Interview : James Delleck (10-2003)

Comment la connexion entre Delleck et Le Jouage s’est elle faite?

Nous habitons dans la même ville, Vitry, et depuis maintenant pas mal d’années nous collaborons plus au moins dans les projets de l’un et de l’autre. Mais c’est surtout une même philosophie de la musique qui nous a rassemblé. J’ai connu James à l’époque ou l’on n’avait pas de cheveux et quand j’ai commencé à rapper, vers 95, par le biais d’un ami que l’on avait en commun. En plus quand nous avons été abandonné dans la montagne, c’est dans la même famille de loups que nous avons été élevé, alors forcément ça crée des liens.

Pouvez-vous nous expliquer le titre « Gravité Zéro » et le lien qu’il a avec le déroulement de l’album?

Le fil conducteur de ce concept album est l’Avenir, donc il nous fallait trouver un terme générique et nous ne voulions pas appeler l’album avec un mot savant ou abstrait, genre « Projet X20 » ou « Azimov-Biosonore ». Alors ce qui évoquait le futur pour nous était l’espace, et « Gravité Zéro » donne l’impression de flotter dans un état étrange. C’est aussi une parabole sur le fait de vouloir créer sans contrainte, sans limite, sans pesanteur.

Avez toujours été sur la même longueur d’onde concernant « Gravité Zéro »? Si non, dans quel sens ont été faites les concessions?

Il n’y a jamais eu de « concessions » à faire parce que les choses se faisaient très naturellement, comme si deux parties de cerveau travaillaient ensemble sur une même tâche. Juste des pincements au coeur quand il a fallu faire un choix pour le tracklisting définitif, parmi la pléiade de morceaux que nous avions.

« Gravité Zéro » est ni plus ni moins un album conceptuel. Comment et pourquoi vous est venue l’idée de mettre sur bande une histoire qui commencerait par sa fin?

En fait l’homme lui-même n’est qu’une toute petite parenthèse dans l’histoire de l’univers et donc de la vie. Et nous pensions qu’il était intéressant de marquer subtilement ce rapport au temps. Où est le début et où est la fin? Notre intro est une messe et notre outro s’appelle « Au Commencement »… Les humains dans 900 000 ans parleront de nous comme d’une culture primitive de l’homme moderne et je pense que devant la mesure du temps et de l’espace infini nous devons rester humble face à la nature. Le temps est une notion importante quand on a la prétention de faire un album sur le futur.

James, comment vois-tu l’évolution de ta musique depuis « Acouphène »?

Je la vois s’enrichir se mélanger et muter de plus en plus en quelque chose de personnel et singulier. En featuring, sur l’Atelier, sur « Acouphène » ou sur « Gravité Zéro », je n’aborde pas la création musicale de la même façon. L’atelier est la somme de plusieurs personnes et je ne suis que 1/6 du projet. Sur « Acouphène », c’est mon projet solo alors il est plus intime, comme le sera mon prochain album solo. Et sur « Gravité Zéro », c’est, comme tu le disais, un concept album donc avec des contraintes très rigides dans lesquelles il faut naviguer. Pour dire vrai, je ne suis pas très bon quand il s’agit de commenter mes évolutions mais ce que je sais c’est que je reste sincère et cohérent dans ma démarche.

Le « nouveau hip hop français », comme on a tendance à le qualifier, est souvent associé à des influences venues de la science-fiction. Pensez vous que cet élément soit déterminant dans la couleur de votre hip hop?

Je ne trouve pas que « le nouveau hip hop français » soit très science fictionèsque puisqu’il est divers et créatif. Ce serait l’insulter que de le restreindre à une seule influence comme la science-fiction. C’est peut-être le fait que les gens nous mettent un peu facilement l’étiquette de futuriste hip hop electro cyber punk…qui peut faire penser que nous avons une couleur SF! Nous sommes des artistes ou se mêlent plein d’influences et, même si de façon générationnelle nous sommes les enfants de « Star Wars », il n’y a rien de science-fiction dans L’Atelier, « Acouphène » ou « Ceci n’Est Pas Un Disque »; juste quelques touches de ci de là dans Hustla ou Hi Tekk de La Caution. Je pense que la culture qui rassemble cette « scène », c’est la culture de la sincérité artistique.

