Interview : Josh Martinez (11-2002)

On pourrait qualifier ta musique de hip hop-pop. Que penses-tu de cette étiquette? Comment qualifies-tu toi-même ta musique?

En fait, c’est pour moi déjà gratifiant que ce que je fais soit considéré comme de la musique. Je n’ai jamais vraiment essayé de faire de la pop mais je suis sans aucun doute un observateur de cette musique à tous les niveaux. J’aime faire une musique que les gens apprécient et y inclure des messages subversifs. J’essaye d’utiliser l’humour et la mélodie et de faire coller tout cela sur de sages chansons. Je m’entraîne à être subtil.

Contrairement à beaucoup de Mcs, tu es reconnaissable grâce à ton phrasé chanté. D’ou vient cette influence et la cultives-tu pour garder ta personnalité artistique?

Pendant les quatre dernières années, j’ai écouté le plus de musique possible et j’y ai dégagé ce que j’aimais vraiment. J’ai adoré les mélodies, le funk et une certaine soul, crade mais attrayante. J’écoute surtout du rocksteady et du roots reggae, et quelques artistes américains blancs du début des années 70 comme les Beach Boys qui ont une grosse influence sur mon processus d’écriture. Les quatre derniers albums que j’ai chopé sont le « Pet Sounds » des Beach Boys, « I Need A Roof » de Mighty Diamond, « No Baptism » des Ethiopians et « Nebraska » de Bruce Springsteen. En fait, je chante parce que j’aime la musique et j’adore chanter. Donc, je chante…

Quels thèmes abordes-tu dans tes textes?

Je suis un aventurier de nature et j’adore voyager. Je le suis depuis que j’ai décidé de détester l’école. Depuis cela, j’ai beaucoup voyagé seul à travers le monde et je continue de le faire aujourd’hui par le biais de la musique. Dans mes textes, je parle beaucoup de choses qui m’arrivent, de choses que je vois en dehors de leurs contextes. J’essaye de faire rire ou du moins sourire les gens et de lire pas mal de bouquins. J’adore embrasser les filles et d’avoir autant de plaisir que possible. J’aime la vie et j’essaye d’observer les choses, de faire une musique qui reflète la beauté de la vie.

Tu vas bientôt sortir ton nouvel album. Comment sonnera t-il par rapport aux précédents? Est ce qu’il va sortir sur Low Pressure?

Il s’intitule « Buck Up Princess » et sortira sur Bella Union en Europe et 6 Months aux Etats Unis. C’est le meilleur disque que j’ai jamais enregistré jusqu’à maintenant. C’est encore un peu frais pour avoir un minimum de recul mais j’ai très envie de le défendre. C’est un album drôle, musical, actuel, très dense et homogène. En ce qui concerne Low Pressure, s’en est fini pour moi. Nous nous sommes séparés et je ne m’occupe désormais que de moi. Cela va peut être me laisser du temps pour en finir également avec le célibat.

J’ai cru comprendre que tu avais créé ce label. Pourquoi et quel était son but?

Je l’ai créé avec Dj Moves et Rhekone lorsque nous avons tous bougé d’Halifax vers Vancouver. Nous voulions essayer de monter un business tout en étant alcooliques professionnels et rappeurs mangeurs de volaille. Nous ne voulions pas travailler et voulions juste sortir notre musique par ce biais. Au final, cela a été deux ans de succès qui n’ont rien rapporté et nous avons mis la clé sous la porte au printemps dernier. Ce fut une très bonne expérience que j’espère ne jamais rééditer.

La scène canadienne est de plus en plus reconnue. Comment expliques-tu cela?

Les canadiens sont marrants alors que les américains sont tous dingues. Pourtant, certains de mes plus proches amis sont américains mais cela n’empêche pas qu’ils soient complètement fous. Ils sont sous l’emprise de la télévision. Tout le monde là-bas a une arme et l’idée de tuer pour sa propre paix y semble logique. Les canadiens ont plus de recul, de l’humour et beaucoup plus de boissons alcoolisées. Cela nous donne une sorte d’allure rétro emprunte à la nervosité urbaine mais nous sommes tout simplement cools. Le Canada, c’est comme les Etats Unis mais sans ces foutus américains.

