Interview : Lost Cowboy Heroes (01-2005)

Qui est ce cowboy perdu auquel vous faites référence? Avec un tel nom, on s’attendait à un revival country, le retour des tiags en cuir retourné et des perfectos à franges. Tu nous as fait peur…

Sam: Tremble mon pote, j’ai troqué les Converse contre une paire de santiags… Par contre, j’ai pas encore de franges sur mon perf’. Notre nom, comme la plupart des noms de groupes, ne signifie pas grand chose. Sa consonance un peu désertique nous a plu, c’est tout, il ne faut pas allez chercher plus loin… Tu peux également le voir comme un pied de nez à tous ces mauvais groupes de rock’n’roll revival sortis de nulle part, des mecs qui écoutaient NOFX il y a encore un an et qui se prennent maintenant pour Johnny Thunders… Avec un nom pareil, on savait que les gens s’attendraient à un truc ultra hard rock. Mais non les gars, désolé, on joue toujours du punk rock mélo, de la power pop qui bourre, de l’indie rock des années 90’s. Par contre, on est bien branché country et vieux blues… Le terme country fait encore flipper des gens, c’est dommage, alors que c’est ni plus ni moins que de la bonne pop acoustique, pas forcément de la musique traditionnelle pour accompagner les soirées arrosées de rednecks conservateurs… J’adore Hank Williams, Johnny Cash, Jimmie Rodgers et ce genre de trucs… Pour revenir au nom du groupe, ça date d’une vieille interview de Second Rate, où on avait fait croire au type qui nous posait les questions que l’on revenait d’une tournée en Australie avec un groupe qui s’appelait Lost Cowboy Heroes. C’est Fred, le bassiste chanteur qui nous a soumis l’idée de reprendre ce nom, j’ai trouvé ça cool. Ca n’a pas forcément plu aux 2 autres, mais comme c’est moi qui décide, on a gardé le nom, hé, hé…

Lost Cowboy Heroes ressemble en de nombreux points à Second Rate même si tu sembles prendre ton pied à distribuer les riffs. Es tu d’accord avec moi? Comprends tu que les gens ne puissent pas s’empêcher de faire le rapprochement?

Deux membres de Lost Cowboy Heroes jouaient dans Second Rate, c’est donc logique et normal que certains plans fassent penser à Second Rate… Les morceaux de cet album ont été composés en très peu de temps. Quatre mois après la première répet’ du groupe, l’album était en boîte, prêt à sortir… On a gardé toutes les idées, on n’a rien jeté, on a fait tourner les morceaux pendant quelques semaines et on est rentré en studio. On voulait un truc spontané, frais… Cette première galette est une base de travail, il y a de bonnes et de moins bonnes idées, mais on a tout gardé. Notre méthode de travail s’est affinée, on sait davantage dans quelle direction aller… On ne se pose pas beaucoup de questions, on balance la sauce et on réfléchit après. C’est ma méthode préférée… Donc si on me dit qu’il y a un peu de Second Rate dans Lost Cowboy Heroes, j’acquiesce, mais on ne regarde pas derrière, on est passé à autre chose… Les influences sont les mêmes que dans Second Rate, mais le jeu est différent. On se serait pointé avec un skeud totalement différent, on nous aurait certainement reproché de prendre un train en marche, de vouloir sonner comme des groupes qui marchent, etc… On ne se préoccupe pas beaucoup de ce que l’on pense de nous, le seul truc qui nous intéresse, sortir des skeuds régulièrement, qui nous correspondent à chaque fois un peu plus et faire des concerts partout où l’on voudra de nous. Faire partie de Second Rate nous a ouvert quelques portes assez rapidement, on a pu faire une bonne poignée de concerts avant même d’avoir sorti une seul prod’. On a gardé les contacts avec les gens qui soutenaient Second Rate (asso’, fanzines, magazines, labels, groupes…) mais bon, ça va certainement agir dans l’autre sens aussi… Il y toujours des gens pour dire que c’est moins bien, ou que c’est pareil, ou je ne sais quoi. Et ça ne va pas forcer les gens qui ne pouvaient pas blairer Second Rate à se jeter sur la galette de Lost Cowboy Heroes.

Vis tu au sein des Lost Cowboy Heroes avec des erreurs du passé à ne pas reproduire? Lesquelles?