Le hip hop « avant-gardiste » pour lequel vous oeuvrez avec TTC et La Caution fait souvent référence également aux mêmes sources comme K.Dick ou Kubrick. Ne va t-on pas ainsi vers un stéréotype de ce nouveau hip hop?

Non, puisque nous parlons aussi de plein d’autres choses très intéressantes quand on écoute vraiment nos disques! Dans la mesure ou notre musique à des influences variées, je ne vois pas pourquoi on irait s’enfermer dans une espèce de carcan réducteur.

Craignez vous que le côté un peu « élitiste » et cultivé de votre musique par rapport au hip hop français d’aujourd’hui vous joue des tours dans le futur?

Mais nous ne faisons pas de la musique par rapport à quelqu’un ou quelque chose! Il faut comprendre que le hip hop français d’aujourd’hui suit son chemin et nous le notre, sans que l’un nuise à l’autre, et c’est bien comme ça! Si nous voulons justement un futur à notre musique, il est bien, à mon sens, de ne pas faire du « rap français ». Le hip hop c’est mon pote, pas le rap français! Peut-être que certains côtés de notre musique peuvent paraître « élitistes » mais je préfère être de ce côté là de la barrière. Excusez nous de ne pas regarder TF1 et désolé qu’à bientôt trente ans, on ne parle plus de flics, de putes de soirée, qu’on ne soit pas adepte du communautarisme et qu’on ne balance pas de rimes musclées comme Cassius Clay! Tout est histoire de point de vue, nous sommes « élitistes » en opposition au rap français, mais ce n’est pas dur de paraître cultivé à côté du rap français! Mais nous sommes « has been » pour certaines personnes. Par contre je suis tout à fait d’accord sur le fait que de compliquer les choses pour les musiques ou les textes, se branler en d’autres termes, juste histoire que ça soit « spé », ça ne rime à rien et je ne pense pas que nous rentrions dans cette stupidité.

Le hip hop français n’étant plus trop crédible de par ses thèmes récurrents, pensez vous être les plus représentatifs, et en quelques sortes, les nouveaux porte paroles, de la société actuelle et du futur qui nous attend?

Oui, nous serons les nouveaux Guru du XXIe siècle, la masse populaire érigera des temples en forme d’enceinte géante pour nous, et nos morceaux seront repris en choeurs par des élèves de la Star Ac 23, toutes les religions se rallieront à notre cause pour qu’enfin il n’y ait plus de guerres! Mais sérieusement, je ne représente que moi et c’est aux gens de savoir s’ils sont touchés ou pas par notre musique. Je ne suis pas le porte parole d’un certain socio type, je colporte juste ma parole. Après, c’est à chacun de se retrouver ou non dans nos textes. Mais ce que nous avons envie d’approfondir c’est « la forme », et l’art n’est pas constitué que de messages. La musique n’échappe pas à cette règle. Et puis, ce n’est pas le hip hop français qui n’est plus crédible mais plutôt les personnes qui l’ont transmuté en fiente d’escargot qui le sont.

Quels sont vos projets à venir à tous les deux?

Pleins de disques. Un G5 biprocesseur avec tous les logiciels craqués, devenir adulte, des instrumentaux, rencontrer plein de filles, battre le record du monde de fracture sur une seule main! C’est tout!

Y aura t-il une tournée « Gravité Zéro »?

On l’espère puisque c’est quand même pour la scène qu’on fait des disques. Alors, à bientôt dans vos villes.

Le mot de la fin…Dans les bacs à partir du 4 novembre. La paix c’est bien / la guerre c’est mal!

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