Interview – Jackson & His Computer Band, humain avant tout

Le festival lillois des ‘Nuits Electriques’ marquait le retour de Jackson and His Computer Band en haut de l’affiche. Impossible pour Mowno de rater cette icône warpienne de l’anti french touch, d’autant plus qu’on ne l’avait plus croisé depuis son premier et seul album sorti en 2005, alors que Chirac était encore au pouvoir et que le premier iPhone n’avait pas encore vu le jour. Cette éternité n’a pas abîmé le talent du bonhomme, de retour cette année avec un disque électrique et un live puissant, aux allures rétro-futuristes. Entretien avec Jackson Fourgeaud, sans ses machines.

On doit te le demander à chaque fois, mais j’ai envie de savoir: pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour sortir ton deuxième album?

En fait, je n’ai pas attendu, ça c’est juste fait comme ça, parce que j’avais envie. Déjà, j’avais plein de trucs à faire à côté, dont la préparation du live. Et je fais un disque quand je pense que c’est le moment, et que tout est prêt. Je ne bosse pas dessus depuis huit ans, c’est relativement récent. En plus, après ‘Smash’, je voulais prendre le temps de vivre les choses. Entretemps, j’ai fait une musique de film et quelques remixes.

Ton premier album est sorti un peu en marge de la scène française de l’époque. Pourtant, huit ans plus tard, les gens attendaient cet album de Jackson. Comment expliques-tu cette impatience?

Je pense que ce disque a eu une vie à tiroirs. Il a vécu sa vie, s’est fait tout seul son petit parcours et a fait école, d’une certaine manière. Ce n’est pas un truc que je pouvais anticiper. C’est vrai que c’est assez surprenant comme chemin. Le nouveau live est plutôt bien accueilli et, ce qui est excitant dans tout ça, c’est qu’il y a plein d’énigmes. Ce qui m’intéresse, c’est de mettre les pieds dans des zones ou des territoires qui ne sont pas définis ni verrouillés, et de tendre des perches à l’inconnu. Globalement, je suis super content. Tu vois, j’ai aussi fait de belles dates avant la sortie, comme le Sonar, le Summer Sonic au Japon, les Eurocks, Calvi… C’est cool de faire ça avant la sortie de l’album, de pouvoir jouer de la musique que les gens n’ont jamais entendue. Ce n’est pas forcément plus confortable, mais c’est hyper agréable.

Tu nous parlais de musique de film, tu as effectivement réalisé la B.O. de ‘Johnny Mad Dog’. Comment ça s’est passé? Le réalisateur est-il venu vers toi spontanément?

Oui, en fait, il avait proposé à plusieurs artistes de faire le travail. Il a trippé sur mon truc, et je lui ai envoyé de la musique. Je n’avais pas vu le film complètement monté avant de faire le son, juste des rushes et des montages provisoires!

Devra t-on encore attendre huit ans pour le troisième album?

Je ne pense pas! Après, je n’ai pas non plus envie de fonctionner avec un plan de carrière bien défini, d’autant plus que je n’applique pas des formules évidentes. Je ne m’inscris pas dans des schémas établis, donc le temps que je mets à faire ma musique n’est pas une fin en soi. Et je pense qu’il n’y a rien de pire que de sortir un disque sans trop savoir pourquoi, juste parce que c’est le moment, ou parce que c’est le standard en termes de rythme de sortie. Peut-être que je sortirai un album l’année prochaine, je n’en sais rien! En tous cas, c’est l’une des raisons pour laquelle je fais de la musique. J’arrive à me déconnecter du temps et des tendances. J’adore être en immersion totale sans savoir où je mets les pieds.

Tu aimes composer dans ta bulle, mais es-tu tout de même au courant de l’actu musicale?

Oui, un minimum! Je ne vais pas exagérer, je ne vis pas non plus dans une cabane dans la forêt. Dans la mesure où je fais aussi des DJ sets, je suis un peu ce qui se passe. Je voyage, je vois beaucoup d’endroits, des concerts, des DJs… J’ai aussi bossé dans un studio avec toute une clique de producteurs, comme Birdy Nam Nam, Club Cheval, Bot.ox, le label Entreprise… Au milieu de tout ça, il y a forcément plein de musique, plein d’influences. Mais quand je bosse, je reste quand même dans une sorte d’apnée.

Suis-tu l’actualité de Warp? Es-tu satisfait d’être sur ce label, et te sens-tu proche des autres artistes?

