Interview – Jimmy Edgar, sang, sueur, larmes, salive et sperme

Le jeune Jimmy Edgar quitte la référence Warp pour sortir son nouvel album chez !K7. Côté musique, il continue de développer ce style qu’il a inventé, entre funk, electronica et pop avec de vrais morceaux de Detroit à l’intérieur. Rencontre virtuelle avec l’un des producteurs les plus excitants du siècle qui nous parle de son nouveau bébé, « XXX », interdit aux moins de 16 ans…

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Pourquoi être parti de Warp Records pour !K7? Te sens tu plus proche de ce label?

C’était un mélange de ‘business’ et de raisons personnelles. Je voulais quitter Warp avec mon single « I Wanna Be Your STD » comme l’un des dix meilleurs morceaux de leurs 20 ans d’existence. Mon nouveau travail allait dans des directions différentes, et j’avais le sentiment que les gens de !K7 voulaient plus s’impliquer avec moi que Warp. Je me sens plus proche de !K7, nous sommes constamment en contact, et tout ça est plus artistique pour mon travail.

Jimmy Edgar – « I Wanna Be Your STD »

Comment es tu tombé dans la musique (électronique)?

Quand j’étais très jeune, j’apprenais le piano et les percussions à l’église Baptiste de Detroit. Je n’étais pas trop investi religieusement, c’était juste pour la musique. Après avoir rencontré des gens issus de la scène dance, j’ai été exposé au son techno. J’ai détourné mes premières platines au début des années 90 et commencé à mixer dans les raves, ce qui m’a rapidement donné l’opportunité d’enregistrer ma propre musique, ce que j’ai toujours voulu faire. Mon meilleur ami Nels faisait aussi de la musique, et son frère était une sorte d’organisateur. On était donc capable de jouer live à ses raves quand on avait 15-16 ans parce qu’il pouvait nous payer au rabais tout en ayant de la musique décente à ses soirées!

edgar2D’après toi, quelles sont les différences principales entre « Color Strip » et « XXX »?

« XXX » a été conçu quand j’habitais NYC, et tombait dans une période de gros changements, problèmes et situations intéressantes. En quelque sorte, j’ai libéré mon esprit de songwriter au lieu de me concentrer sur la post-production. C’était une période où j’avais quelque chose à dire musicalement, sans me contenter de montrer ce que je savais faire en studio. Il y a plus de sang, de sueur, de larmes, de salive et de sperme… Plus de passion qui vient du coeur, un peu moins de l’esprit.

Pourquoi avoir appelé ton album « XXX »? Y a t’il une connotation sexuelle?

Ce titre a plusieurs sens. Je dirais que le plus évident vient du coeur. ‘X’ vient du latin/grec « chi », donc ‘XXX’ peut être traduit comme un esprit pyramidal à 3 côtés. C’est l’expression d’une nouvelle conscience éveillée. Aussi, durant tout ce temps passé à développer des idées pour des chansons, je voulais insuffler toute l’énergie sexuelle que je pouvais dans cet album. J’ai été célibataire pendant quelques mois, sans contact sexuel, et je n’arrivais pas à croire à quel point cela avait une incidence sur tout. Je suis devenu hyper « coloré », mon esprit s’est développé, tout était exponentiel  même mes conversations quotidiennes changeaient. C’est ma manière d’exprimer combien l’énergie sexuelle a une emprise sur nous et de montrer aux gens que nous pouvons décupler nos vibrations, ne plus avoir peur, et devenir ce que l’on souhaite rien qu’en y pensant.

Tu es né à Detroit. Musicalement parlant, est ce que cette ville a une influence sur ton travail? Je me doute que tout le monde te pose cette question mais te sens tu comme un « fils » des godfathers de la techno comme Juan Atkins, Derrick May and Kevin Saunderson?

cita1Non, mais c’est marrant d’imaginer Juan Atkins comme mon père. J’ai énormément de respect pour ces mecs, je les connais personnellement et j’ai déjà bossé en studio avec eux. Mais mes influences vont bien plus loin que Detroit. J’en ai un peu marre de parler de cette ville. J’ai bougé de là bas et je n’ai pas l’intention d’y retourner. J’ai habité NYC pendant 4 ans, je suis revenu à Detroit pour 1 an, et maintenant je suis à Berlin, et je trouve que c’est très particulier. Detroit est dans mes racines, c’est là où j’ai passé ma vie entière. Oui cette ville inspire car elle laisse perplexe, mais il n’y a rien de plus à dire que ce que j’ai dit dans beaucoup d’autres interviews. Ça n’est pas vraiment l’image « Mecque de la Techno » que les européens en ont.

