Interview : Life Long (01-2008)

L.I.F.E Long, nouvelle signature du label français Ascetic Music, totalise à lui seul une flopée de collaborations avec le florilège de la scène alternative new-yorkaise…. En effet, Antipop Consortium, Mike Ladd, Aesop Rock, Cannibal Ox, Scienz Of Life ou Fred Ones de Sonic Sum, pour n’en citer que quelques-uns, l’ont déjà convié… À cela s’ajoute sa contribution au groupe Stronghold aux côtés de C-Rayz Walz, Immortal Technique et autres Breez Evah Flowin, ainsi que plusieurs Ep’s et mixtapes… On aurait pu vite croire que L.I.F.E Long se serait inscrit dans le continuum d’un rap avant-gardiste comme le préfigurait ses featurings…Et si le Mc de Brooklyn s’est attelé à la conception de « Longevity », c’est pour mieux renouer avec les fondamentaux du Boom Bap new-yorkais. Album “Longevity Volume1.5 de L.I.F.E Long

Un album ou soul, jazz, beats organiques, break beats et flows protéiformes s’imposent comme charnière entre les deux millénaires… Cette interview nous permettra de lever le voile sur une question qui nous démangeait: « Longevity » répond-t-il à une simple envie de réconcilier le rap new-yorkais avec ses origines, ou témoigne-t-il d’une volonté de brouiller les pistes?

Est-ce que tu peux revenir sur Stronghold? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous réunir sous cette bannière?

Stronghold fut une idée de Breez Evah Flowin en 1997. Nous nous connaissions plus ou moins tous pour avoir écumé les scènes sur N.Y. On traînait beaucoup au « 88 Hip-Hop », un lieu que tout le monde devrait connaître. C’est Breez qui eut cette bonne idée d’associer ceux qu’il considérait comme étant les meilleurs Mcs encore méconnus de la ville. Nous avons formé ce crew avec l’intention de créer une dynamique. C’est comme cela que Stronghold est né. Très vite, on a commencé à poser sur diverses mixtapes, sur tout les projets où l’on pouvait se faire remarquer…Et puis surtout, nous avons écumé les battles et les open mics où le groupe a acquis ses lettres de noblesse. Stronghold est un peu comme les cinq doigts d’une main… Chacun a sa personnalité propre, mais on se retrouve sur l’idée de faire un hip hop « raw » qui représente l’énergie de New-York. Pour reprendre la métaphore, si j’étais un doigt, je serais le pouce parce que je suis celui qui est le plus inspiré musicalement par les nineties, l’esprit Native Tongues, le golden age new yorkais…

Est-ce qu’on peut dire que Stronghold est un crew de Brooklyn?

En quelque sorte car beaucoup y résident aujourd’hui… C’est mon cas, mais je dirais que Stronghold représente New-York dans son intégralité… Même si je réside aujourd’hui à Brooklyn, je viens en réalité de Jamaica Queens et plus particulièrement d’un endroit qu’on appelle Cambria Heights, pas très loin de là où Tribe Called Quest ont commencé… Je dirais vraiment que le groupe traduit l’énergie new-yorkaise plutôt qu’un quartier, en ce sens où nous avons tous grandi dans des coins différents. Et puis le Bronx, Brooklyn, Manhattan, Staten Island, Queens, tous ces quartiers ont apporté leurs contributions au rap new-yorkais. Stronghold est le fruit de cette énergie new-yorkaise… C’est la seule ville au monde où tout y est ouvert 24 heures sur 24. C’est aussi une des rares villes aux Etats-Unis où tu trouveras autant de rappeurs au mètre carré.

Qu’est-ce qui te lie encore aujourd’hui à ton quartier Jamaica Queens?

C’est un quartier multiculturel avec beaucoup d’indiens. J’y ai passé mon enfance et une partie de mon adolescence. J’aime le Queens, cette ambiance de quartier. Si tu veux, tu peux y vivre toute ta vie sans jamais avoir à en sortir. C’est ça le Queens, une ville dans la ville, une forteresse construite en plein coeur de New-York. Et puis tu as Jamaica Queens qui est comme un poumon dans le quartier, avec ces longues et larges avenues, ces dépanneurs ouverts à toute heure…

D’où vient ton nom?