Est-ce que le Canada est complexé à cause des USA?

Seulement à cause du dollar. Je suis à moitié citoyen américain et moitié citoyen canadien. Donc, je fais mon devoir de patriote, je travaille aux USA et je dépense mon argent au Canada. En fait, je vis du travail accompli aux Etats Unis, j’y tourne environ six mois de l’année mais je continue de considérer Vancouver comme ma ville. Je ne pourrai jamais vivre aux Etats Unis, en tous les cas pas en ce moment. La moitié de mes amis américains veulent venir vivre au Canada parce que ça pue d’être identifié comme un américain de nos jours. Mais la raison principale est la répression qui y règne, la folie qui y avive l’art et l’activisme à un niveau jamais atteint auparavant. Les USA ne me tentent pas. Le rap canadien est juste plus drôle et moins axé sur le narcissisme de pauvres trous du cul.

Penses-tu que le fait que Buck 65 soit signé sur Warner Canada puisse ouvrir des portes à des artistes comme toi? Serais-tu prêt à signer chez une major?

J’adore Buck 65 et tout le Canada est content pour lui. J’espère que nous serons tous signés et que nous pourrons bouger en Europe pour y être connus, pour boire des cafés dans Paris, manger des pommes en Espagne, du fromage à Rome. Ce sera le paradis! Pour cela, je signerai n’importe quoi…

Comment expliques-tu qu’Anticon soit de plus en plus connu au sein de la scène hip hop?

« All press is good press » comme ils disent. Anticon a toujours eu beaucoup de presse. Sole est un taré que j’apprécie vraiment beaucoup et je ne peux m’empêcher de penser à quel point il peut être dangereux pour les bases du capitalisme. C’est un génie et Anticon a toujours séduit des gens différents du reste de la scène hip hop. Anticon est vraiment comme une drogue car vous y goûtez et soit vous y êtes accros soit vous changer complètement de route.

Comme Buck 65, tu t’es fait connaître en Europe grâce à Anticon et tu sembles de plus en plus t’en éloigner. Continues-tu de travailler avec eux?

Je serai toujours en phase avec Sole. Je l’apprécie et je crois en ce qu’il fait. J’essaye juste de faire mon truc et nous nous aidons mutuellement. Je ne veux pas faire partie d’Anticon parce qu’ils ont quand même pas mal de choses à faire. Je veux juste faire de la musique et voyager à travers le monde. Je ne prête pas beaucoup d’attention à la scène rap.

Tu viens en décembre en France pour les Transmusicales. Comment s’est présentée l’opportunité participer à cet évènement? Est-ce la première fois que tu viendras en France?

Le responsable du festival m’a demandé de lui envoyer un colis promotionnel cet été. Je lui ai envoyé un cd et une bio puis il m’a renvoyé un email en me disant qu’il désirait m’avoir pour les Transmusicales. J’ai bien sûr accepté. C’est mon premier voyage en Europe et certainement pas le dernier…

J’ai lu dans une interview que tu n’étais pas forcément favorable à internet. Pourquoi cela sachant que c’est devenu un bon moyen pour les artistes de se faire connaître?

Tu plaisantes? J’adore internet. Allez-y!!! Tu peux y trouver toutes les infos que tu recherches, et la musique y est plus accessible. Je veux juste que les gens aient accès à ma musique et viennent à mes concerts. J’adore jouer live, rencontrer des gens et gagner de l’argent de cette manière. En plus, cela me permet de me rendre dans des endroits ou je ne suis jamais allé et ou des centaines de gens chantent mes chansons…

Le mot de la fin…

Aime moi, Europe! Je suis si excité de venir que je ne parviens plus à le cacher…

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