Interview : K2R Riddim (01-1998)

K2R, qui c’est?

Le vrai noyau, composé de nous deux et du bassiste, a commencé à faire du son en 91. On s’est dit qu’au lieu de galérer, on allait faire du son comme d’autres le faisait autour de nous. On a acheté nos instruments, mis en place deux ou trois morceaux et quand il a fallu monter sur scène il fallait un nom, on a pris K2R. La composition actuelle date d’il y a trois ans.

Y a t-il un message derrière le nom; il donne l’impression que vous voulez changer l’esprit des gens le temps d’un concert…

Tu viens de donner une bonne interprétation du nom. Il est interprétable par tout le monde: certaines personnes se réfèrent à la marque et c’est pour ça que l’on s’appelle K2R Riddim, pour éviter d’avoir trop de problèmes. Ca n’a pas vraiment de signification. Notre premier concert s’est déroulé dans une fête, et il y un de nos vieux potes, un vieux keupon, qui nous a dit un jour: « si moi j’ai un groupe je l’appellerai K2R ». Et quand on nous a demandé le nom, c’est le premier truc qui me soit venu à l’esprit. A l’époque, on était très branché ska mais on n’avait pas le niveau pour vraiment faire du ska sixties, du reggae alors ça tournait plus en ska 2 Tone ou revival. Jusqu’en 93-94, on s’est perfectionné pour faire du ska et petit à petit, on est revenu aux racines, au reggae et au ragga. On est très influencé par les années 60-70 voire début 80, Studio One, Trojan. Maintenant, on élargit, on essaye de faire 35 ans de musique jamaicaine avec deux chanteurs, qui proviennent du milieu hip hop, totalement différents l’un de l’autre. D’autres dans le groupe, sont influencés jazzy, jazz rock ou musique latine et même indienne. Chacun amène son influence. Quand on dit reggae, on pense Lee Perry, Upsetters qui ont toujours fait une musique d’expérimentation. Sur l’album, il y a même des violons qui sont venus jouer, on s’ouvre le plus possible pour prendre notre pied et apporter quelque chose au reggae.

Parlez nous de ce premier album…

On a démarré en faisant des souscriptions, en récupérant le maximum de fonds par les cachets de concert, des potes nous ont prêtés de l’argent. Notre sonorisateur est en train de monter un studio chez lui, et nous a proposé de faire le son et en échange, on l’aide pour les travaux. On a investi dans du matériel pour lui, il a fait pareil et on a tellement été pris par les délais et le temps, qu’on a tout enregistré dans sa grange sans avoir monté les murs. II n’y avait que des pans de moquette. On a voulu faire du son roots dans des conditions roots. On a voulu représenter un voyage ayant lieu tout au long de la musique jamaïcaine, tout au long de nos différentes vies qui font qu’on est tel qu’on est et qu’il y a une magie entre nous. Nos deux chanteurs sont zaïrois et belinois, nous deux on se connaît depuis notre enfance. II y en a que l’on connaît que depuis deux ans mais que l’on connaît ultra bien. II y a une harmonie à ce niveau là, et « Carnet de Roots », c’est aussi ça. C’est une famille qui comprend aussi notre sonorisateur qui a une grande part dans la qualité de notre son en façade, en amenant des effets, etc…

Que vous a-t il apporté musicalement?

Des grosses claques. Nous, on est un groupe de scène principalement et on s’est pris des claques par rapport au travail, à l’enregistrement, à tenir un rythme. Ca nous a poussés à rebosser. C’était une bonne expérience, ça a permis de mettre en place ce qu’on voulait tout en étant pressé par le temps. On a essayé d’avoir un son album et c’est pour ça que l’on ne perçoit pas totalement la pêche qui se dégage des concerts. On a fait un son roots pour les morceaux ska et un son plus contemporain pour les morceaux ragga. C’est un travail différent et la pèche, on la retrouve ailleurs. Le problème est que l’on n’a pas pu exploiter cela à fond à cause du manque de temps.

Des regrets?

Non, parce qu’on est content de l’avoir fait mais beaucoup de leçons à retenir pour la suite. On est fier du résultat étant donné le manque de temps, de fonds, de disponibilité de certains. Ca va de 22 à 32 ans, certains ont des enfants, d’autres rentrent encore chez leurs parents.

Vous avez donc un album mais on n’entend pas vraiment parler de K2R pour autant. Comment expliquez-vous cela?

On a énormément tourné en banlieue parisienne et pas assez en province. On a beaucoup de mal à jouer sur Paris même et bouger en province, c’est d’autant plus dur parce que ça demande plus de cachet étant donné qu’on est douze, il faut poser ses conditions sinon tu tournes en rond. A Paris, il n’y a que des grandes salles, les circuits habituels. II n’y a pas de petites salles autogérées comme en province ou l’accueil est également bien meilleur. La scène parisienne est trop fermée. Nous, on veut découvrir d’autres personnes, faire entendre notre son. Ca nous apporte une putain d’expérience, on décompresse parce que les provinciaux sont plus à l’écoute et ne viennent pas à un concert pour se poser là comme ça.