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Beaucoup de chroniques et articles de presse définissent ta musique comme futuristic funk ou intergalactic funk. Quels sont tes mots pour la qualifer?

Je dis toujours que ma musique est du Rhythm and Blues, bien que le « Blues » ne définisse pas complètement tout ce que je fais. Je dois trouver un autre terme, comme « Rhythm and Red » qui définirait mieux les côtés passionnel et sexuel de mon art, englobant la photographie, le cinéma et la peinture. Beaucoup de journalistes me classifient aussi dans le rayon electro, ce que j’aime aussi, mais « electro » est bien différent aujourd’hui par rapport au début des années 90. J’ai seulement 26 ans, en théorie je devrais assimiler mon époque, mais je m’écarte de ce genre d’étiquette, je ne veux plus laisser n’importe qui décider de ce que je fais. C’est ce que l’on doit faire quand on est exposé au public j’imagine, laisser tout le monde décider pour toi et te violer en quelque sorte.

Le morceau « Physical Motion » est une espèce de R’nB incroyablement frais. As tu été contacté pour produire des artistes en R’nB ou en hip-hop? Sinon, qui pourrait être ta victime?

Oui, plusieurs fois, et tu peux trouver leur nom sur Google. Azealia Banks a fait les vocaux sur « Physical Motion », c’est une nouvelle artiste du Bronx signée sur XL Recordings. Hormis cela, je jette un oeil aux offres des artistes signés sur des majors, mais on verra pour le futur. Je suis anxieux quand il s’agit de bosser avec de nouveaux artistes mais je ne suis pas prêt à me trancher les poignets pour ça. J’ai un agenda, et si quelqu’un veut monter à bord, alors allons-y. Ce sont mes conditions.

Peux tu présenter les invités présents sur l’album?

J’ai déjà parlé d’Azealia Banks, il y a aussi Anete qui vient de Lettonie, qui dit quelques phrases en russe et chante sur « Physical Motion » et « Push ».

edgar41Jimmy Edgar live… Ca ressemble à quoi?

Je réintroduis des parties de mes morceaux, et je joue des chansons entières avec de nouveaux beats, une sorte de live remix. J’ai plusieurs manières de jouer sur ma voix, ça peut sonner sec, vocoder, talkbox ou autotune. Je travaille actuellement sur des visuels que j’ai enfin réussi à adapter à la projection, d’une façon encore jamais vue sauf de la part d’un artiste au sein d’un musée ou d’une galerie. Ce sera exposé en juillet/aout 2010.

Tu as remixé « Billie Jean » de Michael Jackson. Pourquoi avoir pris un tel risque? On peut sentir cette influence dans ta façon de chanter sur « Turn You Inside Out ». MJ est il une grosse influence pour toi?

Pourquoi ai-je pris un tel risque? Pourquoi est ce un si gros défi?? C’était juste pour déconner. Pourquoi les gens prennent ça autant au sérieux? Michael Jackson est ma plus grosse influence. Peut être que mon remix n’était pas le meilleur, mais c’était une plaisanterie, j’y ai seulement passé 4-5 heures. Je trouvais ça sympa de le mettre carrément en téléchargement gratuit, même si ça faisait chier beaucoup de monde. C’est ridicule. Oui, « Turn You Inside Out » est directement inspiré par Michael, mais c’est encore plus inspiré par une fille que j’ai connue et qui a beaucoup d’ennuis aujourd’hui.

Tu es designer, photographe et dessinateur de mode. Où trouves tu le temps de faire de la musique? Essayes tu de lier tous ces centres d’intérêt?

Je fais toujours le lien. J’utilise mon design et mes photos pour mes artworks et mes visuels live. J’utilise ma musique dans mes films, je dessine la mode pour mes photos et les travaille pour des éditoriaux. Tout est connecté dans une toile. Je trouve toujours le temps de produire. Et encore, je n’ai rien produit pendant des mois car j’étais en tournée. Mais je suis ultra angoissé à l’idée de travailler sur mon prochain album parce que tout ce temps passé ailleurs m’a donné quelques excellentes idées qui changeront définitivement tout autour de moi. All my love.

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