Life LongC’est un acronyme. L.I.F.E veut dire « living in full effect » et Long est synonyme de la volonté à chaque étape de sa vie de passer des caps, d’évoluer, d’ouvrir ses perspectives. C’est un peu un mouvement permanent que nous effectuons aussi bien à un niveau personnel que collectif. En fait, mon nom est indissociable de l’idée de faire passer des idées dans ma musique et mes textes en évitant le prêche. Mais l’idée, c’est de communiquer des choses simples, du ressenti ou des choses très pragmatiques… Mon nom est aussi un témoignage sur l’idée que le hip hop a traversée les âges, évolue mais qu’il est nécessaire de se souvenir de ses origines, des acteurs du passé, d’entretenir l’idée que cette musique est une culture basée sur l’innovation, la quête de la performance… Quand j’étais môme, j’adorais écouter Marley Marl, Red Alert, Run DMC, Slick Rick, EPMD, Krs, Jungle Brothers… Et j’espère à mon tour perpétuer cela, apporter ma pierre à l’édifice…

Beaucoup connaissent de Stronghold, Immortal Technique et C-Rayz… Le collectif est un peu nébuleux… Qui le compose?

Breez a été l’architecte du collectif. Il y a Poison Pen, C-Rayz, Breez Evah Flowin, Immortal Technique, moi-même, Mic Terro, Swave Sevah, Cvees, Dj Static, Wiz … Voici tous les affiliés qui composent Stronghold… Chaque membre du groupe a joué son rôle. Immortal Technique et C-Rayz ont brillé un peu plus avant que les autres ne sortent leurs disques et leurs projets. Nous nous soutenons tous. Nous sommes tous des Mcs avec des personnalités bien arrêtées, et c’est ce qui fait l’intérêt du groupe. Personne ne peut prétendre ressembler à Breez, Immortal a développé des thèmes qui lui sont personnels alors que C-Rayz est un freestyler hors pair. Si tu regardes de près, Breez, C-Rayz et moi avons sorti des albums avant Immortal Technique. Et je pense que chacune des sorties a mis le focus à la fois sur l’artiste mais aussi sur le groupe. Aujourd’hui, Immortal a produit l’album de Poison Pen.

En aparté de Stronghold et de ta carrière solo, tu évolues aussi dans d’autres groupes?

Oui avec mon partenaire de rimes Loer Velocity, nous avons monté un groupe du nom de Writers Guild… Je bosse aussi avec Creative Juices, qui est à la fois un team de producteurs et un label… Et puis, il y a eu l’expérience « Majesticons« , un collectif à géométrie variable mis en place par Mike Ladd le temps d’un album et de la tournée qui a suivi…

Quels sont les artistes avec lesquels tu n’as pas encore collaboré et avec qui tu souhaiterais le faire si l’opportunité t’était donnée?

Je pense à Krs One, Planet Asia, Wu-Tang, Cocoa Brovaz et faire un morceau avec mon pote Prince Po et Pharoahe Monch sur le même morceau. Un morceau avec Organized Konfusion à l’ancienne, ça le ferait bien…J’ai eu l’occasion de collaborer avec Pharoahe Monch et Antipop sur le morceau « What Am I »… La liste est longue. En tout cas, j’ai eu l’occasion d’inviter sur « Longevity » des mcs que j’apprécie vraiment. Checkez le morceau « Skrypt Keepahs » et vous comprendrez!!

Quels sont les artistes qui t’ont marqué récemment et que tu écoutes en boucle?

Définitivement Jay-Z et Nas. Jay-z, car pour moi le « Black Album » est un classique, une oeuvre majeure truffée de clin d’oeil au passé, à la old school, avec une écriture et une maîtrise totale… C’est le rare gars qui met tout le monde d’accord, aussi bien les MCs, les amoureux de cette musique et un public plus versatile… Et bien sûr Nas, le roi de New-York…Un lyriscist hors pair et un technicien aiguisé… Il a toujours été cohérent dans ces sons avec l’utilisation récurrente du sampling, des breakbeats. Ce sont deux modèles de longévité… Ghostface aussi prouve qu’il perdure. Son dernier album est excellent. Ça va plus loin que le simple Mc’ing, il sait parfaitement choisir ses productions, concevoir une oeuvre cohérente…

On a l’impression que, pendant longtemps le rap a été obnubilé par la compétitivité, le jeunisme mais dans le mauvais sens du terme avec son florilège de modes, de castings de producteurs, de carrières éphémères… Cette tendance tend à s’inverser, Kanye West reprend « 93 till Infinity » durant ses concerts… Nas a plusieurs rimes à l’effigie de Kool G Rap… 50 Cent a invité sur un show télévisé Krs One et Marley Marl… Est-ce que cela témoigne d’un changement?

