Interview – La Secte du Futur, cantique de l’apocalypse joyeuse

En seulement deux albums, l’éponyme ‘La Secte du Futur’ (2012) et ‘Greetings from Youth‘ (2014), La Secte a réussi à endoctriner une poignée d’adeptes. Prédicateurs d’un rock garage qui frôle l’hérésie, les quatre trentenaires jouent à fond la caisse leurs compos eschatologiques (à ne pas confondre avec scatologiques, merci). C’est diablement efficace et prodigieusement addictif. Forcément curieux, on est monté à bord de la Péniche Cancale (Dijon) où le groupe, programmé lors du festival MV, assurait le quota punk de cette seconde édition. Les balances réglées et les bières décapsulées, rencontre avec les quatre évangélistes de La Secte du Futur: Pierre (guitare et chant), Paul (batterie), Maxime (basse) et Axel (guitare), tout ce petite monde calé dans la timonerie, un peu exiguë, du rafiot.

Quel est la doctrine de la Secte?

Pierre: Oula… C’est une question qui attend une réponse sérieuse?
Paul: Euh… Quand on a commencé, je pense qu’on voulait faire quelque chose d’assez pop. L’idée, c’était de sortir un peu du garage punk de base et de ne pas faire un truc de bourrin.
Pierre: Je pense que, ce qui nous rassemble à la base, c’est notre envie de ne pas se sentir à l’étroit dans un genre défini. Si on veut faire une reprise de Céline Dion et que ça sonne bien, on la fait! Bon évidemment, il y a quand même peu de chance qu’on reprenne ‘My Heart Will Go On’, mais si on a envie de mettre des violons ou de l’accordéon sur un morceau, on le fera… D’ailleurs, j’espère que ce sera le cas sur le prochain album.

On lit sur internet que vous faîtes du ‘garage laser pop’. Il faudrait que vous m’expliquiez ce que ça veut dire, lentement, genre comme si j’étais un enfant de 5 ans…

Pierre: Ah! C’est à cause d’Itunes ça. Quand tu mets en ligne un morceau, tu dois préciser le style… J’avais mis ‘garage’, ‘pop’, et ‘laser’ devait être pour le côté futur! Je me disais que ça collait assez bien avec l’esprit du premier disque dans lequel on retrouve la reprise du thème de Terminator (‘We’ve Taken Over Skynet’, ndlr), ou la pochette de l’album et ce collage un peu barré. Mais c’est vrai qu’on a moins suivi cet esprit sur le deuxième opus.

Vos deux albums ont reçu un accueil plutôt enthousiaste il me semble?

Pierre: C’est vrai qu’on a eu quelques bons papiers dans Technikart où Chronicart notamment.

Mais rien dans les Inrocks?

Paul: Non, mais ce n’est pas bien grave, on en attendait pas forcément. En fait, on a quand même eu quelques reproches du public habitué à la scène garage/punk, surtout pour le premier album. Les gens nous disaient: ‘On a l’impression qu’il y a de bonnes chansons mais vous gâchez tout, il y a trop d’effets, on n’entend rien‘. Je ne viens pas de la scène garage, alors j’avoue que je n’ai pas bien compris ces critiques.

Pour ce deuxième album, vous aviez une idée précise de ce que vous vouliez en l’enregistrant? Quel ton particulier vouliez-vous lui donner?

Pierre: Plus ‘propre’ que le premier, et on voulait montrer qu’il y avait une évolution.
Paul: Pour le premier album, Pierre avait tout préparé chez lui… Et après, on a tout enregistré nous-mêmes avec trois micros pourris, genre en deux heures c’était plié. Pour ‘Greetings from Youth’, on a fait les choses plus sérieusement.
Pierre: Mais il y en a qui préfèrent le premier. Maxime par exemple…. Sur le deuxième album, on a un peu perdu le coté spontané du premier, je trouve. J’ai ouvert un peu plus le partage de la compo, mais on a aussi beaucoup plus bossé les morceaux.
Paul: Pour ce qui est de la spontanéité, je ne suis pas sûr qu’on ait tant perdu que ça.
Pierre: Si si… Il y a des trucs que je fais chez moi que je ne penserais même pas à tester en studio. Pour le troisième, on va essayer de trouver un équilibre entre ces deux méthodes.

Eighteen Records vous met la pression pour un troisième album?

Pierre: Oula, pas du tout, il est vraiment à la cool Seb’… C’est un pote. En revanche, je ne sais pas si on va le sortir chez Eighteen Records car ils sortent assez peu de disques par an, donc ça va pas mal dépendre de son agenda.

Et pourtant, je vous trouve assez discrets… Vous ne faites pas tant de concerts que ça, ou alors dans des petites salles ou des festivals émergeants?

Pierre: Disons qu’on n’a pas été assez réactifs. On a commencé à tourner seulement six mois après la sortie du deuxième album, et malgré les bonnes critiques, on est un peu passés à côté…
Paul (blasé): On a chié trop de live
Pierre: On ne répétait jamais assez. Avec Antoine (synthé) et Ali (chant) qui sont de Bordeaux, ça devenait vraiment trop compliqué, il fallait à chaque fois payer des billets de train pour se retrouver et faire quatre heures de répèt’. Dès qu’on partait en tournée, il fallait s’adapter à qui était là, et qui ne pouvait pas. Axel, qui était à la basse avant, ne pouvait pas être présent tout le temps…
Axel: Ben ouais, je bossais.
Pierre: Du coup, c’est Ali qui passait à la basse… Enfin bref, on avait un mode de fonctionnement très chaotique. Puis nous avions pas mal de nouveaux morceaux, alors on enlevait les anciens. On n’a jamais dû faire deux fois le même set.
Paul: C’est vrai qu’on manque de régularité. Il y a des groupes qui tournent deux ans avec le même set et, du coup, ça se ressent sur scène, tout est parfaitement bien calé.
Pierre: Mais ça marche quand même mieux depuis qu’on a changé de line-up.
Paul (ironique) : Oui, c’est plus punk… Alors les erreurs passent mieux!

La scène garage/punk française est assez emberlificotée, j’ai l’impression. Vous êtes impliqués plus ou moins intensément dans d’autres groupes?

Pierre: Je faisais partie de Catholic Spray, mais le groupe est en stand-by. Mais ce n’est pas dit qu’on ne rejoue pas ensemble.
Paul: Je joue aussi de la batterie avec Skategang. Mais là, je suis en train de bosser avec Guillaume Marietta qui sort un nouvel album. En ce moment, on répète pour les concerts.
Axel (moqueur): Comme il se la raconte… il est chez Born Bad Records!

Rendez-vous, le groupe qui joue en première partie, vous connaissez?

Paul: je les connais un peu… Ils font de la new wave, mais attention, de la new wave qui tabasse, avec un bon kick assez rapide. Ce n’est pas tout à fait le genre de musique que j’écoute, mais ils font ça très bien.

Vous avez un petit rituel particulier avant de monter sur scène, un genre d’invocation?

(Paul imite le bruit d’une bière qu’on décapsule).

Photos live: Edouard Roussel
Photos groupe: Vincent Arbelet

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