Interview – Local Natives, l’envers du décor

Les Local Natives étaient forcément très attendus cette année après le succès incontestable de « Gorilla Manor » qui les a immédiatement élevés au rang de révélation indie-pop à suivre à la culotte. « Hummingbird« , leur second album plus personnel, est un nouveau prétexte pour remplir un agenda de tournées long comme la jambe, et faire un nouveau crochet par le Grand Mix de Tourcoing affichant « Sold Out » en lettres grasses. Plus punchy que sur disque, le groupe a manifestement tiré de bonnes leçons du live. On en profite donc pour se laisser aspirer par cette énergie, et rencontrer le guitariste/chanteur Ryan Hahn en backstage, pour une interview… backstage.

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En backstage, juste avant le show, êtes-vous stressés?

Ryan: Pas du tout!

Jamais?

Je pense que, au début, c’était un peu stressant parce qu’on ne savait pas toujours à quoi nous attendre. Depuis, on a beaucoup tourné, et ça s’est transformé en excitation. Ça fait longtemps que l’on est un groupe, on a beaucoup bossé durant toutes ces années, et aujourd’hui tourner est ce que l’on veut faire. C’est devenu quelque chose de relativement confortable au niveau du stress.

J’ai lu que vous aviez joué avec un orchestre au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. Quel était votre état d’esprit avant le show?

Ok, oui, pour celui-là, c’était différent! (rires) Ça n’était pas juste nous cinq, il y avait aussi vingt-trois musiciens derrière nous. Ce sont des professionnels et on s’est beaucoup entraînés, même s’ils voient la musique différemment: ils regardent leur partition et jouent ce qui est écrit. C’était un show totalement différent, dans une grande salle, avec des gens assis tout autour de toi. C’était sans doute notre meilleur concert.

Que buvez-vous avant le concert?

Des choses basiques: de l’eau, du soda, des jus, parfois de la bière ou du whisky…

Et après?

(rires) La même chose!

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Qu’écoutez-vous en backstage?

Nous écoutons des choses différentes. Personnellement, j’écoute des artistes comme Nick Cave, Black Sabbath, Tame Impala… En tournée, on essaie de partager la musique et de se faire découvrir des choses entre nous. Il y a beaucoup d’influences dans le groupe.

Que lisez-vous dans le tour bus?

En ce moment, je lis l’autobiographie de Neil Young que l’on m’a offerte à Noël. Avant, je lisais ce livre de l’auteur japonais Haruki Murakami, « The Wind-Up Bird Chronicle ». C’est bien plus lourd, je sens que j’ai besoin d’un break quand je lis ce genre de bouquin pendant trop longtemps. Taylor (Rice, guitariste et chanteur du groupe, ndlr) lit beaucoup et nous conseille pas mal de livres.

Est-ce que vous jammez dans les loges, ou est-ce que c’est toujours calme comme en ce moment?

En fait, on revient juste de dîner, donc on a envie de dormir! (rires) Oui, on essaye de garder le rythme, de toujours travailler sur quelque chose, qu’il s’agisse de nos morceaux ou autres créations qu’on envoie à notre label. Pendant les longs trajets en van, on aime bien bosser sur Pro-Tools et trouver quelques idées, ou regarder des one-man show, ou des films débiles.

Quel genre de films?

Hier, Kelcey (Ayer, le chanteur-leader du groupe, ndlr) regardait « There Will Be Blood »…

… C’est loin d’être stupide!

C’est vrai, mais hier on a aussi regardé « Step Brothers » qui lui l’est vraiment (rires).

Vous trouvez donc le temps d’écrire de la musique en tournée?

Oui, mais c’est dur. On travaille un peu individuellement dans notre coin, on crée des bouts de morceaux qui ne deviennent jamais réellement de vraies chansons des Local Natives susceptibles de voir le jour si on s’asseyait tous ensemble dans une pièce. Il y a toujours des idées qui flottent, mais il faut vraiment attendre la fin de la tournée pour pouvoir se concentrer dessus.

Votre dernier album est-il né en tournée?

Je ne pense pas. On a un planning complètement fou, on a tourné pendant plus de deux ans presque d’un seul bloc. On est tout le temps sur la route ou dans les loges, donc dès qu’on a du temps pour faire quelque chose ensemble, ce sont en même temps les seuls moments où l’on a l’occasion de se reposer. Quand on est rentré à la maison, on avait besoin de se poser, de penser à écrire de la musique sans la jouer live, d’arrêter de tourner, de ralentir, d’essayer de voir ce qui nous avait inspiré, de créer!

L’album est-il donc inspiré de cette grande tournée?

Oui, c’est sûr. On a appris énormément de cette tournée. Mais cette fois-ci, on s’est vraiment concentré sur le fait d’être en studio, contrairement à la première fois qui était plus une capture live. Pour « Hummingbird », on a expérimenté avec de nouveaux instruments, de nouvelles techniques d’enregistrement, on essayait aussi de s’assurer que l’album fonctionne comme un tout. Notre approche était complètement différente pour nous, mais c’était vraiment cool de réfléchir à la manière de jouer un nouvelle chanson, en utilisant tel instrument et tel sample.