Non, absolument pas… Ma principale devise c’est : « mieux vaut faire des erreurs que de ne rien faire du tout ». On a géré Second Rate comme on a voulu, on a assumé complètement le parcours et les choix du groupe et honnêtement, j’en garde un très bon souvenir. Si on peut faire le même chemin avec Lost Cowboy Heroes, je signe tout de suite. Après, beaucoup de choses ont changé, on est plus vieux, le contexte musical est différent, les groupes également… A un niveau perso, pas mal de choses ont changé, j’approche gentiment la trentaine. Quand j’ai commencé Second Rate, j’avais 20 ans, j’étais un peu plus… fougueux. Il y a peut-être certains plans concerts que je ne referais pas… Et maintenant dans le groupe, tout le monde a une expérience de la scène, du studio, tout le monde a déjà participé à un groupe qui tournait et qui sortait des disques, tout le monde parle plus ou moins de la même chose, quoi… Je pense qu’on est plus spontané avec Lost Cowboy Heroes, moins influencé et moins influençable également, plus décomplexé. On fait notre truc, si ça intéresse des gens, c’est bien… On sonne peut-être un peu moins « jeune » que Second Rate mais on se permettra peut-être plus de trucs à l’avenir avec Lost Cowboy Heroes, et pas forcément dans l’optique de plaire à plus de monde.

Ce premier album est produit par Vampire, José, Coexistence Obscure et Buzz Off. Comment se partagent les rôles de chacun dans ce projet?

Buzz off est label du guitariste chanteur (Olivier) de Dead Pop Club, José Records est le label du batteur (Benjamin) de Flying Donuts, Coexistence records est le label du batteur (Laurent) de Sparkling Bombs… Tous ces gens sont avant tout de très bons potes, que l’on a rencontrés durant l’aventure de Second Rate. On partage la même vision de la musique et on adore la bière fraîche… Je leur ai envoyé quelques titres de ce que l’on avait enregistré et ils m’ont proposé de participer au truc, j’en profite pour les remercier… Vampire records est mon label, que j’avais un peu mis de côté ces derniers temps par manque de disponibilité, je compte d’ailleurs ressortir des trucs prochainement sur ce label… On s’est partagé les frais de pressage et de mastering, on se refile des plans concerts, des contacts presse et compagnie… C’est une entraide… La distribution est effectuée par Musicast. Si par la suite, on ne trouve pas de deal convaincant avec un label, on sortira nos prods sur mon label… C’est assez stimulant de s’occuper de tout, même si ça prend énormément de temps.

En parallèle aux Lost Cowboy Heroes, tu joues au sein d’Hawaii Samurai. Ces deux groupes différents sont ils indispensables à ton équilibre de musicien? Est-ce que ta contribution aux Lost Cowboy Heroes illustre un intérêt pour le rock mélodique qui te serait indispensable?

Je joue de la basse avec Hawaii Samurai depuis 2 ans et demi… Ce groupe me prend actuellement la plupart de mon temps, on a énormément tourné cette année (90 concerts), la machine est lancée… On a un bon label, un bon distributeur, un tourneur en France et un tourneur à l’étranger… Beaucoup de projets stimulants également à venir (enregistrement d’un troisième album, tournées en Europe…). Grâce à ce groupe, j’ai découvert de nouvelles musiques (la surf-music, le rockabilly, le sixties, le rock psychédélique…), j’ai côtoyé de nouvelles personnes, c’est très enrichissant… La basse est un instrument vraiment cool à jouer, c’est un autre délire… Mais je suis avant tout un guitariste et je suis fan de punk rock et de power pop donc… J’adore voyager, j’ai pris l’habitude de faire entre cinq et douze concerts par mois, de tracer, c’est devenu une obligation pour moi… Je répète tous les jours, je vais souvent en studio, j’ai toujours un truc lié à un de mes groupes à faire, tout ça fait désormais partie de mon quotidien.

Lequel de ces deux groupes est prioritaire pour toi?

Il n’y a aucune priorité, tout dépend de l’actualité du groupe en question… Mais ils sont devenus complémentaires… On va dire que c’est un peu plus « démocratique » dans Hawaii Samurai que dans Lost Cowboy Heroes, où je m’occupe de la promo du disque, des interviews, de l’art-work, du site, du choix des studios, des labels…

On sent un discours très radical de ta part quand tu parles du rock aujourd’hui comme si ce genre musical n’était pas destiné à tout le monde. N’as tu pas peur de passer pour un musicien intégriste, chose que tu critiquais il y a encore quelques mois en parlant de la scène hardcore?