C’est un jeu ultra-compétitif où l’artiste est souvent sous pression. On oppose deux rappeurs et l’on crée une polémique dont les deux sont prisonniers. Beaucoup ont les yeux rivés sur le prochain « cat » qui sera à la mode. Mais aujourd’hui, on se rend compte combien il est nécessaire de s’imposer sur une carrière, sur plusieurs albums. Il suffit de voir pour cela Nas, Jay-Z, Guru, Ghostface, Outkast, Redman, Common, Masta Ace, MF Doom ou Percee P… Après, personnellement et pour beaucoup d’amoureux de cette musique, on a besoin de réécouter les références du passé. Je me souviens qu’à l’époque où Organized Konfusion était encore ensemble, leurs albums m’inspiraient pour écrire. C’était la même chose avec De La Soul et Tribe Called Quest!! Même chose pour le premier album de Souls Of Mischiefs: « 93’Till Infinity » c’était le tube. J’allais souvent dans ce club hip-hop à New York appelé le Palladium connu pour ses concerts légendaires… Avant que le Palladium ne ferme, les organisateurs avaient pour habitude d’organiser, tous les 31 décembre pour célébrer la nouvelle année, des concerts incroyables… J’y ai vu De La, Tribe, Souls Of Mischiefs… En rentrant chez moi, je me mettais à écrire pour progresser et pour parvenir à leur niveau…

Pour revenir à ta question, je pense que Nas, Kanye West, 50 Cent et d’autres, arrivent à un moment charnière de leurs carrières où ils sont plus libres d’une part, et d’autre part, ils prennent de la bouteille. Ils se rendent bien compte du décalage qu’il y a aujourd’hui avec la jeune audience rap et ce public de puristes qui a grandi avec cette culture. Peut-être que ces artistes ont intégré l’idée d’éduquer en faisant des clins d’oeil aux pairs de cette musique. Je crois aussi que New-York et le East Coast Rap a eu besoin de l’explosion du Sud pour se solidariser un peu et renouer avec l’histoire et les racines du Hip-Hop. Et puis lorsque Kanye West signe Common, Jay-Z, et The Roots, il renoue avec cette tradition où chaque groupe poussait ses proches ou tout simplement des artistes qu’il appréciait artistiquement. Je me souviens lorsque Jungle Brothers ou De La Soul invitaient Q-Tip et participaient à faire monter Tribe Called Quest avec les morceaux « Black Is Black », « The Promo » des Jungle et « Budy » ou « Description » de De La… La Native Tongues a fait la même chose plus tard avec Black Sheep ou Common.

Tu as posé sur des albums majeurs, de ce qu’on a appelé le rap spé comme le « Tragic Epilogue » d’Antipop, l’album de Cannibal Ox. Comment se sont faîtes ces connexions?

La plupart des projets sur lesquels j’ai posé se sont faits naturellement car je connais la plupart des protagonistes de la scène new-yorkaise. Pour Antipop, je connaissais Antipop avant qu’il soit Antipop. Je connaissais Beans et Priest avant qu’ils ne rencontrent M-Sayyid. Earl Blaize a un studio et je travaille régulièrement avec lui dès que j’ai des mixes, des prises à faire. Même chose pour Cannibal Ox, je connaissais Vordul et Vast Aire avant que Cannibal Ox n’existe vraiment. Nous étions et sommes très proches avec la Atoms Family, parce que nous partagions les mêmes scènes, les mêmes studios et nous avions cette même volonté de défoncer l’underground. Fred Ones est aussi quelqu’un que je connais par rapport à son studio TME et Sonic Sum, c’était bien avant que je ne collabore avec lui pour son album solo. Disons même que toutes ces personnes sont connectées entre elles. Fred Ones est le DJ de Mike Ladd et le concepteur de Sonic Sum. J’ai connu Mike Ladd en même temps que Fred Ones. Lorsque Mike travaillait sur « Majesticons », c’est tout naturellement Fred Ones qui a réalisé l’album. Et ils m’ont proposé de passer et poser dessus. J’ai connu Aesop Rock par le biais de Cannibal Ox. Scienz of Life, c’est aussi des gens que je côtoyais depuis de nombreuses années. Donc toutes ces collaborations sont venues naturellement, parce qu’à New-York, on se connaît tous plus ou moins.