Oui, je suis leur actualité, et je suis super content d’être chez eux. C’est un label culte pour moi, hyper marquant. En plus, j’aime l’équipe. Se sentir proche, c’est compliqué, parce qu’ils se renouvellent pas mal! Entre Mujava, Autechre et Boards of Canada, il y a peut-être des liens, mais très éloignés. Tu vois, entre Rustie et Grizzly Bear, il y a quand même un fossé! Leur spectre est assez large.

Où habites-tu aujourd’hui?

À Paris.

Tu as habité Berlin, comme beaucoup d’autres artistes électro français. Voyais-tu la scène française avec un peu de recul, à ce moment-là?

Pas vraiment, je restais relativement proche de tout ça. Quand je suis parti à Berlin, il y a ce qu’on appelle la French touch 2.0 qui a explosé. J’ai suivi tout ça et je suis devenu pote avec les acteurs de cette scène, je les voyais quand ils venaient à Berlin.

Sur le second album, on entend beaucoup d’influences techno old-school, house ou acid. Es-tu nostalgique du son des années 90?

Oui un peu! Je ne sais pas si c’est de la nostalgie, mais ça fait partie de mon parcours. J’aime bien confronter ça à mes autres influences, même si ce n’est pas forcément compatible, comme la pop des années 60. C’est finalement le fil conducteur, même si le disque a plein de points de friction et reste mutant à sa manière.

D’après les photos que j’ai pu voir, la scénographie du live a l’air intéressante. Peux-tu m’en dire plus?

L’idée était vraiment de donner vie au Computer Band en fabriquant cette espèce d’objet-instrument. Il s’agit à la fois d’une quasi-sculpture et d’une interface sonore. J’apporte presque un mini-studio sur scène pour que ça ressemble à une extension de l’univers du disque, pour compléter son esthétique. L’ambiance est rétro-futuriste, c’est à dire qu’il s’agit d’objets futuristes, mais avec la vision des années 60. Je voulais vraiment donner un retour visuel aux gens, tout en conservant la possibilité de faire évoluer mes shows pendant ma tournée.

Tu joues donc avec un groupe virtuel. Projettes-tu d’avoir un jour un groupe physique avec toi sur scène?

Peut-être, mais ce sera l’objet d’un autre concept. Quoi qu’il arrive, l’histoire du Computer Band est là! C’est un mec face à sa machine, qui essaie de simuler la présence d’individus. C’est moi et mes fantômes!

Quand on cherche ‘Jackson’ sur Google, on ne te trouve pas si on ne tape pas ‘and his computer band’. Je vais te donner les résultats des ‘Jackson’ qui arrivent avant toi, et tu me diras ce que tu en penses. Michael Jackson: une influence?

Oui forcément, c’est une sorte de héros de l’enfance. Je n’ai jamais essayé de me rapprocher de sa musique, même s’il est incontournable. Je me souviens avoir trippé à mort en étant môme, à me déguiser en Michael époque ‘Bad’ à la fête de l’école!

Trevor Jackson?

C’est marrant que tu dises ça, parce que je l’ai vu hier soir! C’est un des premiers mecs qui m’a amené à Londres. J’étais sur le point de finir ‘Smash’ et j’avais sorti un maxi. Il était question que je fasse des choses sur Output. Ça ne s’est pas fait, mais c’est un mec que j’adore, qui m’a encouragé, et qui m’a ouvert à toute une clique londonienne. On ne s’est pas vu pendant super longtemps, et je l’ai croisé hier soir, c’est une belle coïncidence!

Côté cinéma, et ça m’étonnerait que tu l’aies vu hier soir: Peter Jackson?

Oui, ‘Bad Taste’! J’adore!

Il n’est pas spécialement connu pour ‘Bad taste’, mais c’est vrai que c’est à voir.

C’est le seul que j’ai vu. Il a fait quoi d’autre?

‘Le Seigneur des Anneaux’ par exemple!

Ah ouais?! Je ne savais même pas. Mais bon, ‘Bad Taste’ ça tue, c’est trop drôle.

Penses-tu renouveler l’exercice de la B.O.?

Peut-être, ça va vraiment dépendre de ce qu’on me propose et de la manière dont je peux m’entendre avec un réalisateur. C’est ça la clé.

Quelle B.O. de film aurais-tu aimé faire?

‘2001 l’odyssée de l’espace’ ou ‘Orange mécanique’. J’aurais adoré faire de la musique pour Kubrick. Il a une manière tellement puissante d’utiliser la musique à l’image! Ça doit être intéressant de bosser avec lui, mais je pense qu’il était sans pitié avec les compositeurs…

Pour terminer, côté sport, on a Jackson Richardson.

Le basketteur?

Non, le handballeur.

Ah oui, exact! Je ne suis pas du tout branché sport…

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