Interview : La Phaze (12-2005)

« Fin de Cycle » a un son global assez original. La Phaze explose en quelque sorte le carcan de la drum n’bass. Quelles sont les influences principales qui vous ont amené à un tel métissage?Arnaud: Précisons que ce métissage n’a jamais été un plan de carrière. Il vient de nos écoutes, de nos influences respectives. Et d’ailleurs au début, cela nous a posé un véritable problème car nous n’étions accepté ni par la scène drum n’ bass ni par la scène rock.Et cette signature chez Because, qu’est-ce que cela change pour vous? Vous étiez chez Small Axe auparavant…Damny: S’il est vrai que nous nous sommes fait connaître par la scène, nous avons vraiment l’impression avec cet album d’avoir trouvé notre ligne directrice. Signer chez Because nous a permis de faire cet album dans de bonnes conditions mais en même temps nous sommes arrivés chez eux avec de bonnes chansons et, cet album, nous étions prêt à le faire à la roots s’il le fallait.Allez, signer chez un plus gros label est souvent synonymes de nouvelles contraintes… Vous avez vraiment eu le contrôle sur la production de « Fin de Cycle »?Arnaud: Tu sais, on a eu peur d’avoir plus de moyens et moins de contrôle mais ça n’a pas été le cas. A Londres on était tous seuls en studio!Damny: En même temps nous sommes arrivés en studio avec un objet déjà abouti, ce n’était pas des maquettes finies depuis deux mois! Quand Small Axe a mis la clef sous la porte ça a été un grand coup pour beaucoup de monde et pour nous y compris. Face à ça et face au peu de prise de risque des majors, on a passé trois ans à bosser les chansons, on a eu beaucoup de déchets, on a gardé que les meilleurs et nous sommes arrivés chez Because avec ces morceaux déjà bien travaillés.Et pourquoi avoir choisi d’enregistrer cet album en Grande Bretagne?Damny: on a cherché des producteurs en France tu sais. Et on est tombé sur des gens plus ou moins recommandables qui ne voyaient pas très bien où on voulait aller avec cet album. En Grande-Bretagne, il ne se sont pas posés la question, ils connaissent la drum n’ bass depuis 15 ans et c’est médiatique chez eux alors…Arnaud: Et puis on est allé là bas parce qu’on voulait un son qui tabasse, un son qui soit dans le rouge. Or, en France, on a l’impression que le son est trop policé.Contrairement à votre musique qui ne l’est pas. D’ailleurs comment travaille La Phaze? Il y a un chef ou chacun amène ses idées et c’est le clash qui fait les chansons?Arnaud: j’aime bien ce terme de clash, c’est exactement ça .Les idées clashent, on travaille sur l’accident.Damny: La Phaze, c’est une aventure musicale qui ne cesse de grandir mais chacun peut aussi partir de son côté.En parlant d’aventure, vous revenez d’une tournée avec Manu Chao au Brésil, vous pouvez m’en dire un peu plus? Vous étiez déjà allé en Bosnie auparavant… Tout ça vous a amené à jouer devant des milliers de personnes…Arnaud: Dès le premier concert, tu as 50 000 personnes en face de toi, une véritable marée humaine. On multipliait notre plus grand public par 5! Mais en même temps, jouer devant 50 000 ou 10 000 personnes c’est la même chose. C’est plus dur de jouer devant 10 personnes. Pourtant, quelque fois, c’est là que tu fais tes meilleurs concerts: comme tu les vois tous tu n’as plus jamais envie de les lâcher, il faut qu’ils repartent en se disant qu’il s’est vraiment passé quelque chose. Et puis lorsqu’on est sur scène on modifie sans cesse notre répertoire…Damny: Et puis il y a tellement d’accidents sur scène.Arnaud: Le jour où on sortira un live se sera intéressant parce qu’on joue encore de vieilles chansons. Mais entre la version studio et la version live, ça n’a plus rien à voir.Ce côté groupe de scène, ça compte beaucoup lorsqu’on est en studio? On a toujours à l’esprit cette question: comment ça rendra sur scène?Damny: on avait cette démarche avant où on se demandait comment tel ou tel morceau sonnerait sur scène mais là on verra. De toute façon, on a suffisamment confiance dans notre travail pour pouvoir nous adapter s’il faut modifier. Notre objectif, c’était de faire un bon album. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, nous sommes désormais en phase avec nous-mêmes.La Phaze c’est avant tout un groupe de scène?Arnaud: Oui! On a beaucoup tourné et surtout en France où on a fait 250/300 dates, un peu moins à l’étranger où on en a fait entre 15 et 20. Mais on espère y retourner bientôt notamment parce que notre album va y sortir.Damny: Et puis, la scène c’est entre guillemets le seul moyen d’exister de nos jours.Arnaud: Surtout dans le contexte actuel de crise du disque. A mon avis, seuls ceux qui tiennent la scène s’en sortiront notamment parce que les gens ont de plus en plus tendance à aller en concert mais à ne plus acheter les disques.Damny: Ouais, les gens quand ils voient un groupe sur scène qui sue, crache ses tripes, qu’ils voient un truc authentique, ça créée un capital sympathie.Mais la scène c’est un peu le parcours du combattant…Arnaud: En fait on n’a pas connu trop de galères. Quand on a sorti notre premier six titres, nous étions déjà dans le milieu de la musique donc on connaissait les circuits, les salles, les tourneurs, et puis les gens ont tout de suite été curieux. On a donc tout de suite fait des grosses premières parties. C’est un développement qui s’est fait sur la longueur, cinq ans, sans accro. Ca nous a permis de garder les pieds sur terre et puis on a appris sur la route. On n’est pas des têtes de cons. On sait s’adapter.Le titre de votre album, « Fin de Cycle », c’est notamment pour cette nouvelle ère qui s’ouvre à vous?Arnaud: T’as tout compris!Damny: Il y a plein de lectures possibles. Alors oui, c’est la fin d’une période musicale puisqu’on a enfin trouvé notre ligne directrice. Mais c’est aussi dans nos textes par rapport aux mouvements sociaux, au climat ambiant dans cette nouvelle ère géopolitique. Avec tout ça, on a plus que jamais besoin d’être offensif, de réveiller les gens. Et puis aujourd’hui, on a plus trop le droit de l’ouvrir sans être taxé de démago.Arnaud: En tout cas, on ne va pas fermer notre gueule parce que, nous, on a des potes dans des situations difficiles. Eux ne peuvent pas s’exprimer, nous on a la musique.Damny: Mais nous ne sommes pas là pour moraliser, donner des leçons! On veut juste amener les gens à se poser des questions.Vous avez l’impression de faire partie d’une mouvance?Damny: Il y a un renouveau « alternatif », entre guillemets, mais qui n’est pas forcément politisé. Il existe, mais on n’en parle pas. Je pense qu’il n’est pas bon ton d’en parler dans ce climat actuel ou le système essaie de créer des individus types. Genre tu es black antillais alors tu dois écouter du R’n’B. T’es un petit blanc alors écoute du rock. C’est sécuritaire, c’est rassurant et les médias ont un rôle tacite là dedans. Il y a un flux continu de « spiritualité médiatique » et c’est dangereux.

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