Il y a une sonorité marquée sur ce projet, un attachement particulier au son de la Native Tongues et au boom bap new-yorkais. Etait-ce prémédité, une démarche amorcée dès que cet album a germé?

Mes influences pour « Longevity vol 1.5 » sont très boom bap originel, ce son « raw ». Je voulais retrouver ce son qu’on a oublié aujourd’hui et qui renvoie directement au Golden Age du Hip-Hop, lorsque la créativité et l’originalité étaient une quête. J’ai grandi avec l’esprit éclairé de la Native Tongues. De plus, je suis de New-York, donc la seule chose que je connaisse, c’est cette ville et la manière dont les New-yorkais ont toujours fait du Hip-Hop. Je suis un pur produit de mon environnement. J’aime ce boom bap « raw » aussi bien au niveau de ce que ça raconte que du son, des prods, de la manière dont sonne le beat.

Comment s’est déterminé le choix des invités?

Sur cet album, j’ai invité UG du légendaire groupe Cella Dwellas. J’ai toujours aimé leur manière d’atomiser le beat. Il y a aussi Poison Pen, mon pote qui vient de sortir son album. Apani qui est une MC et une amie que j’aime. C’était un peu mon Pygmalion quand j’avais des questions sur le business et ce genre de trucs. Il y a Iomos Marad de Chicago qui fait partie de la famille All Natural. Je ne voulais pas inviter des gens que tu vois partout, mais donner une couleur un peu particulière, un truc qui soit lié à l’affect. Je pense que beaucoup de gens seront contents d’écouter le morceau avec UG. Je voulais aussi avoir Steele de Cocoa Brovaz, mais on était chacun dans nos albums et tournées respectives… C’est partie remise.

Pourquoi avoir appelé l’album « Longevity vol.1.5 »?

J’ai nommé le projet ainsi à cause de ma durée dans cette industrie. Cela fait maintenant une décennie que je travaille, existe dans ce milieu et j’ai vu beaucoup d’artistes venir, partir, disparaître, se compromettre. Ça n’est pas non plus mon premier album, j’ai plusieurs EP’s et un album « Struggle Paradise » à mon actif, mais en même temps cet album est le premier qui sort à l’international. Le titre a plusieurs significations. Cela a aussi un rapport avec le processus de cet album qui a pris un an, un an et demi entre le moment où j’ai signé avec Ascetic Music et le moment où j’y ai apporté la touche finale. C’est aussi un instantané dans ma carrière et en même temps, c’est un album intemporel.

Comment s’est faite la signature chez Ascetic Music?

C’est Mike Ladd qui a fait la connexion. Je suis venu en France pour la tournée Majesticons et j’ai rencontré les mecs qui faisaient le magazine Real et qui venaient de monter Ascetic Music. Et puis j’ai suivi leur travail sur l’album de Fred Ones où j’ai posé… On a alors décidé d’avancer ensemble…

Je crois qu’on te voit, si ma mémoire est bonne, dans le clip de El-P, « Deep Space 9mm »…

Oui, pas très longtemps, c’est après la séquence de El-P dans l’ascenseur. Il rentre chez lui, et on est là avec Rob Sonic et les autres… Je connais les gens de Def Jux depuis maintenant plus de 10 ans et je respecte la ligne artistique du label… Amaechi, qui est le label manager de Def Jux, s’occupait avant d’Ozone qui avait sorti le premier album d’Antipop et s’occupait de Company Flow. Notre connexion remonte à cette époque..

Qu’est-ce qui fait qu’on vous a souvent associé, ou fait des parallèles avec la Atoms Family?

Parce que nous avons émergé au même moment et que nous partagions la même conception du rap, c’est-à-dire l’idée de défendre notre musique sur scène et durant les battles, d’avancer en crew…. Et puis, nous nous connaissons bien. Je connaissais Vordul et Vast Aire alors qu’ils arrivaient dans la Atoms Fam, mais ils ne rimaient pas encore ensemble dans Cannibal Ox. On s’est retrouvé sur les mêmes scènes, à traîner dans les mêmes studios, et à incarner l’idée d’un nouveau rap. Certains ont même été sur les mêmes labels… Je pense à C-Rayz et Cannibal Ox ou Hangar 18 qui sont, ou furent, chez Def Jux… Cela a créé un parallèle dans l’inconscient des gens. Mais en même temps, artistiquement, nos destins sont complètement différents.

