’est un des privilèges des musiciens, un luxe, nous entendons des choses avant qu’elles n’arrivent… (il se met à chanter et mimer son jeu)Maceo, avez-vous des regrets?Je garde toujours un espace pour des projets laissés en suspend…Avec cette démarche, tu ne peux pas avoir de regret. Cela peut concerner des idées à venir mais non réalisables par manque de temps, soit des projets commencés mais inachevés. Stevie Wonder, Janet Jackson, Eddie Murphy ont fait appel à moi. Il y a aussi eu des projets de B.O. Tout cela n’est pas arrivé mais arrivera peut être un jour, qui sait?

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