Comment est la scène parisienne?

II y a pas mal de petits foyers qui sont, malheureusement, pas assez liés contrairement à On A Faim, par exemple, qui ont des antennes à Bordeaux, Montpellier, s’échangent des groupes, des infos. A Paris, ça se fait à moindre échelle, c’est beaucoup trop individualiste.

Avec des membres bercés dans le hip hop, avez-vous déjà composé avec des groupes de rap?

Justement, il y a un truc assez étonnant. II y a quatre ans, on faisait du ragga, du groove, du ska, du reggae et du hip hop avec deux toasters qui s’appelaient Ouled El Riddim. Ils avaient un morceau sur la compilation Ni Jah Ni Maître que l’on avait fait avec eux parce qu’ils avaient l’opportunité de le faire avec d’autres personnes. La branche hip hop est maintenant partie et a été remplacé par un accent plus rubadub jazzy. On a toujours eu un pied dans le hip hop et on est prêt à continuer tout en sachant que l’on a besoin de jouer du reggae pour prendre notre pied.

Quels sont les projets du groupe?

On veut devenir intermittents, continuer à tourner, faire la promotion de l’album et continuer à avancer en sous-sol. On participe à la compilation française de Moon Records, et à celle de Lord avec Magic Records; dés qu’on en aura les moyens, on sortira des vinyles, on investira dans le merchandising histoire de faire comme tout le monde autoproduit qui a besoin de survivre. L’objectif premier est de gagner notre vie avec le groupe pour pouvoir être disponible à 100% ce qui n’est pas le cas en ce moment, puisqu’on ne fait que deux répétitions par semaine. II y en a qui y sont arrivés, Pourquoi pas nous ?

L’étranger, vous commencez à y penser?

Durant 99, on devrait monter des tournées de plus en plus remplies et donc bouger à l’étranger. On a gardé de bons contacts avec les Toasters et Dr Ring Ding, ils nous ont proposés des petits trucs donc on va voir si ça peut se faire; en tous les cas ça donne envie. On a failli faire un plan en Italie mais, c’est tombé à l’eau. Un artiste aime bien montrer ce qu’il fait, qu’il se fasse siffler ou pas, l’important est qu’il montre qu’il existe. Avec le groupe, tourner à Londres nous ferait plaisir étant donné que c’est le fief des jamaïcains et des Specials et Selecters.

Tu parlais de rester autoproduits. Si un label indépendant est intéressé?

Tout dépend de l’issue du contrat. Si on reste intègre, que l’on garde notre liberté musicale, il n’y a pas de problème. II faut se méfier. Quand tu vois le label du mec de Skarface qui se fait du fric sur le dos des petits groupes, tu te dis qu’un label indé n’est pas toujours mieux qu’une major. Si le contrat nous semble correct et que c’est ni plus ni moins une entraide mutuelle…

Au niveau de la scène française, il y a des groupes avec qui vous avez des affinités?

Je respecte tous ceux qui continuent de lutter dans le vieux son comme les Rude Boy System. J’ai l’impression que ça bouge de plus en plus, mais peut-être que c’est moi qui découvre. En tous les cas, sur Paris, il y a des groupes qui commencent à se faire un nom et qui ne passent pas forcément par des chemins tous tracés. Tu vois Sinsemilia qui ont galéré, qui ont signé et qui passent maintenant le dimanche après-midi chez Drucker; c’est Sony qui leur impose cela. A côté de ça, il y a des groupes intègres, qui bougent leurs fesses, qui tournent en province, qui ont l’esprit positif comme Baobab, Kaliman, Western Special, les Assoiffés, les Ogres de Barbaques qui vont acheter un chapiteau pour faire une salle itinérante. Des trucs comme ça me rendent confiants. L’intégrité, c’est important. Regarde les Skatalites, ils ne font jamais de grosses salles; j’ai vu Desmond Dekker repartir de concert avec sa valise tout seul dans les rues de Paris. Ces mecs là sont des références, des pionniers. Le truc est de garder sa personnalité, de ne pas lâcher le combat.

Qui écrit les textes et quels sont les thèmes abordés?

Les deux chanteurs écrivent leurs textes principalement en français parce qu’il faut se faire entendre de toute la scène et faire passer des messages directement. Ange peut faire des textes en zaïrois, certains vieux morceaux sont en anglais. Les thèmes peuvent être revendicatifs et directs comme la discrimination, le Front National, la politique et ses discours infinis. Mais il vaut mieux écouter l’album et venir nous voir en concert pour mieux se rendre compte de tout cela. Cela n’empêche que l’amour, la joie et la fête sont aussi présentes dans nos morceaux.

Le mot de la fin…

Que toutes les organisations et le peuple qui luttent en sous sol se fassent entendre et continuent de lutter. La première révolution est une révolution intérieure, et tant que chacun ne sera pas prêt à faire sa propre révolution, les choses ne bougeront pas. Ca passera forcément par des messages d’amour et d’acceptation de l’autre. II faut positiver.

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