On a une image un peu arrêtée de ton travail, peut-être parce qu’elle est déterminée par les featurings que tu as fait. Je pensais plus voir des gens de chez Def Jux et un album plus expérimental…

Je cherche à sonner différent sur chaque titre. J’essaye de coller aux beats et à l’ambiance, et surtout j’aime le hip-hop dans son ensemble. J’ai une vision arrêtée sur ce que doit être le hip-hop, mais je ne suis pas un réfractaire pour qui le son ne peut être qu’expérimental, que boom bap, que jazzy… Pour beaucoup des featurings, le son est déjà là et j’arrive à percevoir la couleur que veulent les gens qui m’invitent, donc je m’adapte. C’est vrai que beaucoup en Europe pourront présager de mon album par rapport à mes featurings, ceux que tu viens de citer, mais je ne suis pas seulement le gars qui a posé avec Antipop, Aesop Rock, Cannibal Ox, Pharoahe Monch, Priest ou Mike Ladd. Je suis connexe, dans ce sens où j’appartiens autant à cette scène qu’à l’envie de perpétuer cette tradition à la Boot Camp, Cella Dwellas, DITC, Organized Konfusion. J’aime ce son dur, agressif, old school, mais je suis toujours prêt à partager le mic avec n’importe qui… Je pense qu’aujourd’hui, il y a un retour aux fondamentaux du rap. De MF Doom en passant par Common ou Nas, chacun a sa vision du rap, chacun appartient à un segment différent de cette musique, et pourtant ils font partie de cette musique et puisent dans les racines de cette musique, son histoire, dans le Boom Bap et l’adaptent, le rénovent, le façonnent avec leurs regards. C’est ce que j’ai essayé de faire à ma manière sur cet album. « Struggle Paradise », mon ep précédent, avait un attachement moins marqué, le parti pris était plus large, plus conventionnel. Là, c’était un peu un témoignage d’un mec de 30 ans sur son environnement et sur l’envie de revisiter ce qui est pour moi la période majeure du Hip-Hop.

Pour toi quelle est la définition du Boom Bap?

Vaste question… Je dirais que le Boom Bap, c’est ce moment dans le rap East-Coast où les beats ont commencé à ralentir, les flows se sont posés, le sampling est devenu le premier matériel dans la conception du son… C’est Marley Marl qui en a posé les bases. On voit vite comment, après son arrivée, le son a évolué et l’impact qu’il a eu. C’est lui qui a préfiguré le son des nineties avant l’heure… Après lui, Rakim, Krs One, Kool G Rap et tous les artistes qui ont émergé dans la seconde partie des années 80 ne sonneront plus pareils. Mais le Boom Bap a vraiment explosé à partir des années 92/94 avec EPMD, Premier, la Gangstarr Fondation, Edo G And The Bulldogs, Das Efx, Black Moon, Smith’n’Wessun, CL Smooth, Cella Dwelas, Leaders Of The New School… Pour moi, le Boom Bap, c’est du raw hip-hop mid tempo avec un son bien organique, gras, lourd…

Et pour toi, justement, quand s’est-t-il mortifié?

En fait, il n’a jamais été aussi vivant, mais sous des formes très diverses et très personnelles… Et c’est ce que j’aime aujourd’hui… Mais je dirais que pour moi le Boom Bap traditionnel a commencé à décliner entre 98,99 et 2000. Je dirais que Roc A Fella a essayé d’en défendre l’étendard commercial tout en le faisant évoluer dans les beats en doublant les pieds, les caisses… Mais on lui a opposé l’arrivée de la scène spé d’un côté et celle du dirty south puis du crunk de l’autre. Aujourd’hui, il revient en force sous des formes très diverses, et en grande forme, avec aussi bien des artistes commerciaux qu’underground…

Est-ce qu’on peut espérer un album de Stronghold, un jour?

Oui, j’en parlais la dernière fois avec Breez… C’est vrai qu’aujourd’hui, nous sommes tous pris dans nos vies et nos carrières solos mais c’est quelque chose que nous devrions planifier pour les années à venir.

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