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Rencontrez-vous des fans après le show?

Oui!

… Et…?

Oh mec, non! (rires) Ça doit être un truc d’européen!

Avant le concert, réfléchissez-vous à la liste et à l’ordre des titres que vous allez jouer?

Non, la playlist est différente chaque soir. On n’a pas forcément envie d’entendre la même chose à chaque concert et, en même temps, il nous arrive de trouver un groove qui marche bien. Mais on essaye de varier, effectivement.

Pensez-vous la setlist de la même manière que lorsque vous ouvrez pour des groupes comme Arcade Fire?

En général, les gens ne viennent pas pour toi dans ce cas. On garde en général les chansons les plus énergiques, en supprimant les plus lentes, que seuls nos fans connaissent et peuvent chanter avec nous. La dernière fois que l’on a ouvert pour quelqu’un, c’était The National.

Et c’est donc là où vous avez rencontré Aaron Dessner, le producteur de l’album?

Oui, exact. C’était vraiment inattendu. On avait essayé plusieurs producteurs avant lui, en donnant une liste à notre manager. Ça n’a pas vraiment marché car on a l’habitude de faire notre propre truc entre nous. Le fait d’avoir un intervenant extérieur nous gêne un peu, mais avec lui, c’était plus humain, plus naturel. Pour lui, la production est comme une passion, il était vraiment à l’écoute.

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Avez-vous trouvé le titre et la pochette de votre album pendant les temps morts en backstage?

Non, on fait toujours de la musique, mais on vit le moment présent. On joue nos dernières chansons, et on aime voir les réactions des gens! Le titre « Hummingbird » (colibri, ndlr) vient de la chanson « Columbia », une chanson très personnelle, en particulier pour Kelcey. Ce mot représente très bien le côté émotionnel de l’album parce que l’image qui vient à l’esprit, c’est cette créature qui bat des ailes des milliers de fois à la minute et qui bouge tout le temps. Ça donne une impression de force et de fragilité à la fois. Ça reflète très bien l’esprit du disque, qui alterne chansons énergiques et un peu folles avec d’autres plus fragiles et silencieuses.

C’est vrai que le sentiment global dégagé par cet album est plus triste, plus sombre que pour le premier…

Les gens utilisent souvent le mot « mélancolie » pour le qualifier. Mais il est en même temps joyeux à nos yeux. C’est une espèce de catharsis car écrire et jouer nos chansons est un réel moteur dans notre vie. Je ne me sens jamais triste quand je joue ces chansons. Bien au contraire, ça me remplit de joie, ça permet de traverser les mauvaises épreuves et de me sentir plus fort.

Et que signifie l’artwork?

C’est un peu né d’un accident! On grimpait sur le toit de la salle de répétition. On a appuyé sur le bouton de l’appareil photo au moment où Kelcey galérait à s’y hisser. Au début, c’était juste une photo qui nous faisait sourire et elle tombait à pic au moment où nous traversions des épreuves pas évidentes, un peu comme cette joie paradoxale que nous trouvons au sein du disque. On a fait un montage en essayant plusieurs fonds, et on est resté sur ce ciel. C’est difficile à expliquer, mais c’est une image très positive pour nous.

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Vous avez tourné dans le monde entier après le premier album. Quel est le meilleur public sur lequel vous soyez tombés?

Question difficile! L’Australie, c’est fou. Il y a quelque chose là-bas qui fait que les gens sont excités d’aller voir un concert, de savoir qu’ils vont passer une bonne soirée. Ils chantent vraiment fort et sont respectueux. On y est allé qu’une seule fois mais ça reste l’un de nos meilleurs souvenirs. On a vu beaucoup de monde et on ne sait jamais à quoi s’attendre. Ça n’est pas vraiment une question de pays, chaque lieu et chaque salle peut procurer des moments magiques.

Que ressentez-vous lorsque vous arrivez dans un pays inconnu à vos yeux, où tout le monde connaît vos chansons?

C’est vrai que ça procure un sentiment étrange! Tu discutes avec les gens après le show et tu te rends compte qu’ils parlent à peine anglais alors qu’ils chantaient les paroles quelques minutes avant!

Nous sommes dans les loges du Grand Mix. Préférez-vous jouer dans de petites salles chaleureuses comme celle-ci ou sur de grosses scènes?

Aux Etats-Unis, on a joué dans des salles beaucoup plus grosses. On adore jouer dans des lieux chargés en histoire, comme des théâtres par exemple. Mais en même temps, on a longtemps joué dans de petits clubs qui sentent la sueur tu vois, sur la même scène que des groupes punk-rock. On aime les deux. C’est cool de revenir ici au Grand Mix et, pour info, on sera à l’affiche de pas mal de festivals cet été. Je ne te dirai pas lesquels sinon je vais avoir des problèmes! (rires)

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