Te sens tu un rôle éducatif auprès de la nouvelle génération en distillant un rock influencé par des groupes que peu de kids connaissent (Mega City Four, Supershunk, Husker Du…)?

Non, pas du tout… Les vieux shnocks donneurs de leçons et moralisateurs m’ont toujours cassé les couilles… Par contre, je donne mon avis même si on ne me le demande pas forcément… Je n’ai aucune accroche avec les groupes « emo » modernes comme je n’ai jamais eu d’accroche avec la scène punk à roulette… Je trouve Thursday ou Sparta aussi ridicules que Lagwagon et No Use for a Name. Ce n’est pas mon truc, ça ne l’a jamais été et ça ne le sera jamais… Ce n’est pas ma conception du punk-rock, c’est tout. J’ai découvert Husker Du, Mega City Four, Senseless Things Godfathers, the Replacements, Jawbreaker, Soul Asylum, Radio Birdman, Samiam, Pixies, Mudhoney, Soundgarden à une époque où je me cherchais musicalement, j’étais dans le métal (que j’écoute toujours soit dit en passant) avec des groupes comme Carcass, Entombed, Obituary, Slayer et compagnie… Du gros death mid tempo old-school qui latte… J’ai ensuite lorgné sur le New York hardcore crossover avec Cro Mags et compagnie et j’ai découvert tous ces groupes, que j’écoutais un petit peu au lycée (Buzzcocks, Gorilla Biscuits, les groupes de Sub Pop, les groupes de Rock australien…). Mais j’ai approfondi et c’est resté ma conception de la bonne musique… Et j’ai volontairement fait l’impasse sur ce qui est arrivé entre les deux comme le punk à roulette, l’émo larmoyant progressif, le screamo et tous ces trucs… Des styles qui apparaissent et qui disparaissent… J’écoute énormément de musique, de la country au death métal, du sixties garage au hard rock, du blues au pub rock, du old school à la power pop, ma discothèque est vaste du moment qu’il y a une guitare dans le groupe. Pour revenir à ta question, je me branle complètement des kids… Certains mecs sont juste un peu drôles quand ils essaient de passer pour des érudits du rock alors qu’ils sont juste pointus dans un style super moderne, genre « j’ai le dernier skeud sorti à 1000 copies sur le label à la mode d’un groupe complètement inconnu mais super hype »… Mais tu te rends compte que le mec tique quand tu lui parles des Ramones ou des Clash. Donc, non, je ne veux pas avoir un rôle éducatif pour quiconque, je m’en fous… Je fais ma musique, et j’essaie d’avoir une démarche cohérente par rapport au but que je me fixe… Je suis influencé par des groupes punk rock (au sens large du terme) des 80’s et des 90’s, par leur musique et par leur manière de fonctionner… Ce n’est pas du snobisme de dire : « je ne kiffe pas la scène hardcore moderne ou la scène émo moderne ou les groupe de hardcore mélodique… »; je ne suis pas là pour prouver à un kid que Jawbreaker est plus bandant que Thursday, s’il ne voit pas la différence, je ne peux rien pour lui… Il préférera certainement acheter un disque d’Elevate Newton’s Theory que des Thugs, et c’est bien dommage pour lui. Le rock, mec, c’est une histoire de bon goût…

Est ce aussi pour cela que tu prends part à l’équipe rédactionnelle de Kérosène?

Dan a toujours supporté et aidé Second Rate, il nous a découvert dès nos débuts et nous a filé des coups de main. Il a même participé à la sortie du premier album de Second Rate. De temps en temps, il montait dans le camion avec nous… Quand on parle de musique, on parle de la même chose. Quand il a recommencé Kérosène, il a cherché de nouveaux collaborateurs, et m’a demandé de lui écrire quelques chroniques. Je lui ai soumis mon idée de colonne « Everyday Is Like Sunday », un peu à la manière de ce vieux fanzine ricain « Flipside »… Et voilà. Kérosène ancienne formule a participé à mon éducation musicale, et je suis super content de pouvoir participer à la nouvelle, qui se bonifie à chaque numéro… Même si le sommaire ne me convient pas toujours à 100%… Mais ce zine est ouvert et gratos, c’est un peu le chaînon manquant entre le fanzine de base et le magazine à tirage national. C’est désormais un incontournable de la musique indépendante en France. Dans ma colonne, je parle de ce que j’aime, c’est à dire de rock’n’roll, au sens large du terme… Et j’en parle simplement, comme je parle au quotidien, avec des coups de gueules, quelques blagues, beaucoup de second degré mais toujours dans un bon esprit…

A force de projets musicaux, de rencontres et d’expériences, tu es devenu un personnage omniprésent sur la scène underground française. Comment vois tu la musique en France aujourd’hui? Es tu positif, fataliste, désespéré, énervé, …?

Je ne me prends pas la tête à deux mains en pensant à la scène musicale en France… Je m’en fous un peu, je n’écoute pas un groupe parce qu’il est français, italien, ricain, allemand, suédois… Un bon groupe est un bon groupe, quel que soit le style, d’où qu’il vienne, point à la ligne. Après, il y a de très bons groupes en France, donc pourquoi ne pas les écouter, acheter leurs Cds et aller les voir en concert? Le seul truc un peu frustrant, c’est que c’est juste compliqué de faire du punk rock, de la power pop, du rock’n’roll, du hardcore, du métal et compagnie en France… Si tu ne fais pas de la grosse soupe chantée en français et étudiée par un styliste, il y a peu de chance que tu vendes plus de 1000 disques. Mais bon, c’est comme ça, il faut faire avec et arrêter de se plaindre… Ca n’intéresse pas grand monde et alors? Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas près de changer… Le gros hic en France, c’est le manque de structures, de labels, de fanzines, de petits clubs, de radios… Va en Allemagne, en Angleterre, en Suède, en Belgique, en Espagne, c’est une autre galaxie… Tout n’est pas rose non plus, les groupes ne jouent pas forcément devant plus de monde et pour plus de thune mais il y a réellement un monde parallèle aux cultures mainstream… Je ne suis pas du tout anti-major, mais ce que sortent les gros labels en France, c’est quand même abusé… Très souvent, ce sont de mauvais groupes de scène, pas inspirés pour un sous et qui se prennent ultra au sérieux … Donc on se retrouve avec des sous Placebo, des sous Deftones, des sous Korn, des sous No Doubt, des sous Blink 182, le tout chanté en français, avec des dégaines de blaireaux et joué par de piètres musiciens… Et à côté de ça, tu as des groupes qui font leur trucs sans trop se soucier de ce qui se passe à côté, qui jouent tous les week-ends devant 60 personnes, qui vendent une poignée de disques et qui essaient de proposer un truc un peu stimulant… Pour ma part, j’aime bien des groupes comme Flying Donuts, Dead Pop Club, Homeboys, Sexy Pop, Noise Surgery, Headcases, Ravi, Unlogistic, Gravity Slaves, Servo, Bananas at the Audience, Neurotic Swingers, Jerry Spider Gang, Sparkling Bombs, the Hatepinks, Kevin K And The Real Kool Kats, Holy Curse, Cowboys from Outer Space et beaucoup d’autres… La scène punk rock mélo et garage est de très bonne qualité et le fonctionnement est un peu le même…

Quels sont les projets des Lost Cowboy Heroes dans un futur proche?

On va faire quelques dates pour la promo de notre premier skeud et passer rapidement à la suite. On a déjà assez de matériel pour en sortir un deuxième… On sort un split Cd (6 titres inédits) avec Ravi en mai, on va très certainement sortir un MCD single 5 titres en mai également. On participe aussi à un split 4 groupes dans un format vinyl 45t avec 3 autres excellents groupes de Besançon (Hawaii Samurai, the Waterguns, The Ronnie Rockets) qui devrait sortir en avril, et on va poser quelques titres sur des compilations samplers de fanzines/magazines (Abus Dangereux, Rocksound…), répondre à quelques interviews pour propager la bonne parole… On va essayer de garder une cadence de travail à flux tendu… Mais bon les principaux projets, c’est d’envoyer la sauce dans tous les clubs possible… Contactez nous, on est chaud bouillant!

Depuis que tu as la coiffe de Stephan Eicher, est-ce que tout est plus facile avec les meufs? A quand la muletta?

Mieux vaut ressembler à Stephan Eicher qu’à Jean Jacques Goldman…

Comme d’hab’, le mot de la fin…

Be good, Be true and Stay wild.

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